Apparences trompeuses
Chapitre 36
Dimanche 10 mai 2009…
Après une journée passée avec sa famille, Anna regarda sans envie les sacs en papier remplis de nourriture pourtant fort appétissante que son acolyte avait, comme prévu, amenés. Elle venait de fêter l’anniversaire de sa mère, Marie, qui venait d’avoir quarante-huit ans et le déjeuner avait été copieux.
Pourtant Marc avait bien fait les choses puisqu’il avait pris le temps de faire les courses et les mets qu’il sortait de ses paquets semblaient délicieux.
– Nous les mangerons plus tard. Comme cela, tu auras fini ta digestion de ce midi et nous aurons terminé les dernières pages du journal de ton grand-père.
– Tu as même amené du champagne ! C’est la fête !
– Des heures à décrypter des feuillets manuscrits, cela mérite bien cela. L’effort est conséquent, non ?
Ils reprirent leur lecture et furent rapidement récompensés.
« Lundi 3 décembre 2007, Je viens de revoir Michel. Je voyais bien qu’il avait envie de parler mais qu’il n’y arrivait pas. Il avait visiblement peur de ma réaction mais pas dans le sens où je l’escomptais. Certes, notre précédent secret lui pesait, mais pas autant que je le pensais. Il était soucieux car fortement endetté à titre personnel en tant que propriétaire de la clinique et ce, sur les fonds du couple, donc de ma fille. Cette affaire pouvait compromettre la réputation de la clinique et donc son affluence et par là même, sa capacité à rembourser les merveilles technologiques qu’il venait de s’offrir.
Mais ce n’était pas là son seul souci comme je pus m’en apercevoir. Je le revois me dire, à voix basse, très gêné :
– Dimitri, nous savons qui a dérobé les médicaments.
– Et ?
– Je suis bien embêté. J’avoue que ce que j’ai découvert, ne m’a pas plu. J’avais fait installer des caméras de surveillance supplémentaires dans les parties communes de la clinique afin d’augmenter la sécurité. J’en avais disposé dans les endroits sensibles. L’une d’entre elles se situait dans le local de la pharmacie donnant sur le placard où se trouvaient les médicaments. En visionnant les films, nous avons pu voir précisément à quelle heure le vol s’est produit. En revanche, nous n’avons pas su qui est rentré dans le local. Je me suis donc intéressé aux mains du voleur. Des mains d’homme, aucun doute. La main gauche présentait une particularité… Sur son dos figurait une trace qui, après analyse, est en fait la marque de points de suture sur le côté extérieur droit de la main. Je me suis mis à regarder toutes les mains d’hommes que je rencontrais. C’est devenu mécanique. Or, nous avons eu un dîner avec toute la famille il y a quelques jours et… Là aussi, sans y penser, j’ai regardé les mains, et j’ai vu que…
Michel me regarda, l’air désolé. Je m’attendis au pire et le pressai de continuer.
– J’ai vu que Guy, le fils de Catherine, avait une main qui présentait exactement cette particularité. Impossible de se tromper. Cela m’a sidéré. Je ne m’y attendais pas. J’ai alors consulté les registres d’admission dans mon service et j’ai pu constater que Guy avait été présent dans nos locaux, le jour du vol, pour un examen de contrôle. Je n’ai aucune preuve formelle, je me rappelle cependant que Guy s’y connaît en médicament puisqu’il a fait, pendant quelques années, des études en médecine. Il est parfaitement capable de passer pour un docteur.
– En effet, c’est embêtant. Et tu comptes faire quoi ?
– Je voulais ton avis. Je ne veux pas salir la réputation de notre famille et je suis prêt à fermer les yeux pour ne pas mettre en cause le fils de Catherine, si tu penses que c’est préférable.
J’avoue avoir choisi la facilité. Affronter la colère de Catherine, si elle apprenait que j’avais laissé son fils être mis en cause, me semblait insurmontable. Je lui ai donc dit de passer l’éponge et lui ai promis de ne plus l’embêter sur son passé médical en contrepartie.
Nous nous sommes quittés en bons termes. »
Les deux amis se regardèrent très surpris. Marc déclara.
– Je ne m’attendais pas à cela.
– Quel est l’intérêt de Guy ?
– Attends ! Ne t’emballe pas. Rien ne nous dit que cette histoire est vraie puisqu’il n’y a eu aucune preuve et, même si c’était le cas, Guy n’a peut-être pas pris ces médicaments pour son usage personnel mais pour quelqu’un d’autre. Rien n’est évident.
– Dans ce cas, il l’aurait fait pour de l’argent ?
– Non, pas forcément. Il avait peut-être envie de nuire à Michel ou à une autre personne de la clinique, je ne sais pas.
– En tout cas, cela semble disculper Michel et mettre la lumière sur Guy.
– En effet.
Anna sortit le repas de Marc du réfrigérateur ainsi que la bouteille de champagne et des coupes. Ils levèrent leurs verres à la fin de la lecture des journaux de Dimitri et à la vérité. La jeune femme sentit l’appétit revenir. Il était tard. Ils attaquèrent leur dîner de bon cœur. Anna avait néanmoins de la suite dans les idées.
– Bon, nous avons fini de lire le journal. Maintenant, je pense qu’il faut passer à l’action, non ? Parce que pour le moment, nous n’avons que des suspects et aucune piste sérieuse. Je propose une réunion au sommet avec ton père afin de trouver un moyen de disculper ou d’incriminer les personnes que nous soupçonnons. Il faut que nous nous les répartissions en fonction de nos affinités…
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