Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 18 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 18

 

Dimanche 12 avril 2009…

Le suicide de Thomas n’émut pas beaucoup Catherine qui prit la chose avec beaucoup de philosophie. Elle était en train de prendre son petit déjeuner avec Guy. Il faisait beau en ce samedi matin et le soleil entrait depuis quelques minutes par la large baie vitrée qui donnait sur le lac. Le paysage était magnifique. Elle hésitait entre un croissant et un pain aux raisins. N’arrivant pas à se décider, elle opta finalement pour un pain au chocolat. Son fils, à moitié endormi, l’écoutait distraitement :

– Tu sais Guy, finalement Thomas était un lâche. Lorsqu’il a eu un problème d’argent, il en a détourné. Maintenant, il a un problème sentimental et il se suicide. C’est trop facile de se tuer quand on a des problèmes.

– Le suicide… Le suicide… Il a peut-être eu un accident. On ne peut jamais être certain.

– Bien sûr que si. On ne roule pas à toute vitesse sur une route étroite sans visibilité si on veut rester en vie. Ceci étant dit, la mort de Thomas présente un certain nombre d’avantages qui ne sont pas négligeables…

Guy trouvait sa mère incroyable. Elle avait provoqué un tsunami dans son entourage avec ses révélations et ne se sentait absolument pas concernée par les conséquences de son acte. Elle ne lui avait même pas demandé comment il avait su que son mari la trompait. Elle poursuivit :

– Jérôme va devenir le seul actionnaire à avoir de l’expérience dans cette société. Le prochain président va bientôt être désigné et il y a de grandes chances pour que cela soit lui car je ne vois pas qui, sinon, peut reprendre la direction de l’entreprise. C’est un garçon conciliant, intéressé et sans scrupule. Je suis sûre qu’il pourrait te faire entrer dans l’entreprise si on était dans ses bonnes grâces.

Guy se renfrogna. Hors de question de travailler, que ce soit dans cette société ou une autre d’ailleurs. Sa vie d’éternel étudiant lui convenait parfaitement et il ne comptait pas y renoncer. Il allait devoir trouver une bonne raison pour expliquer pourquoi il n’était pas judicieux qu’il travaille avec Jérôme. Il constata qu’il n’y avait plus de café. Suite à sa blessure, Edmond n’était plus là pour superviser le déroulement du petit déjeuner et cela se ressentait. Geoffroy faisait ce qu’il pouvait pour le remplacer avec Martha, mais ce n’était pas son métier et il y avait de la désorganisation. L’envie de prendre un café était de plus en plus pressante. Il se leva pour aller en chercher en cuisine.

Restée seule quelques instants, Catherine eut un mouvement de surprise, manquant de renverser son thé à la bergamote qui venait d’infuser, en voyant Elisabeth franchir la porte de la salle à manger, suivie de près par un Geoffroy visiblement dépassé par les événements. Sa surprise se transforma en stupeur lorsqu’elle vit sa rivale tenir dans sa main un petit pistolet. Son air hagard, ses cheveux en bataille, sa tenue négligée n’auguraient rien de bon. Son impression fut immédiatement confirmée quand Elisabeth demanda à Geoffroy de la rejoindre et prit la parole avant de les viser avec son arme :

– Mettez-vous tous les deux sur le canapé.

Elisabeth se tenait face à eux, debout. La veuve de Dimitri essaya d’instaurer un dialogue en dédramatisant la situation. Son fils était dans la cuisine. Elle espérait juste qu’il ne rentrerait pas dans la pièce sans avoir compris ce qui se passait et qu’il aurait le réflexe de prévenir la police. Elle fit comme si elle ne voyait pas le pistolet pointé vers elle. Elle voulut donner l’apparence d’une situation totalement normale.

– Bonjour Elisabeth. Que nous veut l’honneur de ta visite matinale ?

La veuve de Thomas ne rentra pas dans son petit jeu et eut l’impression désagréable de ne pas être prise au sérieux, ce qui l’énerva un peu plus. Elle eut à cœur d’éclaircir les raisons de sa venue et ainsi de lever toute ambiguïté.

– Ne te moque pas de moi Catherine. Cela semble évident, non ? Je suis venue pour te tuer. Je suis venue faire justice. Tu as provoqué la disparition des deux hommes qui comptaient pour moi et si je ne m’occupe pas de toi, personne ne le fera. Tu es malfaisante… Tu as détruit ma vie…

Guy était en train de revenir tranquillement de la cuisine, une cafetière fumante dans la main. Il comprit, juste à temps, ce qui était en train de se passer. Il sentit de la sueur froide lui couler dans le dos. Il jeta un coup d’œil rapide dans la pièce sans se faire voir. Il constata immédiatement qu’Elisabeth n’était pas dans son état normal. Il n’était pas d’un naturel courageux mais il n’allait pas non plus laisser sa mère se faire tuer par une illuminée sous influence. Il fallait qu’il agisse. Ses mains devinrent terriblement moites. La folle ne semblait pas réaliser qu’il se trouvait dans la maison. Il allait donc jouer sur l’effet de surprise. Il ne pensa pas un instant à appeler les secours tant l’urgence de son intervention lui paraissait évidente.

