Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 62 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 62

 

Mercredi 27 mai 2009…

À l’étonnement général, Geoffroy choisit ce moment précis pour apparaître. Il attendait depuis plusieurs minutes dans l’entrée attenante au salon où se tenaient tous les protagonistes. Ce fut plus fort que lui, il devait intervenir pour ne pas laisser Guy raconter n’importe quoi. Il interrompit le fils de Catherine de manière véhémente.

– Me voilà ! Je ne me suis pas enfui. Je suis juste parti me promener au bord du lac afin de réfléchir. Oui, je le reconnais, je me suis fait manipuler par Guy et il m’a fait croire que Martha s’était tuée suite à une mauvaise chute. Mon tort : ne pas avoir vérifié si elle respirait ou pas, ne pas avoir essayé de la ranimer. Guy m’a semblé si sûr de lui que je n’ai pas envisagé un instant qu’elle puisse être encore vivante. Ce n’est qu’une fois que le médecin légiste a constaté une mort par noyade que j’ai compris ce que j’avais fait. Depuis, cela m’obsède, je n’arrive plus à dormir. J’ai pris ma décision : je vais assumer tout le mal que j’ai fait.

Le domestique éclata en sanglots. Au prix d’un gros effort, il reprit ses esprits.

– J’ai tué Martha. J’ai tué une amie, quelqu’un que j’appréciais beaucoup. C’est horrible. Comment ai-je pu faire cela ? Cela faisait des années que nous travaillions ensemble…

Geoffroy s’effondra ensuite sans un mot de plus. Voyant que le jardinier avait fini de faire les mises au point qu’il jugeait nécessaires, Guy reprit son récit là où il l’avait laissé, négligeant complètement son intervention.

« Nous décidâmes de jeter ensemble le corps dans la piscine. Évidemment mon complice ne s’aperçut pas qu’elle était encore vivante. Geoffroy proposa de ne prévenir la police que le lendemain matin. Il ferait semblant de découvrir le cadavre en venant faire l’entretien journalier de la piscine. Je trouvais l’idée très bonne, le remerciais et le laissais rentrer chez lui. Je retournai alors dans l’appartement de Martha pour le fouiller soigneusement afin de retrouver les preuves qu’elle voulait donner à Anna. J’ai vite trouvé mon butin : les médicaments ayant servi au meurtre de Dimitri étaient cachés sous son matelas. Elle avait aussi dissimulé au même endroit la boîte à pilules de mon beau-père où on aurait pu trouver des empreintes, j’imagine, ainsi que le polo que Dimitri portait ce soir-là. Il était taché, le vieux avait dû recracher de la nourriture ou ce qu’il buvait au moment où il avait eu son malaise. Elle espérait peut-être que l’on puisse retrouver dessus des traces de médicaments prouvant l’empoisonnement. Je pris le temps de réfléchir sur ce qu’il convenait de faire. Une question me vint à l’esprit : A qui Martha avait-elle parlé ? J’étais certain qu’Anna et Geoffroy étaient dans la confidence et je savais comment m’en débarrasser. Mais je voulais être sûr que personne d’autre n’était au courant. J’étais convaincu que la police allait venir et qu’on établirait au bout d’un certain temps que la victime avait reçu des coups qui n’avaient rien à voir avec sa noyade. Si le crime était démontré, ils viendraient fouiller.

Dès le lendemain matin, lorsque tout le monde regardait les secours et les enquêteurs constater la mort, j’en profitai pour me glisser dans l’appartement des deux domestiques et cachai le médicament dans leur armoire à pharmacie. Je voulais absolument m’en séparer au plus vite, de peur qu’ils prennent la décision de perquisitionner tout de suite dans la maison. S’ils fouillaient dans les dépendances à la recherche d’indices, ils le trouveraient, mais ils ne seraient pas en mesure de faire un lien avec moi et soupçonneraient Edmond et Geoffroy, ce qui ne me dérangeait pas. Pour le reste, ils ne pourraient pas deviner que le polo et la boîte à pilules appartenaient à Dimitri, ils ne savaient même pas ce qu’ils recherchaient à ce stade de l’enquête, Martha n’ayant pas eu le temps de décrire ce qu’elle avait trouvé à Edmond et Anna. J’en étais sûr ayant eu par Geoffroy une retranscription précise des propos de Martha lors de sa discussion avec Anna.

Je suis parti ensuite des lieux en proclamant haut et fort que je ne resterai pas une minute de plus dans une maison où il y avait eu un cadavre dans la piscine. Je partis en emmenant avec moi le polo et la petite boîte. Je les ai jetés dans une poubelle sur la route en rentrant chez moi.

Peu de temps après, Geoffroy m’a appelé complètement angoissé. Il venait de comprendre qu’il avait participé à un meurtre. Il ne savait pas comment gérer la situation et m’en voulait atrocement de lui avoir menti. Il avait découvert la boîte de médicaments dans l’armoire à pharmacie car il avait eu besoin de désinfectant s’étant blessé en coupant des rosiers, je crois. Il a su immédiatement qu’il avait trouvé le poison qui avait tué son patron. Il m’avoua que, terrassé par la culpabilité à l’idée d’avoir participé d’une manière même indirecte à mes crimes, il avait donné les comprimés à Edmond et que ce dernier allait les remettre à Anna afin qu’elle ait suffisamment d’éléments pour prouver l’assassinat de Dimitri. Je demandais alors à Geoffroy s’il avait envie de croupir en prison le reste de son existence. Je ne me laissai pas impressionner par sa réponse.

