Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 43 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 43

 

 

Dimanche 17 Mai 2009…

Ce fut Geoffroy, le jardinier, qui fit la découverte macabre. Cet ancien militaire, habitué à l’exactitude, put précisément donner aux gendarmes l’heure à laquelle il avait trouvé le cadavre. En effet, cela faisait une semaine qu’il faisait chaud et la piscine était ouverte. Il la nettoyait tous les matins à 8 heures précisément. Ce dimanche-là, il était donc venu, comme tous les jours, pour vaquer à ses occupations. Il reconnut instantanément le corps de Martha qui flottait en chemise de nuit dans le bassin, son visage dans l’eau, ses longs cheveux gris, toujours attachés en chignon d’habitude, défaits.

Même s’il lui parut évident qu’il était trop tard pour la sauver, par acquit de conscience, il plongea dans l’eau tout habillé pour ramener le corps sur le bord et tenter de ranimer la victime. Manifestement, la domestique était morte depuis plusieurs heures et rien ne pouvait plus être fait.

Les gendarmes et le Samu arrivèrent quelques instants plus tard pour constater le décès. Le médecin légiste, appelé en renfort, put voir, avant qu’on emmène la dépouille, que son crâne était tuméfié et qu’il paraissait plausible que Martha ait reçu des coups à la tête avant de tomber dans l’eau. L’hypothèse d’un homicide apparut alors comme une vraie possibilité et des analyses plus poussées commencèrent à être menées sur place. Une autopsie fut également décidée.

D’une voix tremblante, Edmond appela Anna pour la prévenir du drame. La jeune avocate resta un instant sans voix avant de bredouiller d’une voix tremblante :

– Que s’est-il passé ?

– Elle est morte dans la nuit. On pense à un meurtre car ils ont remarqué que des coups lui ont été portés à la tête.

– …

– Anna ?

– Elle m’a appelée avant-hier et je devais la voir aujourd’hui. Je sais que vous êtes au courant car elle m’a dit qu’elle me contactait suite à une conversation qu’elle avait eue avec vous. Edmond, il faut que vous soyez très prudent. Vous êtes peut-être en danger. J’ai bien peur que quelqu’un ait entendu la discussion que j’ai eue avec elle et ait décidé de la supprimer parce qu’elle en savait trop. Vous m’appelez d’où ?

– Ne vous inquiétez pas, j’utilise mon portable et ne suis pas dans la maison.

– Vous savez de quoi elle m’a parlé ?

– Oui, elle a vu Guy lire les journaux et donner à Thomas des médicaments pour les troubles du rythme cardiaque, je crois.

– Oui, c’est cela. Elle devait me donner les boîtes de comprimés en question aujourd’hui. Elle a parlé de preuves. Elle vous a dit de quoi il s’agissait et où elle les avait cachées ?

– Non, je n’en sais rien. Je peux aller à son domicile, si vous voulez. Cela ne devrait pas être difficile à retrouver vu qu’elle vit dans un petit deux-pièces dans la maison.

– Oui, je veux bien, mais allez-y avec Geoffroy. Pas seul. Vous m’entendez bien Edmond, en aucun cas seul… Et méfiez-vous de tout le monde !

Edmond et Geoffroy allèrent donc discrètement fouiner chez Martha après le départ de Guy. Il ne leur restait plus beaucoup de temps. On était déjà en début d’après-midi et Catherine, avertie du drame qui venait de se dérouler dans sa demeure, atterrirait à Genève par le vol de 19 heures. Une fois qu’elle serait présente, il serait plus compliqué de mener la moindre enquête. De plus, ils craignaient que les gendarmes ne reviennent sur les lieux et aillent également fouiller dans les affaires de la défunte.

Quelle ne fut pas leur stupéfaction en pénétrant dans l’appartement ! Tout était retourné. Le désordre était impressionnant : les chaises à terre, les meubles ouverts, le matelas déchiré, des papiers parsemés sur le sol, tout témoignait de la volonté de retrouver quelque chose. Impossible de savoir si la personne avait atteint son objectif. En revanche, des traces de lutte étaient évidentes et des clubs de golf étalés sur le sol. L’un des drivers pouvait parfaitement avoir servi pour assommer la victime avant de jeter son corps inanimé dans la piscine. Edmond était comme hypnotisé. Il commençait à comprendre pourquoi Anna avait des craintes pour sa vie. Geoffroy était tellement blanc que le majordome craignit qu’il ne s’évanouisse. Il posa la première question qui lui venait à l’esprit.

– Elle jouait au golf ?

– Non… Pas à ma connaissance. C’est très bizarre. En plus, ce sont des clubs d’homme.

Edmond enfila des gants en caoutchouc.

– On ne touche à rien. On cherche juste les fameuses preuves qu’elle voulait nous donner.

Les deux hommes prirent le temps de passer au peigne fin les deux pièces de l’appartement. Ils ne trouvèrent rien qui puisse ressembler à des médicaments pour les troubles du rythme cardiaque ou à une autre preuve. Soit elle les avait cachés ailleurs, soit la personne, qui était passée avant eux sur les lieux, les avait pris. Edmond demanda à Geoffroy :

– Comment Guy a-t-il pris les choses en apprenant la mort de Martha ?

– Il a eu un air horrifié et a donné l’impression qu’il allait faire un malaise. Il a immédiatement appelé sa mère pour qu’elle revienne et a dit qu’il ne voulait pas rester dans une maison où une personne avait été retrouvée assassinée dans la piscine…

– Bon, il va falloir de nouveau prévenir la police…

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