Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

David Owen · Chapitre 7 sur 28

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Alex Neptune T1 : Voleur de dragon

7. L'attaque des Saucisses Aquatiques

CHAPITRE SEPT

 

 

L’ATTAQUE DES SAUCISSES

AQUATIQUES

 

Secourir le Dragon d’eau était une affaire urgente, mais pour Alex, rentrer chez lui pour tenir la boutique l’après-midi après avoir eu le temps de nettoyer la crasse glacée qui collait à sa peau et couinait entre ses orteils l’était tout autant. Les loutres suivirent Alex et Zoey en rang serré hors de l’aquarium et jusqu’en ville.

Le bruit d’un carillon signala une arrivée derrière eux. Les loutres eurent le temps de grimper au pantalon d’Alex, deux sur chaque jambe, avant que papy ne gare son camion de glaces à côté d’eux.

– Pourquoi tu es tout mouillé ? gronda le vieil homme, penché à sa vitre. Tu sais bien que t’as pas le droit d’aller dans l’eau !

– Il y a eu une averse, répondit Alex.

Papy leva les yeux vers le grand ciel bleu au-dessus de leurs têtes.

– Elle était rapide, cette averse.

Heureusement, la conversation fut interrompue par l’arrivée de M. Ballister, un des pêcheurs du coin à la retraite, qui ôta son dentier en s’approchant de la vitre du camion.

– Vous avez de la glace qui serait pas trop froide ?

Ils en profitèrent pour filer, Alex se dandinant bizarrement, les loutres agrippées à ses jambes.

Ils finirent par atteindre le Trésor de Neptune, s’arrêtant juste avant la vitrine pour que le père d’Alex ne les voie pas.

– On doit découvrir ce que Callis et le maire mijotent, dit Zoey. Et les en empêcher.

– Comment on va faire ?

– Nous allons entrer par effraction dans le bureau du maire.

– Et comment on va faire ça ?

Un sourire malin se dessina sur le visage de Zoey.

– Je vais trouver.

– Tu peux prendre Kraken avec toi ? demanda Alex, tendant la poche pleine d’eau qui abritait la pieuvre. Si elle saute encore hors de son aquarium, mon père va finir par s’en apercevoir.

Zoey leva les yeux au ciel.

– Et il va juste ignorer les quatre loutres. (Elle attrapa le sac.) J’ai un vieux bocal que je peux réutiliser.

Elle s’embarqua dans la Grand-Rue en direction du chantier naval, Kraken saluant Alex de deux bras. Le garçon se retrouva avec les loutres rassemblées à ses pieds.

– Bon... ouste ?

Les animaux se mirent en ligne et le regardèrent les yeux pleins d’espoir.

– Non, ça c’est le contraire de « ouste ».

Tout avait commencé avec Kraken forçant Alex à la ramener chez lui. Puis une procession de crabes l’avait coincé sur la plage. Et voilà qu’il devait désormais subir ça. Au cours des deux derniers jours, depuis la capture du Dragon d’eau, il semblait jouir d’une petite célébrité auprès des animaux marins.

Alex n’eut pas d’autre choix que de laisser les loutres le suivre tandis qu’il contournait la boutique. De la K-pop résonnait dans le garage où Bridget devait être en pleine séance de musculation. Il ouvrit la porte latérale de la maison et entra sur la pointe des pieds. Tous ensemble, ils montèrent l’escalier à toute vitesse.

Les loutres migrèrent dans la salle de bains. Alex se précipita derrière elles et referma la porte.

– Attendez ici, ordonna-t-il en désignant du doigt l’espace infesté de toiles d’araignées sous le lavabo.

À sa grande surprise, elles lui obéirent, avant de presser leurs museaux les uns contre les autres comme si elles entamaient une conversation privée.

Alex retira ses vêtements trempés et fit couler l’eau de la douche. La salle de bains se remplit rapidement de vapeur, recouvrant les miroirs et les fenêtres.