– Ce sera votre cas aussi !

– Pourquoi ? Quelle preuve avez-vous contre moi ? Pensez-vous un instant que j’ai laissé mes empreintes sur l’emballage ? On trouvera les vôtres, celles d’Anna et d’Edmond. Qu’est-ce que ces substances faisaient dans votre appartement ?

– …

– Il faut récupérer ces médicaments. Je ne comprends pas vos histoires de culpabilité. Vous n’avez rien à voir avec la mort de Dimitri.

– Oui, mais je voulais me racheter.

– C’est complètement stupide. Vous mélangez tout.

A force de parlementer, je persuadai Geoffroy qu’il avait fait une grosse erreur et qu’il risquait de payer pour un crime qu’il n’avait pas commis. Edmond ne devait pas donner les comprimés à Anna. Il fallait que Geoffroy les récupère, mais aussi que je m’infiltre chez Anna pour voler tous les documents qu’elle avait pu accumuler. Elle détenait des informations compromettantes mais il était difficile de savoir avec quel niveau de détails. Je réussis à convaincre mon complice d’assommer son ami pour lui dérober son butin. Je ne lui demandais pas de le tuer sachant qu’il ne réussirait pas à le faire, même si cela aurait été la manière la plus efficace de s’assurer qu’Edmond ne soit plus un danger pour nous. Pour le cas où il faillirait à sa tâche, je décidai d’aller chez Anna le soir même afin de tout récupérer avant qu’elle puisse communiquer les pièces à sa famille ou à la justice.

C’est là que les choses se sont compliquées. La soirée a bien commencé. Geoffroy a parfaitement réussi à mettre Edmond hors d’état de nuire et a intercepté à temps les médicaments. Il était convenu qu’il devait me les donner dès le lendemain, ce qu’il n’a pas pu faire puisque j’étais en fuite et injoignable. »

Hervé, très calme comme toujours, posa la bonne question :

– Vous avez ces médicaments avec vous, Geoffroy ?

– Oui. Vous pouvez les prendre.

Sans en rajouter davantage, le jardinier sortit de sa poche l’emballage de la boîte de comprimés.

Hervé la tendit à Michel et le regarda.

– Cela a pu tuer Dimitri ?

– Oui. Sans aucun doute. Ce type de traitement lui était strictement déconseillé. En fortes doses, l’arrêt cardiaque était presque inévitable.

Guy regarda le père d’Anna. Il ne semblait pas content. Il souhaitait focaliser l’attention de tous. Il prit un ton presque condescendant.

– Je peux continuer ?

– Oui, bien sûr.

« Pendant ce temps, Geoffroy m’a trouvé un double des clés de l’appartement d’Anna qui restait à Chavoire. Je pus donc pénétrer à l’intérieur de chez elle sans effraction. J’étais en train de fouiller la cuisine lorsque je l’entendis discuter avec son ami dans le couloir. Je n’avais pas imaginé qu’ils reviendraient aussi vite, pensant qu’ils resteraient à l’hôpital pour veiller le blessé. En entendant la clé tourner dans la serrure, je me suis précipité dans la chambre d’Anna avec comme idée de me sauver par le balcon, mais je n’ai pas eu le temps d’étudier davantage cette possibilité puisqu’Anna a voulu très rapidement préparer un sac pour aller loger chez le journaliste. Je me suis réfugié dans la salle de bain attenante. La suite est connue, j’ai pris Anna comme otage, j’ai récupéré tous les documents qu’elle avait pu accumuler et je me suis sauvé. Je suis revenu à Chavoire sans me faire prendre dès le lendemain soir. J’ai vécu caché dans le grenier jusqu’à maintenant. Cela m’a permis d’apprendre qu’Anna voulait tout dire sur la mort de Dimitri ce soir. J’ai tout fait pour que cette soirée n’ait pas lieu. J’ai choisi, sans succès visiblement, la voie de l’intimidation et Geoffroy, à ma demande, a été mettre à sac l’appartement de Marc où Anna s’était réfugiée suite à mon agression. Geoffroy n’a rien trouvé de plus. »

Béatrice s’inquiéta :

– Qu’as-tu fait des preuves qui étaient chez Anna ?

– J’ai tout brûlé.

Anna se mêla à la discussion.

– J’avais un double de tout et il a été remis ce soir, à la justice, par Marc. Nous avions pris la précaution de faire des copies de tous les documents en notre possession et de les cacher ailleurs que chez nous.

Un brouhaha envahit la pièce. Alors comme ça, leurs secrets allaient être mis sur la place publique. Ils étaient contrariés. Anna fit comme si elle ne s’en rendait pas compte.

– De plus, je vous rappelle qu’un article résumant tout ce qui s’est passé va paraître demain dans l’Essor Savoyard. Je ne doute pas que le retentissement médiatique va être énorme, surtout que nous apporterons tous les compléments d’informations dans le numéro suivant.

La mère de la jeune femme tenta de la raisonner :

– Comment peux-tu faire cela à ta famille ?

– Je veux que la vérité soit faite et que les âmes de papy et Martha reposent en paix. Toutes ces affaires ont fait beaucoup de mal. Je veux que tout ce qui est arrivé à Elisabeth et Edmond serve à établir la vérité.

Guy les interrompit :

– Vous discuterez de cela plus tard. Je souhaite juste terminer avant. Si je suis là volontairement parmi vous, c’est parce que je ne souhaite pas vivre dans la clandestinité toute ma vie. Je voulais aussi que vous compreniez pourquoi j’ai fait tout cela. Or je ne vous ai pas tout dit…

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