Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 45 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 45

 

Lundi 18 mai 2009…

Edmond déposa sur la table de la salle à manger une théière en porcelaine bouillante et disposa devant sa patronne une soucoupe, une tasse, des brioches, de la marmelade d’orange et un jus de pamplemousse fraîchement pressé.

Catherine avait passé la soirée de la veille et une bonne heure dans la matinée au téléphone. Difficile de savoir avec qui, mais, elle, qui avait toujours veillé à entretenir des relations bien placées, voyait ses efforts récompensés. Elle avait de l’information et éprouvait un besoin irrépressible de la partager. Son fils, malgré ses nombreux messages, étant aux abonnés absents, Edmond ferait bien l’affaire en attendant sa venue.

– Ils sont maintenant certains qu’il s’agit d’un meurtre. Martha aurait reçu sur la tête des coups de driver, puis aurait perdu connaissance avant d’être finalement jetée vivante dans la piscine où elle se serait noyée sans reprendre conscience. Elle a eu le crâne fendu par son attaquant. Quelle horreur !

– Ils ont trouvé des indices dans la chambre ?

– Rien, à part le driver qui était avec les autres clubs. Edmond, cette affaire est très bizarre et inexplicable. À un tel point que je me demande même si c’était bien Martha qui était visée et pas moi. Pourquoi s’en serait-on pris à une domestique ? Il y a peut-être eu confusion. Je me pose pas mal de questions et je ne suis pas sûre d’être en sécurité ici.

Edmond l’écouta, puis tenta de la rassurer sans être sûr d’y arriver, pour enfin passer à l’offensive dès qu’elle lui en laissa l’opportunité.

– Je souhaitais vous prévenir que j’ai entendu dire qu’une enquête sur feu votre mari va être très certainement ouverte.

– Quoi ? Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ?

– Il semblerait qu’on vous mette en cause, Madame. Je n’y crois pas et c’est pourquoi je tenais à vous avertir.

– Vous faites bien Edmond, mais pourquoi moi ?

– Après les gros titres du journal, l’attitude de Jérôme, la mort de Thomas et vos propres révélations à la famille, il semblerait que certaines personnes se posent des questions.

– Je comprends, mais pourquoi moi ?

– Vous êtes la suspecte idéale. Vous avez menacé de mort votre mari, vous alliez divorcer, Monsieur avait une maîtresse, vous ne saviez pas qu’il avait modifié son testament en votre défaveur et qu’il vous déshéritait… Et vous pouviez empoisonner votre époux quand vous le vouliez puisque vous vous déplaciez dans la maison à votre guise.

Catherine se mit à blêmir.

– Évidemment si on voit les choses comme ça…

Edmond la regarda droit dans les yeux.

– Oui, en effet. Mais nous savons tous les deux que ce n’est pas le cas et il faut à tout prix trouver qui aurait pu faire cela afin que vous soyez innocentée. Vous n’avez rien remarqué de bizarre ce soir-là ?

Catherine prit le temps de la réflexion. À la voir, on ne pouvait pas douter qu’elle avait vu des choses étranges, mais on se rendait également compte qu’elle faisait le tri. Elle ne dirait rien sur les personnes qu’elle appréciait. Edmond se félicita sur sa capacité d’analyse lorsqu’il entendit qui elle avait choisi de déclarer coupable.

– Elisabeth a eu une attitude étrange. Elle est partie à un moment donné en disant qu’elle souhaitait parler à Dimitri. Je lui ai dit qu’il se tenait dans la bibliothèque. Ce qui m’a étonnée, c’est qu’ensuite je l’ai vue qui redescendait les marches de l’escalier. Elle avait donc été au premier étage, or elle n’avait rien à y faire. J’ai fait comme si je n’avais rien remarqué et suis allée dans la cuisine discuter avec Martha que j’ai failli heurter. Jérôme et mon fils semblaient en plein conciliabule lorsque je suis arrivée. Je n’ai pas voulu m’imposer et je suis repartie. J’ai recroisé Elisabeth qui passait devant la bibliothèque où la porte était toujours fermée. J’imagine qu’elle a entendu des voix même si les paroles n’étaient pas audibles et voyant que Dimitri n’était pas seul, elle n’est pas entrée.

Elle fit une pause et regarda son domestique d’un regard suppliant :

– Edmond, je ne l’ai pas tué. Certes, nous ne nous entendions plus et avions des désaccords, mais je ne suis pas une meurtrière.

– Je peux me permettre une question désobligeante ?

Elle hocha la tête.

– Pourquoi, dans ce cas, en avoir fait autant lors de l’enterrement ? Je vous revois toute en noir, en larmes, soutenue par votre fils. Quand on connaît vos problèmes relationnels avec votre mari, on ne peut que s’interroger.

– Je ne voulais pas que mes problèmes de couple soient connus. J’estimais que cela ne regardait personne. J’ai donc eu l’attitude d’une épouse aimante qui vient de perdre son mari.

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