Il eut à peine le temps de se savonner l’aisselle que la première loutre se pressa entre ses jambes pour se mettre sous le jet de la douche. Alex s’écarta comme il put, manquant de s’entraver dans deux autres bestioles allongées sur le dos qui jonglaient avec un flacon de bain moussant.

– Stop !

Essayant d’attraper le flacon, il l’envoya valdinguer contre le rebord de la baignoire. Le bouchon se cassa et du bain moussant rose se déversa à ses pieds. Alex glissa et se cogna violemment contre les robinets. Tandis qu’il s’efforçait de se relever, les pieds glissant sur le liquide rose, la dernière loutre lui sauta sur le dos. Agitant les bras pour arrêter sa chute, il saisit le tuyau de la douche qui se décrocha du mur. À cause de la haute pression, le tuyau se mit à voltiger et fouetter l’air, projetant de l’eau sur les murs et le plafond.

Une épaisse mousse blanche gonfla hors de la baignoire. Les loutres batifolèrent dans les bulles parfumées, gazouillant à tout-va. Alex attrapa le tuyau enragé et l’empoigna comme un python, de la mousse jusqu’au cou.

Enfin, il rattrapa la pomme de douche et d’un geste brusque referma les robinets. Chaque loutre se dressa sur ses pattes arrière, lui jetant un regard plein de reproches.

– Ça suffit !

Les mots d’Alex résonnèrent, puissants. Il sentit sa voix parcourir l’eau qui inondait le sol et atteindre les loutres, comme si elle traduisait ses paroles dans un langage qu’elles comprenaient, à la manière du dragon qui avait tenté de lui parler. Les loutres obéirent sur-le-champ, se figeant sur place.

Soudain, des coups secs retentirent derrière la porte.

– Tout va bien là-dedans ? éclata la voix du père d’Alex. J’ai entendu éclabousser partout.

– Tout roule ! répondit Alex en essuyant des bulles de sa bouche. J’ai juste la diarrhée !

– Ah, je vois… Tu nettoieras comme il faut, d’accord ?

Alex entendit les pas de son père qui descendit en hâte l’escalier.

Il se dépêcha de se sécher, et de sécher le sol, les murs, le plafond, avant de s’emmitoufler dans son peignoir.

– Écoutez-moi, lança-t-il aux loutres en essayant de connecter son esprit au leur, je ne sais pas ce qui se passe ici, mais puisque vous vous obstinez à me suivre, vous allez faire exactement ce que je vous dis. Nous allons aller dans ma chambre, où vous ne ferez aucun dégât supplémentaire. Compris ?

Chaque loutre leva une patte avant à sa tête et couina, donnant étrangement l’impression de saluer un supérieur dans l’armée.

Dès qu’il eut ouvert la porte de la salle de bains et vérifié que la voie était libre, Alex leur ordonna d’avancer. Les loutres marchèrent en rang par deux devant lui, traversant directement le couloir jusqu’à sa chambre.

Ainsi, les animaux le comprenaient. Entre le poulpe, les crabes et désormais les loutres, plus de coïncidence possible. Peut-être qu’en exploitant le pouvoir qu’il avait sur eux il pourrait les faire obéir en toute occasion et éviterait que son père ne découvre le pot aux roses.

Soudain, un grondement grave résonna dans la chambre. En entrant, Alex vit les loutres immobiles. Sur le lit, la chatte Patapouf se dressait en arche, le poil hérissé.

– N’ayez pas peur, dit Alex d’une voix douce, incapable de savoir s’il fallait apaiser Patapouf ou les loutres. Nous pouvons tous nous entendre.

Même si la chatte avait pu le comprendre, Alex savait qu’elle ne lui prêterait pas attention. Patapouf était gonflée comme un ballon de plage. Elle dévoila ses canines et se mit à feuler. En retour, les loutres firent des roulades pour se mettre en formation de défense serrée.

– Je suis sûr que nous pouvons trouver un arrangement à l’amiable, supplia Alex.

La chatte miaula telle une sirène antiaérienne et bondit.

