Apparences trompeuses
Chapitre 42
Vendredi 15 mai 2009…
Dès qu’il sortit de l’appartement d’Anna, Marc fit un détour par chez lui afin de se préparer avant de rejoindre Benoît. Il se rappela les conseils d’un de ses vieux amis habitué des soirées arrosées et prit le temps d’avaler de l’huile d’olive et de la vitamine C pour ne pas être malade le lendemain. Il appela un taxi, n’escomptant pas être en état de conduire pour revenir chez lui. Il se rendit dans la vieille ville d’Annecy. Son but était clair : mettre toutes les chances de son côté pour faire parler Benoît et d’après ses renseignements, le fils de Dimitri devenait facilement bavard une fois qu’il avait levé quelques verres avec la personne qui lui tenait compagnie.
Les deux hommes se retrouvèrent dans un pub irlandais, le Finn Kellys, situé faubourg des Annonciades et qui ne fermerait pas avant 3 heures du matin. Benoît était déjà installé dans la salle du fond devant un verre lorsqu’il pénétra dans l’établissement. Marc prit une bière pour l’accompagner. Une fois de plus, il raconta sa petite histoire.
– Je vous remercie d’avoir accepté de me rencontrer. Comme je vous l’ai expliqué, la ville de Veyrier m’a passé une commande et souhaite que je fasse une biographie sur votre père. Il me paraît essentiel dans ce cadre que je rencontre ses proches dont vous faites partie et que vous puissiez me parler de lui.
Benoît semblait enchanté qu’on ait pensé à lui.
– Je suis content qu’on me laisse la possibilité de m’exprimer. Je ne sais pas si vous le savez mais je ne m’entendais pas du tout avec mon père.
L’héritier de Dimitri commanda une bouteille de whisky et les servit tous les deux. Marc put ainsi l’entendre se plaindre des rapports douloureux qu’il entretenait avec son père qui n’acceptait pas son manque d’investissement dans la LMD, qu’il ne réussisse pas de brillantes études, n’ait pas de passion ou un travail intéressant. Ses exigences devenaient difficiles à supporter tant il voulait que son fils soit à son image. Plus il lui mettait la pression, et plus Benoît se dévalorisait et cherchait l’oubli dans le jeu et l’alcool. La franchise de Benoît, qui ne se montrait guère sous son meilleur jour, l’impressionna. Le fils de Dimitri avait une grande lucidité sur son état.
– Nos relations ont atteint, il y a peu de temps, leur paroxysme. Nous n’arrivions plus à nous parler sans hurler et nous faire les pires menaces. J’avais besoin d’argent. J’étais incapable de travailler car je buvais et jouais tout le temps. Pour qu’il m’aide, j’ai dû accepter de me faire interdire de jeu et suivre une cure de désintoxication dans la clinique de mon beau-frère. Mon père a tout payé. Sa mort me permet de devenir indépendant financièrement, donc c’est finalement une belle surprise pour moi.
– Pourquoi ?
– J’ai joué l’outragé lorsqu’on m’a appris que je ne touchais que le légal alors que mes sœurs héritaient de plus, mais en fait, j’étais persuadé qu’il m’avait déshérité pour indignité. Il m’avait menacé de le faire… Je suis donc en fait très content de toucher tout cet argent auquel je ne m’attendais pas…
– Vous ne le saviez peut-être pas, mais il faut avoir été condamné pour avoir causé du tort au défunt pour être déshérité, ce qui n’est pas votre cas. Du coup, lorsqu’il est décédé, vous avez dû avoir peur de dépendre de vos sœurs ?
– J’ai totalement paniqué. J’avais beau lui dire des choses horribles, s’il y avait bien une chose que je ne désirais pas, c’était sa mort.
Laissant le fils de Dimitri continuer à se confier, Marc réalisa que son interlocuteur venait de se disculper sans le savoir. Il n’avait plus de mobile… Une fois que Benoît eut fini de se plaindre de la dureté de son père, le journaliste voulut avoir son avis.
– Je tiens à vous faire part d’une rumeur. Il semblerait qu’une enquête va avoir lieu au sujet de la disparition de votre père. On commence à avoir des doutes sur les causes de sa mort, qui ne serait peut-être pas aussi naturelle qu’on a pu le penser de prime abord, et on parlerait d’un meurtre. Vous êtes au courant ?
Évidemment la réponse que lui fit Benoît ne l’étonna pas.
– Non. Pas du tout. Pourquoi ? À cause de l’article paru dans le journal ?
– Oui, mais aussi du comportement de Jérôme.
Benoît commençait à avoir une bonne dose d’alcool dans le sang. Il ne sembla donc pas surpris par les allégations du journaliste et regarda son interlocuteur d’un air entendu et sûr de lui de celui qui connaît la vérité.
– Tout bien réfléchi, cela n’aurait rien d’étonnant. Le vieux s’était quand même mis beaucoup de monde à dos. Si je devais désigner un coupable, je ne saurais pas par qui commencer.
Marc sut saisir la perche. Il rigola bêtement.
– Entre nous, vous pensez à qui ?
– En fait, je suis sûr que l’une de mes sœurs l’a tué.
– Ah bon ?
– Michel, le mari de Béatrice, est endetté jusqu’au cou et Béatrice a été lui demander une avance sur héritage qu’il a refusée, puis un prêt qu’il ne lui a pas accordé. Elle en avait gros sur le cœur. Elle ne le supportait pas et ne comprenait pas pourquoi il voulait garder tout son argent pour lui alors qu’il en avait à ne plus savoir quoi en faire. Sa mort tombe à pic pour eux deux.
– En effet.
– Michel met beaucoup trop d’argent dans la clinique qui n’est pas rentable. Chaque année, Béatrice demandait à papa d’allonger pour combler les trous. Au bout d’un moment, mon père en a eu marre et a arrêté de jouer à la banque. Cela a énormément contrarié ma sœur qui a eu une explication des plus mouvementées avec lui et ils se sont fâchés. Dimitri lui a même dit qu’elle devrait être patiente et attendre qu’il trépasse pour faire ce qu’elle voulait. Elle l’a peut-être pris au mot, qui sait ?
Il n’avait jamais envisagé qu’une des filles de Dimitri soit la coupable. De plus, elles étaient tout le temps restées avec d’autres personnes. Mais c’était intéressant d’avoir l’avis de Benoît, cela ouvrait de nouvelles perspectives : peut-être que les parents d’Anna avaient eu également des problèmes financiers avec Dimitri sans qu’ils en aient informé leur fille…
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