Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 54 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 54

 

Jeudi 21 mai 2009…

Pendant ce temps, Anna et Marc étaient en train de boire un apéritif en attendant Edmond. Loin de se douter du drame qui se déroulait à quelques kilomètres de là, ils étaient plutôt satisfaits de constater que petit à petit, les pièces du puzzle se mettaient en place, même s’ils n’avaient pas encore des explications sur tout. Leur seule vraie préoccupation pour le moment était l’attitude de Michel. Ils espéraient pouvoir compter sur son silence afin d’avoir un effet de surprise maximal.

À 21 h 30, Anna commença à sérieusement s’inquiéter. Le père de Marc était réglé comme une horloge. Trente minutes de retard, cela ne lui ressemblait pas.

À 21 h 55, n’y tenant plus, Anna appela Edmond sur son portable. Ce dernier sonna longuement avant de passer sur la messagerie.

À 21 h 57, elle appela Geoffroy qui la rappela pour lui annoncer le transport d’Edmond à l’hôpital d’Annecy.

À 23 h 05, Anna était aux urgences avec Marc. Elle parlait à Edmond.

– Je suis désolé miss, mais je n’ai plus de preuves à vous fournir.

– Ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est que vous soyez toujours en vie.

– J’ai un autre problème. On m’a également volé mon téléphone portable…

Edmond comprit que c’était grave en voyant que les deux complices se regardaient droit dans les yeux sans un mot.

À 23 h 30, Marc décida qu’Anna allait venir s’installer chez lui. Il avait une chambre d’invités, ils ne se gêneraient pas. Pas possible de la laisser seule sachant que l’agresseur d’Edmond avait vu son appel et pouvait parfaitement en déduire que les médicaments lui étaient destinés. Anna accepta sans se faire prier. Elle souhaita néanmoins repasser chez elle pour prendre des affaires et surtout les papiers de Dimitri.

À minuit, ils arrivèrent à son domicile. La jeune femme indiqua à Marc l’endroit où elle stockait ses bouteilles d’alcool et lui proposa de se prendre un verre le temps qu’elle aille préparer ses affaires. Elle lui demanda de lui servir un verre de vin blanc. Elle était contente de ne pas travailler le lendemain. Elle avait posé sa journée du vendredi pour faire le pont de l’Ascension, ce qui ne serait pas de trop pour se remettre de toutes ces émotions. Elle mit un peu de musique classique en fond sonore et se dirigea vers sa chambre située au bout du couloir.

La porte de la pièce était fermée. Cela la surprit. Elle ne fermait jamais ses portes. Fatiguée, elle n’alla pas plus loin dans ses réflexions et pressée de faire ses bagages, entra dans sa chambre sans allumer la lumière, et se rendit directement vers la salle de bain attenante pour préparer ses affaires de toilette. Pendant ce temps, Marc se versa un verre de whisky sec et s’affala sur le canapé. Rapidement il sentit ses yeux se fermer et ne résista pas. Il pensa que les femmes étaient toujours lentes à se préparer, qu’il n’y avait aucune raison pour qu’Anna échappe à cette loi et que, du coup, il avait bien le droit de piquer un petit somme en l’attendant.

Avant que la jeune femme ait pu allumer la lumière de la salle de bain, quelqu’un se jeta sur elle par derrière sans lui laisser la possibilité de pousser le moindre cri. Elle se retrouva bâillonnée. Anna sentit le souffle chaud de son agresseur contre sa joue. Il avait bu, c’était une évidence. Elle devina immédiatement qu’il s’agissait de Guy. Elle essaya de parler. L’étreinte du fils de Catherine s’accentua. Il lui apparut nettement qu’il n’avait pas envie qu’elle s’exprime. Elle devait cependant connaître ses intentions. Voulait-il la tuer elle aussi ? Elle pensa à Marc. Comment le prévenir ? Guy se mit à parler :

– Je veux les journaux intimes et tout ce que tu as sur Dimitri.

