Apparences trompeuses
Chapitre 7
Mardi 24 mars 2009…
Deux semaines après la cérémonie, elle invoqua comme prétexte la nécessaire récupération des livres qu’elle avait prêtés à son grand-père pour rendre visite à Edmond. Le majordome, ayant compris qu’elle ne souhaitait pas croiser Catherine, avait fait en sorte qu’elle vienne alors que cette dernière était absente. La jeune femme s’installa dans la grande cuisine, une pièce chaleureuse avec sa batterie de casseroles étincelantes en cuivre. Edmond lui apporta un cake aux fruits fait maison et un thé et ils commencèrent à deviser. Rapidement, elle arriva au but de sa visite :
– Edmond, pensez-vous comme les autres que la mort de papy soit naturelle ?
Un peu surpris par la brutalité de la question, le vieux maître d’hôtel secoua la tête et se racla la gorge. Il choisit d’être franc.
– Miss Anna, j’y ai beaucoup réfléchi et… Non… Je ne crois pas.
– Pourquoi ?
Il hésita.
– Monsieur se confiait à moi parfois… Et puis des fois… J’entendais des choses que je ne devais pas entendre.
La gêne du serviteur était palpable.
– Oui ? Quoi par exemple ?
– Il y a l’histoire du testament…
La jeune femme le regarda, étonnée. Elle se rappelait que ses parents s’étaient rendus chez le notaire, quelques jours auparavant. Ils en étaient ressortis contents. Le contenu du testament leur convenait totalement puisqu’ils héritaient d’une grande partie de la fortune de leur père. Les trois enfants de Dimitri avaient cependant été surpris par deux choses. D’une part, Benoît touchait moins que ses deux sœurs et il avait très mal pris la nouvelle. D’autre part, Catherine n’avait que l’usufruit de la maison et des meubles pour un an. Certes, elle avait sa propre fortune et n’avait pas besoin de l’argent de son défunt mari pour survivre, mais, même si Benoît, Béatrice et Marie ne l’aimaient pas, ils auraient trouvé normal qu’elle ait au moins une rente, ce qui était le cas des trois domestiques par exemple.
– Qu’est-ce qu’il a ce testament ?
– Il l’a refait deux jours avant sa mort. Il était inquiet. Il n’a donné que le strict minimum à Benoît car il acceptait de moins en moins son comportement laxiste et son ébriété constante.
– Qu’a-t-il changé d’autre ?
– Avant, Catherine héritait de la maison et des meubles et avait en plus une belle rente…
Un silence de plomb suivit sa déclaration. Edmond ne semblait pas vouloir lui en dire plus ou en tout cas, hésitait. Ils entendirent alors une voiture arriver dans la cour. Ils n’avaient plus beaucoup de temps devant eux. Sans chercher à en savoir plus sur les raisons du revirement de son aïeul, elle alla à l’essentiel :
– D’accord… Dimitri m’a parlé de documents qu’il souhaitait me remettre. Vous savez de quoi il s’agissait ?
Le majordome réfléchit un bref instant.
– Je peux juste vous dire que Monsieur tenait un journal intime mais je ne sais pas où il est. Je ne suis au courant de rien d’autre.
Elle eut l’impression que le domestique s’apprêtait à lui dire autre chose quand Martha entra dans la cuisine l’air contrarié, les bras chargés de sacs de courses.
– Madame arrive d’un moment à l’autre. Elle a rencontré la femme du préfet chez le coiffeur et a eu d’un seul coup l’idée subite d’organiser un dîner pour dix personnes ce soir.
Voyant qu’Edmond et Anna ne réagissaient pas et ne semblaient pas réaliser à quel point la situation était grave, elle répéta :
– Ce soir ! Vous vous rendez compte ?
Elle commença alors à s’activer bruyamment et envoya Edmond dans l’arrière-cuisine chercher des aliments dans le congélateur.
– Vous avez besoin de quelque chose Miss Anna ?
– Non, je vous remercie Martha. J’allais partir.
Anna repartit, sans les livres qu’elle était venue chercher, pleine de frustrations. Elle était presque sûre qu’Edmond allait lui confier quelque chose de bien plus important que ces informations sur le testament. Ah ! Si Martha n’était pas arrivée à l’improviste…
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