Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 63 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 63

 

Mercredi 27 mai 2009…

L’attention des membres de la famille se concentra à nouveau sur lui pour son plus grand plaisir.

« Je vais me permettre de remonter quelques moments dans le temps afin que vous compreniez mieux ce que je vais vous expliquer ensuite. Je vous demande juste un peu de patience, cela ne sera pas long. Mon histoire commence, en fait, quand ma mère est abandonnée, par un homme riche mais coureur de jupons, alors que j’ai sept ans. Rien ne change dans ma vie car ma mère a déjà une fortune personnelle qu’elle a eue par héritage familial. Je reste donc dans mon environnement, conserve mes amis, mon école. En revanche je ne reverrai plus mon père, ce qui m’affecte évidemment. Je suis également extrêmement triste quand je vois que ma mère vit très mal sa rupture. Elle rencontre d’autres hommes et ses aventures finissent mal. J’éprouve un vrai besoin de la protéger et comme je suis encore petit, je ne peux rien faire. Je me promets de tout faire pour qu’elle soit heureuse dès que je serai adulte. Elle me semble si fragile. C’est alors qu’elle rencontre Florence, l’épouse de Dimitri, lors d’un gala de bienfaisance. Ma mère est impressionnée par cette femme à qui tout réussit. Florence est belle, gentille, a de beaux enfants, un mari aimant et éprouve du plaisir à travailler dans le bénévolat – ce qu’elle fait par choix vu la fortune de son mari –. Elle me confie qu’elle aimerait être à sa place. Je décide alors de prendre les choses en main et de répondre littéralement à sa demande. Dans la région, les beaux partis célibataires ne courent pas les rues. Ma mère a peu de chances de voir son rêve se réaliser. Il lui faut un coup de pouce et je vais lui donner. Pour cela, je vais faire en sorte qu’elle puisse se marier avec Dimitri et donc que Florence meure… »

Des cris s’échappèrent de l’assistance. Les deux filles de Dimitri et de Florence tombèrent en état de choc. Guy était en train de leur annoncer que leur mère n’était pas morte d’un accident, comme elles l’avaient toujours cru, et que c’était lui qui l’avait tuée. Les deux femmes étaient partagées entre l’envie de le lyncher et celle morbide de savoir exactement ce qui s’était passé. Catherine, quant à elle, avait les yeux exorbités et la bouche ouverte. Elle prenait pleinement conscience du côté monstrueux de son fils et comprit qu’elle ne pourrait plus le couvrir davantage.

La tante d’Anna, Béatrice, s’exclama :

– Pourquoi nous racontes-tu cela ?

– Ce crime est prescrit maintenant car il remonte à plus de dix ans, cela ne peut pas jouer contre moi et cela me semble important que vous soyez au courant de tout.

Guy continua imperturbable.

« J’ai observé Florence et j’ai remarqué qu’il s’agissait de quelqu’un de très prévisible. Elle partait par tous les temps, toujours seule, dans une vieille voiture à laquelle pour d’obscures raisons, elle semblait être attachée. Je décidais d’agir et de profiter d’un de ses trajets nocturnes. Elle jouait au bridge un soir par semaine à Aix-les-Bains. Ce n’était pas la porte à côté et il existait des clubs plus proches, mais elle connaissait la présidente de celui-là avec qui elle faisait du bénévolat. J’ai su attendre mon heure et j’ai agi en hiver, par mauvais temps. Elle revenait à des heures très tardives, de nuit. Elle ne voulait pas passer par l’autoroute, plus par habitude qu’autre chose d’ailleurs. Cela me convenait bien. Lorsqu’elle était dans son club, elle garait sa voiture dans un endroit peu fréquenté et mal éclairé. J’ai attendu qu’il soit très tard. J’ai bricolé la direction de la voiture et dévissé quelques écrous. J’ai également veillé à ce que la voiture ne freine pas bien. Après sa soirée, elle a repris l’ancienne nationale 201. À l’entrée d’Albens, la voiture s’est mise à dévier. Elle en a perdu le contrôle et a tenté de freiner. Il y avait du verglas et la visibilité était mauvaise. Comble de malchance, elle s’est fait doubler par une voiture en pleins phares qui lui fait une queue de poisson. Florence a braqué, la direction a cassé. Elle n’a pas pu freiner et a heurté un platane. Le conducteur, moi, vous vous en doutez tous, s’est arrêté. J’ai pu constater qu’elle était morte sur le coup. J’ai mis le feu à la voiture et je suis tranquillement reparti. Je n’ai jamais été inquiété, on ne m’a même pas interrogé. L’enquête a été bâclée et le détective engagé ensuite par Dimitri n’a pas fait mieux. La mort de Florence est tombée à un très bon moment. Ma mère est venue consoler le veuf éploré et ce dernier s’est finalement dit qu’il valait mieux être accompagné que célibataire et s’est marié avec elle après un délai raisonnable. J’étais content car, pour moi, j’avais résolu le problème de ma mère qui n’arrivait pas à se trouver un homme, mais qui n’avait pas le courage de s’en donner réellement les moyens. Je n’ai tué Florence que pour lui faire plaisir, c’est un acte complètement désintéressé de ma part car je n’avais rien de personnel contre cette femme. »

Hervé Brandfort se leva brutalement de la chaise où il s’était installé et l’interrompit.

– Comment peux-tu être d’un tel cynisme ? Comment oses-tu parler comme ça ?

– Je ne fais que dire les choses comme elles se sont passées. Si tu n’es pas prêt à entendre la vérité, tu peux t’en aller. Tout est une question de valeurs et de priorités. Pour moi, les moyens importent peu et seul compte le résultat.

Hervé se tut et se rassit. Guy continua :

– Ma mère ne s’en est jamais vraiment rendu compte, mais dès que j’ai été en mesure de le faire, j’ai tout fait pour lui simplifier la vie. Son bonheur était quelque chose d’essentiel pour moi. Je tenais à ce que cela se sache. Voilà ! Je vous ai tout dit. Je vais maintenant pouvoir me rendre à la police qui attend patiemment à l’extérieur de la maison. Je passe juste prendre mes affaires.

La stupeur était à son comble. Un long silence s’installa et ce ne fut qu’après le départ de Guy, suivi d’un jeune agent qui attendait dans le couloir, que les membres de la famille se mirent à tous parler en même temps. Le choc était terrible. L’annonce de la mort criminelle de Florence était tellement inattendue. Béatrice, Marie et Anna étaient en larmes, effondrées. Les hommes leur tendaient leurs mouchoirs sans grand espoir de les calmer.

Michel reprit ses esprits et regarda Geoffroy qui attendait qu’on règle son sort, droit sur son siège. Le domestique ne pleurait plus.

– Geoffroy, pourquoi avez-vous accepté de faire tout ce que Guy vous demandait ? Je ne peux pas croire que l’argent soit votre unique motivation. Il y a autre chose.

Geoffroy regarda Catherine sans prononcer un mot. Ce n’était pas à lui de dire quoi que ce soit. Si elle pensait qu’il fallait que les choses se sachent et du coup, qu’on puisse comprendre pourquoi il avait agi de la sorte, elle parlerait. Si elle ne le souhaitait pas, il serait incompris et surtout ne bénéficierait pas de circonstances atténuantes.

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