– Ok. Je vais tout te donner. J’ai rangé les affaires dans la salle à manger.

La jeune femme prit le risque de parler fort mais elle doutait fortement d’être entendue. La musique était douce mais assez forte. Son comportement irrita son interlocuteur qui lui mit une grosse claque sur le haut du crâne.

– Parle plus bas et ne me prends pas pour un imbécile. J’ai bien entendu que tu n’étais pas seule.

Au ton de sa voix, Anna eut la réponse qu’elle attendait : elle ne devait que compter sur elle-même et il fallait qu’elle tente n’importe quoi pour s’en sortir sinon elle allait être la prochaine victime du fou. Elle prit le parti de pleurer. Ce ne fut pas difficile tellement elle était tendue. Elle murmura :

– Tu me serres de trop, je ne me sens pas bien. J’ai du mal à respirer.

La sentant complètement à sa merci, il relâcha un tout petit peu sa pression. C’est exactement ce qu’elle voulait. Elle essaya de s’échapper en lui donnant un coup de talon dans le pied. Elle portait des chaussures hautes avec des talons aiguilles et elle escomptait lui faire mal. Elle réussit à prendre un peu de distance car il ne s’attendait pas à sa réaction mais il portait des boots au cuir épais et ne sentit pas grand-chose. En revanche, sa colère se mit à monter. Ainsi la petite peste lui résistait.

La musique changea. Le nouveau morceau aléatoirement choisi par son juke-box était le Requiem de Mozart. Le regard de Guy devint exalté. La musique était entêtante et elle le mettait dans un état second. Ce n’était pas une bonne nouvelle pour Anna qui commençait à sérieusement se demander ce que faisait Marc et pourquoi il ne réagissait pas. Guy rattrapa Anna. Il la ceintura et sortit de sa poche un couteau qu’il lui mit sous la gorge.

À ce moment-là, Marc, qui avait dû être réveillé par un morceau du Requiem un peu plus fort que le précédent, l’appela :

– Je sais que les femmes sont lentes, mais là quand même on frôle le ridicule. On pourra repasser chez toi demain si tu veux…

Guy comprit le danger.

– Réponds-lui. Dis-lui que tout va bien et que tu arrives.

Anna saisit la perche.

– Mais Marco, mon chéri, je veux être belle pour toi… J’arrive…

Marc eut l’impression de recevoir une claque. Il y avait un problème. Un super problème. D’un seul coup, il se réveilla totalement.

Guy prit un ton très menaçant.

– Donne-moi ce que je veux, sinon je te tue, toi et ton amant, et je cherche ensuite tranquillement dans l’appartement.

– Je te dis que tout est dans la salle à manger.

Elle sentit qu’elle allait avoir un malaise. Cet abruti la serrait beaucoup trop. Elle avait de plus en plus de mal à respirer.

– Arrête de me serrer comme ça, je vais tomber dans les pommes.

– C’est ça et après tu te sauves comme tu viens d’essayer de le faire ? Tu me prends pour un idiot.

La jeune femme ne put que murmurer :

– Non. Pas du tout.

Il desserra légèrement son emprise et lui demanda de passer devant lui pour se rendre dans la salle à manger.

Marc avait compris qu’il devait intervenir. Il prit néanmoins le temps d’appeler la police et de laisser la porte d’entrée entrouverte avant de se demander comment il allait procéder.

Il se cacha dans la cuisine séparée du salon par l’entrée. Pour se rendre dans la pièce principale, Anna et son agresseur devraient passer par le couloir et à un moment donné, ils lui tourneraient le dos. Il pourrait alors peut-être assommer Guy. Il n’avait guère de doute sur l’identité de la personne qui avait réussi à rentrer chez la petite-fille de Dimitri.

Le fils de Catherine s’agaçait. Il se mit à parler plus fort, ce qui permit à Marc de l’identifier avec certitude et de le localiser précisément.

