Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 33 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 33

 

Vendredi 8 mai 2009…

Face à tant d’agitation, Catherine jugea opportun de partir en thalasso un peu plus tôt que prévu. Autant, en temps normal, elle aimait être le centre des attentions, autant, dans la situation présente, voir les journalistes fouiner partout dans le linge sale de la famille ne lui plaisait pas du tout. Elle aimait les personnes complaisantes et elle ne voyait que des vautours à la recherche d’un scoop. Elle quitta donc le navire pour quinze jours. Elle avait prévu de passer une semaine dans une suite d’un Relais & Châteaux, la Villa Principe Leopoldo Hôtel & Spa située à Lugano en Suisse, un établissement qu’elle connaissait déjà et qu’elle appréciait. Elle planifiait ensuite de passer quelques jours chez une amie d’enfance qui vivait dans une immense demeure à l’architecture lombardienne à une dizaine de kilomètres de là.

Dès qu’Edmond eut déposé sa patronne à l’aéroport de Genève pour le vol de 8 h 50 de Darwin Airlines à destination de Lugano et qu’il eut vérifié que l’avion était bien parti, il appela Anna. Elle avait bloqué sa journée dès qu’elle avait su que Catherine quittait les lieux. Se méfiant de ses revirements – ce ne serait pas la première fois qu’elle annulerait au dernier moment un déplacement ou reviendrait d’un séjour sur un coup de tête –, elle préférait se rendre sur place dès que possible.

Dès 10 heures, la jeune avocate était sur les lieux avec Edmond et Marc afin de fouiller la chambre de Catherine. Leur objectif était de retrouver le journal intime de Dimitri. Récupérer le carnet était nécessaire afin de pouvoir produire devant la justice des originaux mais aussi de le parcourir dans son intégralité. Qui sait quelles nouvelles horreurs ils apprendraient ?

Marc et Anna commencèrent d’abord à expliquer à Edmond la teneur de leurs échanges de la veille. Edmond les écouta attentivement sans les interrompre, resta sans voix un moment puis prit la parole d’une voix tremblante, visiblement ému :

– J’avais fait la promesse à Emma que jamais personne de la famille Milawitch ne connaîtrait ton existence…

– Oui, je suis d’accord papa, mais l’important est ailleurs maintenant. Nous sommes désormais trois pour essayer de résoudre ensemble cette affaire, non ?

Anna essaya de tranquilliser le majordome :

– Edmond, je suis la seule Milawitch à savoir et je ne suis pas obligée de le répéter à quiconque. Je suis capable de garder un secret, vous savez.

– Je n’en doute pas Miss Anna. Mais avec ces journalistes qui essaient par tous les moyens de déterrer les cadavres, j’espère que cela ne va pas sortir au grand jour.

– Lorsque nous en avons parlé, nous étions dehors. Personne n’a pu entendre ce que nous avons dit. Le secret existe depuis plus de trente ans, pourquoi serait-il mis au grand jour maintenant ?

Ils s’attaquèrent ensuite à la chambre de Catherine. Ils la visitèrent méticuleusement sans se presser. Ils cherchèrent des meubles à double fond, des cachettes dans les lattes du plancher. Mais leurs investigations ne donnèrent pas de résultats. Ils firent la même chose dans la salle de bain, sans plus de réussite. Ils se dirigèrent vers le dressing-room gigantesque de la veuve de Dimitri. Leurs fouilles n’aboutirent pas plus. Puis, ils s’attaquèrent au boudoir de Catherine. Au bout de quarante minutes de recherches infructueuses, alors qu’ils allaient perdre espoir, Anna eut soudain une idée.

– Catherine nous a envoyé des photocopies du journal.

– Oui, et ?

– Elle a utilisé pour cela l’imprimante qui est dans la bibliothèque de papy. Une fois les copies effectuées, elle a peut-être laissé le journal sur place, estimant qu’elle n’en avait plus besoin et que personne n’irait le chercher là de toute manière.

– Oui, pourquoi pas, en effet. Plus personne ne va dans cette pièce maintenant.

Arrivés sur place, ils s’arrêtèrent un instant, songeurs devant l’immensité de la tâche. Catherine avait pu mettre le journal n’importe où. Or il y avait des milliers de livres sur ces étagères qui montaient jusqu’au plafond. Anna soupira. Marc fut plus pragmatique.

– On ne va pas commencer par les livres. Je suis épuisé rien que d’y penser. Avant d’en arriver à cette extrémité, nous allons explorer le bureau.

Ils firent bien… Le journal intime avait été remis dans l’un des tiroirs de Dimitri. Ils en forcèrent la serrure sans trop de difficultés. Edmond s’inquiéta :

– Elle risque de se rendre compte de la disparition du journal, non ?

Marc se mit à rire.

– Oui. Un jour. Et alors ? Que veux-tu qu’elle fasse ? Elle ne va pas porter plainte et je pense pouvoir affirmer que ces écrits ne lui étaient pas destinés. Il faudra juste veiller à tout remettre en état avant son retour de cure.

– Ça, tu peux me faire confiance, je vais m’en occuper et faire réparer la serrure du tiroir dès demain.

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