Apparences trompeuses
Chapitre 39
Jeudi 14 mai 2009…
Anna invita à déjeuner son oncle Michel avec comme prétexte l’étude du cas d’un client de son cabinet d’avocats pour lequel il pourrait être amené à faire une expertise médicale. Ce n’était pas la première fois qu’elle le sollicitait et il ne fut pas surpris. Ils se retrouvèrent pour déjeuner rapidement à la Brasserie des Européens, place de l’hôtel de ville, à Annecy, qui était leur QG pour ce type de rencontre. Le temps clément leur permit de profiter de la terrasse et de se sentir un peu en week-end anticipé. Ils n’avaient pas fini leur entrée qu’Anna lui avait déjà présenté son client à expertiser et il avait donné son accord pour le faire. Elle avait donc les mains libres pour parler des choses sérieuses. Ils s’entendaient bien. Elle n’avait donc pas besoin de tourner autour du pot bien longtemps.
– J’ai vu l’article de l’Essor Savoyard. Je n’ai pas compris pourquoi quelqu’un s’en prenait à toi comme ça. Comptes-tu attaquer le journal pour diffamation ?
– Non. Évidemment je n’ai pas tué Dimitri, mais les faits concernant mon erreur de diagnostic et le vol dans ma clinique sont exacts, je ne peux donc rien faire. Cette personne a le droit de penser ce qu’elle veut ensuite et de me croire coupable.
– Cela me désole car je sais que ta réputation doit être sans tache pour que ta clinique attire du monde.
– Tu ne crois pas si bien dire. Cela tombe particulièrement mal car j’ai fait récemment de gros investissements pour renouveler et acheter du matériel plus performant.
– Tu sais qui cela peut être ?
– Non. Tout simplement parce que pour moi, personne n’est au courant pour l’erreur de diagnostic. Tout d’abord, j’ai pensé à Guy parce qu’il a une dent contre moi, mais je suis sûr que Dimitri ne lui en pas parlé.
– Pourquoi te déteste-t-il ?
– Cela remonte à très loin. Il a triché lorsqu’il a passé ses examens en faculté de médecine et je l’ai dit à son beau-père. Ce dernier n’a pas apprécié et a eu à cœur de lui exprimer clairement et vertement son mécontentement. Guy a su facilement comment le mari de sa mère avait eu l’information car j’enseignais là-bas à cette époque et tout le monde connaissait mon lien de parenté avec lui. Depuis, nous ne nous parlons plus.
– Ensuite, tu as pensé à quelqu’un d’autre ?
– Oui. Je me suis dit que Benoît pouvait aussi être suspect. Il est passé à la clinique pas mal de fois pour se désintoxiquer ce qui ne l’a d’ailleurs pas empêché de boire une fois dehors…
– Je ne savais pas que tu avais un service de désintoxication…
Michel poursuivit :
– Benoît ne m’aime pas. Il estime que ma clinique est minable et que je suis pitoyable parce que je me fais de l’argent, qu’il estime facile, sur des malades. Il ne supporte pas que je puisse le voir en état de faiblesse et que je constate ses rechutes. Il a l’impression que j’en parle à toute la famille et que je complotais avec Dimitri. J’ai tenté de lui expliquer à plusieurs reprises que ce n’était pas le cas, mais il n’a rien entendu. Mais tout comme pour Guy, comment aurait-il pu savoir pour l’erreur médicale ?
– En tout cas, les agissements de Jérôme et les révélations de l’Essor ont fait du bruit et d’après ce que je sais, il serait question d’ouvrir une enquête pour bien vérifier que la mort de papy est naturelle…
– Comment sais-tu cela ? Tu es bien informée !
– Tu sais, les avocats côtoient tous les jours des policiers. Mais ce n’est pas ça le plus important. Tu penses quoi de la mort de Dimitri ? Elle ne t’a jamais paru bizarre ?
– Franchement, si. Cela m’a paru soudain. Dimitri venait de subir un check-up complet et certes, il avait des problèmes cardiaques mais ils étaient sous contrôle. J’ai été surpris. Après, de là à imaginer que quelqu’un aurait été jusqu’à le tuer… J’ai évidemment des idées sur les personnes qui auraient pu avoir intérêt à ce qu’il meure, mais quand même, il y a un pas que j’ai du mal à franchir.
– Si tu devais le franchir, qui imaginerais-tu capable de le faire ?
– On peut raisonnablement penser que si le décès est criminel, cela veut dire qu’il est mort empoisonné. Il faut donc avoir accès à des poisons, les connaître et ne pas avoir froid aux yeux. Il faut préméditer et en avoir gros sur le cœur pour en arriver là. Plusieurs personnes détestaient ton grand-père. Jérôme me semble suffisamment retors et intelligent pour passer à l’acte. La question du mobile se pose ensuite car je ne lui en vois pas. Cependant, la soif du pouvoir ou des problèmes dans le travail peuvent amener parfois à des extrémités difficiles à imaginer pour la plupart d’entre nous. Thomas, quant à lui, avait remboursé son détournement de fonds, mais pour autant, n’avait réussi à vendre ses parts pour pouvoir mener la vie dont il rêvait… Il avait un grand sang-froid. Enfin, Elisabeth, sous ses abords calmes et réservés, me semble très instable. Pour une histoire passionnelle, aurait-elle été capable de tuer son amant ? Peut-être voulait-il finalement se séparer d’elle ? Je ne me rappelle plus si Thomas a bougé pendant la soirée mais, en revanche, je suis certain qu’Elisabeth est partie à un moment donné. Elle a annoncé vouloir parler à Dimitri. Elle a donc eu tout le loisir de lui faire boire ou manger quelque chose d’empoisonné.
– Christine ne te semble pas une suspecte convenable ?
– Je ne vois pas quand elle aurait pu le faire. Je me rappelle bien que la seule fois que Christine s’est absentée, cela a été lorsque j’ai pris une conversation téléphonique et me suis éloigné. Elle voulait me parler d’un problème concernant Jérôme…
Anna le quitta perplexe. Elle appela Marc pour lui raconter ces échanges. Il prit alors la décision d’aller voir Benoît le lendemain et d’essayer de le faire parler.
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