– Ça suffit Anna. Tu joues la comédie. Je n’hésiterai pas à te tuer si tu ne mets pas plus de bonne volonté.

Anna ne répondit pas et avança dans le couloir. Si le journaliste ne trouvait pas une solution rapide pour mettre hors d’état de nuire son agresseur, elle allait être sa prochaine victime. Cela s’imposait comme une évidence. Elle devait juste essayer de gagner un peu de temps.

Elle progressa jusqu’à l’entrée. Il y faisait sombre. Elle comprit que Marc tentait quelque chose car elle se rappelait parfaitement qu’elle avait laissé la lumière allumée en entrant. Ils tournèrent vers la salle à manger. Guy prit la parole.

– Montre-toi Marc. Je sais que tu es venu avec ta copine. Je veux te voir. Je vais la tuer sinon. Elle a un poignard sur sa jugulaire, cela sera facile.

Le journaliste avait remarqué que le fils de Catherine menaçait sa prisonnière lorsqu’ils étaient passés tous les deux devant lui. Il avait pris peur. S’il ratait son coup, l’autre était capable de planter sa lame dans la jeune femme par réflexe. Dans la panique, il n’avait pas eu le temps de trouver grand-chose pour l’assommer. Il avait attrapé une grosse louche en fer d’une main et un faitout de l’autre : on ne pouvait pas parler d’armes de précision. Il ne voulait pas prendre de risque. Il savait que la police allait intervenir. Il fallait gagner du temps.

Il avança pour se retrouver lui aussi dans la salle de séjour. Il parla d’un ton tranchant.

– Je suis là Guy. On va te donner tout ce que tu veux mais lâche Anna avant.

– Même pas en rêve. J’en ai marre qu’on me prenne pour un demeuré.

Guy s’adressa à Anna :

– Où sont les journaux de Dimitri ?

– Là dans la commode.

– Ok. Marc, va ouvrir le meuble et sors les documents.

Marc s’exécuta. Il constata que le fils de Catherine avait dû être persuasif car la jeune femme n’avait pas joué à la maligne. Elle lui avait indiqué le bon endroit directement. Il posa les documents sur la table ronde en verre.

– Tu n’as pas tout pris. Je veux tout récupérer. Tu vides le meuble. Tu mets tout dans une pochette, une enveloppe, n’importe quoi.

Une fois que ce fut fait, Guy se saisit alors du butin. À reculons, il se dirigea vers la porte d’entrée et au moment où il l’atteignit, il projeta sa prisonnière devant lui et s’enfuit. Anna ne s’attendait pas du tout à sa manœuvre et elle chuta lourdement sur le sol, se blessant à la cheville. Marc ne chercha pas à rattraper leur agresseur et se précipita sur Anna qui se tenait la jambe en grimaçant. Marc était furieux.

– Mais où sont-ils ? Mais qu’est-ce qu’ils font ?!

– Qui ?

– Les forces de l’ordre ! Je les ai appelés quand j’ai compris ce qui se passait. On m’a répondu de ne surtout rien faire et qu’ils arrivaient !

Guy sortit de l’immeuble au moment où les voitures de police arrivaient tout gyrophare hurlant. Il ne perdit pas son calme en les voyant. Il savait pertinemment qu’ils ne possédaient pas sa description. Narquois, il les salua et passa tranquillement devant eux, leur faisant sans qu’ils ne le sachent un superbe pied-de-nez.

La course-poursuite commença quelques minutes plus tard lorsqu’Anna et son compagnon eurent donné la description et l’identité de leur assaillant. Mais, au petit matin, force fut de constater que Guy avait disparu dans la nature. Impossible de mettre la main dessus.

La petite-fille de Dimitri fut transportée à l’hôpital mais vu qu’elle n’avait qu’une entorse, elle put en ressortir dans la nuit.

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