Apparences trompeuses

Nathalie Michau · Chapitre 4 sur 66

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Apparences trompeuses

Chapitre 4

 

Lundi 6 avril 2009…

Après une nuit blanche à se culpabiliser, n’en pouvant plus tant le secret était lourd à porter, ne sachant vers qui se tourner, elle changea d’avis. Elle n’attendrait pas de voir sa confidente. Elle décida d’en parler tout de suite aux forces de l’ordre. Anna se rendit à la gendarmerie dès 8 heures du matin, amenant avec elle une copie des documents. La jeune femme tomba sur un vieux planton bien misogyne et frustré qui, un peu rigolard et condescendant, lui expliqua qu’elle pouvait au mieux déposer une main courante, au pire ne rien faire du tout.

– Enfin, ma p’tite dame, on ne peut pas prendre les dépositions et ouvrir des enquêtes à chaque fois que les gens ont des suspicions… Vous ne vous imaginez pas à quel point on est suspicieux dans ce pays…

Non, en effet, elle n’imaginait pas. La jeune avocate, qui avait eu tant de mal à oser leur parler, ne résista pas, choisit de ne pas perdre son temps, reprit ses papiers et repartit la tête basse, plus en colère contre elle-même et sa naïveté qu’envers l’abruti qui l’avait rabrouée. Elle était donc revenue au point de départ lorsqu’elle vit son amie à 11 heures.

Brigitte, une grande blonde filiforme de l’âge d’Anna, écouta stoïquement, son amie d’enfance, lui expliquer de manière très succincte la situation :

– Heureusement que je te connais depuis toute petite ! Sinon j’aurais des doutes sur ta santé mentale.

– Arrête ! Je suis sérieuse.

– Moi, je ne peux pas grand-chose pour toi. En tant qu’institutrice, je ne suis pas spécialisée dans les enquêtes criminelles.

Brigitte prit cependant le temps de la réflexion. Il devait y avoir une solution.

– Tu as pensé à une agence de détectives ?

– Je n’ai pas suffisamment d’argent pour me payer les services d’un enquêteur.

– Et dans ta famille, il n’y a vraiment personne qui pourrait t’aider ?

– Lorsque j’ai sous-entendu que papy avait été assassiné, on a hésité à me faire interner… Et puis ma sœur et mes cousins sont très loin de tout cela. Non ! Définitivement non !

– Tu ne m’avais pas parlé d’un bel inconnu que tu avais croisé à ton cabinet, il y a quelque temps ?

Anna fronça les sourcils. Un bel homme ? Ah oui, le journaliste…

– Tu parles de Marc Relot ?

– Je ne connais pas son nom, mais tu m’avais juste confié qu’un journaliste de l’Essor Savoyard t’avait tapé dans l’œil. Il ne pourrait pas t’aider à trouver des preuves, lui ? Tu ne m’avais pas dit qu’il avait beaucoup d’expérience ? Si, en plus, il est mignon… Tu es célibataire en ce moment, non ?

Les deux copines se mirent à rire. Mais Anna redevint vite sérieuse. Pouvait-elle faire confiance à cette personne ? Pourquoi accepterait-il de l’aider ? Il faudrait qu’il y trouve un intérêt. Elle ne pourrait pas lui donner de l’argent, mais peut-être un scoop si le meurtre était avéré ?

Elle laissa la nuit passer. Le lendemain matin, sa décision était prise. Elle demanderait de l’aide à Marc Relot. Un peu par défaut car, de toute manière, elle n’avait aucun autre nom qui lui venait à l’esprit et ne pouvait continuer à garder ce qu’elle savait pour elle. Impossible d’être sûre qu’il accepterait de l’aider mais il semblait savoir comment mener une enquête. Cela valait le coup d’essayer.

Elle l’avait rencontré la première fois à son travail trois mois auparavant. Il était venu voir son patron spécialisé dans le droit immobilier et ce dernier était, comme souvent, en retard. Elle lui avait offert un café pour le faire patienter et ils avaient sympathisé. Elle ne s’était pas forcée, il était agréable à regarder et à entendre. Âgé d’une trentaine d’années, ce journaliste lui avait donné l’impression d’être ambitieux sans qu’elle ne comprenne pourquoi et comment il était arrivé dans ce journal régional alors qu’il avait été reporter de guerre, puis journaliste d’investigation. L’actualité de la Haute-Savoie devait lui paraître bien fade après les combats en Afghanistan ou un reportage sur l’emprise de la mafia dans l’immobilier sur la Côte d’Azur. Il semblait cultiver un certain mystère autour de lui, ce qui suscita évidemment l’intérêt de la jeune femme.

Elle l’avait revu à l’enterrement de son grand-père. Il couvrait, comme d’autres, l’événement. La mort du patron de la LMD avait fait l’objet d’articles, dans les journaux locaux et régionaux, qui rappelaient sa réussite professionnelle et s’inquiétaient de l’avenir de sa société. Qui allait la diriger à présent et cette nouvelle personne allait-elle toujours privilégier l’emploi dans la région ?

Elle se remémora de l’enterrement…

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