Patapouf avait beau être une sacrée chatte, les loutres avaient plus d’un tour dans leur sac. Tandis que l’une restait sur la ligne de front, une autre s’écarta et agrippa la chatte sous les aisselles. Roulant sur le dos, elle utilisa ses pattes arrière pour projeter Patapouf dans les airs.

Les loutres s’empressèrent de former un cercle pour jongler avec la chatte. Des pattes avant, elles attrapèrent habilement l’animal et utilisèrent leurs pattes arrière comme de puissants ressorts. Patapouf gémit d’un ton indigné à chaque lancer.

Alex s’interposa dans le cercle pour essayer de rattraper sa chatte en vol. Les loutres chantonnaient, poussant un cri aigu qui ressemblait étrangement à des rires, s’assurant que la chatte en suspension reste tout juste hors de sa portée. Alex regrettait le pouvoir qu’il avait ressenti dans la salle de bains ; il semblait lui filer entre les doigts, telle une corde trop rapide pour être retenue.

Enfin, Patapouf se rattrapa en s’agitant follement et en plantant ses griffes acérées dans la chair du genou d’Alex.

– Aïe ! cria Alex en tombant par terre. J’essaie de t’aider, imbécile !

La chatte profita de cette ouverture pour s’attaquer à la loutre la plus proche, la frappant au visage avec ses pattes avant.

Les loutres se rassemblèrent et clouèrent Patapouf au sol avant de lui chatouiller le ventre. La chatte hurla de désarroi et adressa un regard suppliant à Alex.

Soudain, la porte de la chambre s’ouvrit grand. Bridget entra, découvrant le nœud de loutres, de félin et d’humain.

– C’est quoi, ce bazar ?

Alex était trop fatigué pour même essayer de mentir.

– J’ai un petit problème.

Bridget grommela en marchant d’un pas lourd. Les biceps contractés, elle souleva aisément les loutres dans ses bras, loin du matou.

À l’autre bout du couloir, la marche du haut grinça. Des bruits de pas approchèrent rapidement de la porte. Bridget cacha les loutres derrière son dos.

– On a entendu des coups, dit le père en passant une tête dans la pièce.

– Et comme des miaulements de supplice, ajouta papy derrière lui.

– C’était Alex, répliqua Bridget du tac au tac. Il essayait de faire une pompe.

– C’est complètement idiot de faire ça, répondit le père en secouant la tête. Allez, sèche-toi vite et descends tenir la boutique.

Avant de partir, papy sonda la chambre, les yeux plissés, et scruta Alex d’un regard inquisiteur.

Une fois les deux hommes repartis, Bridget relâcha les loutres de sa poigne de fer. Celles-ci se réunirent sur le lit pour se blottir contre les oreillers.

– J’aurais pu me casser un ongle ! s’insurgea Bridget.

– Pourquoi tu m’as aidé à les cacher ?

La sœur d’Alex soupira et prit du temps avant de répondre.

– Comme si je voulais que tu te fasses gronder et que tu sois tout le temps là ! (Elle ramassa Patapouf.) Tu viens à mes épreuves de sélection à la salle de sport demain, n’est-ce pas ? Je veux que tu me voies écraser ces petits gars.

– Je serai là.

Patapouf eut tout juste le temps de poignarder les loutres du regard avant que la porte ne se referme.

Alex grimpa sur son lit.

– Vous arrivez à me comprendre ? demanda-t-il.

Les loutres chantonnèrent en retour.

– Et j’ai fait quelque chose, là-dedans, pour que vous m’écoutiez. Mais je ne saurais pas le refaire.

Au cours des dernières vingt-quatre heures, il avait fait d’innombrables découvertes. Pourtant, il lui semblait ne connaître encore que la moitié de l’histoire. Fermant les yeux, il visualisa le Dragon d’eau. La longueur de son corps sinueux, cuirassé. Son visage émacié, d’une grande sagesse. La bête aurait voulu lui raconter tout ce qu’il ignorait. Seulement Alex n’était pas sûr d’être prêt à l’entendre.

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