Il pénétra tout doucement dans la pièce. Avançant lentement, il fit signe à Geoffroy et Catherine de ne pas montrer qu’il était là. Les deux victimes ne réagirent pas et Elisabeth ne réalisa pas que Guy était à quelques mètres derrière elle. La veuve de Dimitri continuait à lui parler pour occuper son attention. Dès que la folle fut à sa portée, le jeune homme tenta d’un geste brusque d’attraper son pistolet. Elle ne vit rien venir et fut stupéfaite mais il ne parvint pas pour autant à son but. L’arme tomba sur le parquet. Guy hurla : « Appelez la police ! ». Geoffroy ne se fit pas prier et sortit de la pièce immédiatement. Catherine, figée, ne réagit pas. Elle était tétanisée et ne pouvait plus bouger d’un centimètre.

Elle vit horrifiée Elisabeth plonger à terre pour récupérer le revolver. Son fils bondit pour l’en empêcher. Une lutte féroce s’engagea entre les deux adversaires. Il fut surpris. La folle avait une force incroyable. Ils roulèrent sur le tapis. Elle se retrouva au-dessus de lui et lui cogna violemment la tête contre le pied d’un fauteuil. Guy, un peu sonné, reprit l’ascendant et la frappa plusieurs fois au visage. Elle hurla. De rage, elle attrapa les rares cheveux qu’il lui restait et les tira brutalement. L’homme, de taille moyenne et malingre, ne faisait pas le poids. Il réussit néanmoins à se mettre à genoux et lui tordit le poignet. Elle se releva et répliqua en lui donnant un coup de coude dans le nez. Du sang jaillit abondamment. Il cria de douleur. Il avait maintenant un goût atroce dans la bouche. Il sentit monter en lui une vague de violence inouïe. Elisabeth arriva à ramper jusqu’à l’arme et tendit le bras pour la saisir. Alors qu’elle effleurait le pistolet, le fils de Catherine lui donna un coup dans le dos. Sous le choc, elle se recroquevilla. Ce fut au tour de Guy de tenter d’atteindre l’arme. Il s’allongea sur la folle, sa main avançant vers le revolver. Elisabeth réussit à se retourner et lui asséna un coup de genou dans le bas-ventre. Une grimace hideuse traversa le visage de Guy. Il relâcha sa pression. Elle se remit sur le ventre et attrapa, enfin, le pistolet. Tenant l’arme d’une main, elle se mit sur lui à califourchon et enserra sa gorge. En plein délire, elle prononça des phrases incompréhensibles sur le diable et tira au hasard dans la pièce. Une balle toucha un miroir qui explosa.

Catherine avait l’impression de revivre une scène de son enfance où elle s’était retrouvée par malchance à côté d’une fusillade lors d’un règlement de comptes. Le bruit assourdissant des armes à feu, le sang qui coulait sur les victimes, les gens qui hurlaient de terreur… L’expérience l’avait traumatisée et elle avait fait des cauchemars pendant des semaines, se réveillant en sueur et en larmes. Depuis, elle avait une sainte horreur des armes à feu. Ses membres, glacés, ne lui obéissaient plus. Elle se trouvait dans l’impossibilité d’aider son fils.

Guy avait peur, très peur, mais il savait qu’il n’avait plus le choix. Il attrapa violemment le poignet de son assaillante et le cogna d’un coup sec contre le mur. Le pistolet chuta sur le sol. Guy donna un coup de pied dedans et l’arme glissa sous un secrétaire à un mètre d’eux.

Catherine reprit péniblement ses esprits et se força à réagir. Elle se précipita à l’endroit où le revolver avait atterri, se mit à genou et tenta de le saisir. Mais l’arme était trop loin et elle eut beau tendre son bras sous le meuble, elle n’arrivait pas à la prendre. De plus, impossible de voir quelque chose sous le secrétaire. Elle tâtonnait à l’aveugle. Pendant ce temps, son fils se battait avec l’énergie du désespoir contre une véritable furie qui l’empoigna et lui tapa plusieurs fois la tête contre le sol et ne s’arrêta qu’en constatant que son adversaire ne bougeait plus. Catherine se mit à paniquer en voyant son fils immobile. Des larmes coulaient sur ses joues. Sa main trembla. Elisabeth, voyant que son ennemi semblait inconscient, se releva lentement et se dirigea vers sa nouvelle victime. Alors qu’elle allait frapper Catherine, Guy lui agrippa la jambe et elle chuta lourdement sur le parquet. Au même instant, Catherine sentit enfin l’arme sous ses doigts. Elle s’en empara, se redressa et visa Elisabeth d’un air déterminé. Cette dernière se calma alors instantanément. Les deux femmes se regardèrent en chiens de faïence pendant un moment qui sembla interminable. Seule l’arrivée des forces de l’ordre interrompit ce face-à-face.

Le spectacle était consternant. Les protagonistes avaient leurs vêtements déchirés. Guy tentait d’essuyer son visage maculé de sang. Catherine, traumatisée, n’arrêtait plus de pleurer. On lui prit doucement l’arme des mains. Hirsute, le visage gonflé, Elisabeth n’opposa aucune résistance lors de son arrestation. Elle semblait attendre une libération. Elle tenta d’expliquer que ce n’était pas elle qu’il fallait arrêter mais Catherine, responsable de la mort de Thomas et Dimitri. Puis elle s’effondra et se mit à sangloter comme une enfant.

Elle fut rapidement amenée aux urgences. On déclara la malade « en état de choc avec un taux de tranquillisants dans le sang nettement anormal tout comme son taux d’alcoolémie d’ailleurs ». Les examens permirent également d’établir qu’elle avait des hallucinations et voulait exterminer le diable qui avait pris la forme de Catherine. Il fut décidé de la garder en observation pour quelques jours dans une clinique psychiatrique.

Catherine, traumatisée par l’agression, alla porter plainte contre la maîtresse de feu son mari.

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