Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 26 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 26

 

Mercredi 29 avril 2009…

Après de longs moments d’hésitation, Anna se décida à parler avec son père. Elle savait par sa sœur, qui vivait encore au domicile familial, que ses parents avaient été invités par Jérôme et voulait savoir ce qui s’était passé. Son père et elle étaient complices et elle espérait bien arriver à le faire parler.

Elle profita de l’occasion lors d’un dîner avec ses parents qui tombait opportunément le lendemain de leur rencontre avec le directeur commercial de la LMD. Lors de la traditionnelle promenade digestive, elle se retrouva seule avec son père, Hervé Brandfort. Le temps maussade ayant découragé sa mère et sa sœur. Ils descendirent vers le lac pour marcher quelques instants sur le ponton en direction de Chavoire et longèrent le petit port avant qu’elle n’aborde le sujet qui lui tenait à cœur. Son père ne se fit pas prier pour tout lui raconter.

– Claire m’a dit que maman et toi avez été invités tous les deux au restaurant par Jérôme ?

– Oui, cela nous a amusés parce que Jérôme n’a jamais rien organisé de la sorte auparavant. Ta tante et ton oncle étaient là aussi. Il a essayé de nous convaincre de voter pour lui au prochain conseil d’administration.

– Pourquoi a-t-il fait cela ?

– Nous avions vu Elisabeth avec Benoît peu de temps avant, et Elisabeth nous a montré une lettre de Thomas la mettant en garde contre les ambitions de Jérôme. Elle ne souhaite donc pas qu’il soit nommé président.

– Benoît n’était pas invité par Jérôme.

– Non, mais cela ne nous a pas surpris très longtemps.

– Comme cela ? Jérôme a appris que vous vous étiez vus par Benoît ?

– Oui, je suis à peu près sûr que ton oncle n’a pas pu s’empêcher de lui parler. Dès qu’il boit, il ne sait pas tenir sa langue. Et puis, il a été le seul à prendre la défense de Jérôme lorsqu’Elisabeth nous a montré la lettre de son mari. Peut-être trouvait-il normal de prévenir son ami ? De toute façon, Benoît est très remonté.

– Comment ça ?

– La lecture du testament ne s’est pas aussi bien passée que ta mère, très diplomate, a bien voulu te le dire. Ta mère et ta tante ont été contentes et c’était logique car elles héritaient d’une part un peu plus importante que prévu, mais cela n’a pas été le cas pour Catherine et Benoît. Catherine n’a pas trouvé normal de ne rien avoir, à part le droit d’habiter pendant un an la maison, et elle l’a fait clairement savoir et de manière très théâtrale. Mais la tension est montée à son comble lorsque Benoît a tenu des propos d’une grossièreté assez inimaginable. Il ne s’attendait visiblement pas à avoir moins que ses sœurs et n’en revenait pas. Il n’a eu qu’un quart de l’héritage et n’a pas accepté une telle iniquité de traitement avec ses sœurs. A priori, ton grand-père a réglé certains comptes de manière posthume.

– Tu sais pourquoi il a fait cela ?

– Difficile à savoir. J’ai cru comprendre qu’il ne s’entendait pas bien avec son fils qui lui demandait sans cesse de l’argent pour jouer au poker au casino.

– Benoît a un problème avec le jeu ?

– Oui, depuis longtemps. Tu ne le savais pas ?

– Non.

– Garde cette information pour toi alors.

– Il va au casino d’Annecy ?

– Oui. Enfin, il allait. Il est interdit de jeu maintenant. Il avait de tels problèmes de dettes qu’il a demandé à être interdit volontairement, condition imposée par Dimitri pour le renflouer. Je n’en sais pas plus.

– Et Catherine ?

– Catherine ne s’attendait pas à cela. Dimitri et elle étaient sur le point de divorcer, mais elle ne pensait pas que son mari aurait pris le temps de refaire son testament juste avant de mourir. Elle a même été très surprise que cela soit le cas.

– Tu en sais des choses…

– J’étais l’avocat de ton grand-père… Il se confiait à moi. Du coup, Catherine est en train de s’organiser un séjour d’une dizaine de jours en thalasso en Suisse, je crois. Pour se remettre de toutes ses émotions.

– Elle n’est pas sincère du tout. À ton avis, le décès de Dimitri te semble purement accidentel ?

Devant l’air interrogatif de son père, elle précisa :

– Tu ne t’es jamais dit qu’il pouvait s’agir d’un meurtre ?

Hervé prit le temps de la regarder avant de répondre :

– Si, je dois avouer que l’idée m’a effleuré… Mon beau-père n’avait pas que des amis. Mais faute de preuves et vu que la thèse officielle de la mort par crise cardiaque semblait acceptée par tous, j’avoue que j’ai gardé pour moi mes supputations et que je n’ai pas été plus loin. J’ai trouvé que sa mort tombait très bien pour certaines personnes comme Catherine ou Benoît pour ne citer qu’eux.

– Tu penses à d’autres personnes ?

– Oui, évidemment. Thomas par exemple. Lorsque nous avons reçu le courrier de Catherine, j’avoue que j’ai été sidéré.

– Tu ne savais pas ?

– Si. Dimitri m’en avait parlé même si je n’avais pas la preuve de ce qu’il m’avait dit, mais je n’aurais jamais pensé qu’il écrirait cela dans un carnet de bord ou un journal, appelle cela comme tu veux. Il fallait vraiment qu’il ne se sente pas en sécurité pour faire ça.

Anna faillit lui parler des documents qu’elle avait récupérés et elle se força à garder le silence. Elle avait confiance dans son père et ne le pensait pas coupable de quoi que ce soit, cependant elle n’aurait jamais imaginé une quelconque personne de sa famille capable de faire du mal à une mouche. Elle avait surtout peur qu’il parle à sa mère et que celle-ci discute par exemple avec Béatrice Devigne avec laquelle elle s’entendait bien. Or, moins ils seraient nombreux à savoir et mieux cela serait. Elle repartit chez elle, très pensive…

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