Comme de l'amour dans l'air: La Famille Sullivan, New York, tome 5 (French Edition)
Chapitre Onze
Cordelia se réveilla lorsque les premiers rayons de soleil brillèrent au-dessus de son lit. Même petite, elle s’était toujours réveillée au lever du soleil. Elle adorait écouter les premiers chants des oiseaux et enfoncer ses mains dans la terre quand elle était encore humide à cause de la rosée. Elle adorait respirer l’air doux et savoir qu’elle avait une nouvelle journée pour explorer et apprécier la beauté qu’il y avait autour d’elle.
Cependant, elle avait rarement eu besoin d’un nouveau départ matinal comme ce jour-là. La semaine précédente ressemblait à un grand flou à présent. Un méli-mélo d’émotions. De douleur. De plaisir inattendu.
Et Alec était impliqué dans tout cela.
En dépit de la fraîcheur du matin, elle se réchauffa entièrement en se souvenant de ses baisers, de ses mains sur elle, de la manière habile et merveilleuse dont il l’avait guidée vers le plaisir. Le plaisir plus fort et plus doux qu’elle ait connu. Elle était à peine redescendue de son orgasme quand elle avait voulu le supplier de le refaire, de l’aimer avec autre chose que ses mains et sa bouche.
Elle repoussa les couvertures, espérant que ses pieds nus sur le parquet la ramèneraient sur terre. À la réalité.
Une réalité où Alec et elle ne seraient jamais plus que des amis.
Certes, ils avaient dépassé la limite de l’amitié la veille. Et elle ne pouvait pas nier qu’ils se désiraient. Pourtant elle comprenait que ses actes avaient principalement consisté à lui donner une pause et un soulagement face aux émotions agitées provoquées par la mort de son père biologique.
Il était maintenant temps d’être assez forte pour y faire face seule. Elle passerait la journée à travailler dans le centre de jardinage, puis elle appellerait l’équipe d’investissement et de dons qu’Alec lui avait recommandée pour demander de l’aide pour donner un sens à la nouvelle – et fantastique – opportunité que Gordon et son argent lui avaient offerte.
Elle avait aussi l’intention d’appeler ses parents ce soir-là et de leur expliquer enfin ce qu’il s’était passé. Elle était sûre qu’ils comprendraient pourquoi elle avait eu besoin de se faire à l’idée d’abord. Maintenant que la situation pourrait bientôt revenir à la normale, elle voulait qu’ils partagent leurs avis sur l’utilisation de l’argent, en particulier sur les fondations à but éducatif qui pourraient le plus bénéficier d’un grand apport de fonds.
Sa routine habituelle – une douche et un bol de muesli – lui permit de se calmer un peu plus. Elle prévit de passer une heure tranquillement dans son jardin avec une tasse de café fumant à la main, avant de se diriger vers sa propriété pour placer la pancarte « OUVERT » sur la vitrine du centre de jardinage.
Elle venait de sortir par la porte et d’aller dans son jardin quand elle réalisa brusquement qu’elle n’était pas seule. Une douzaine de photographes étaient debout devant le portail de son jardin et ils essayaient tous d’attirer son attention en même temps.
— Qu’est-ce que ça fait de devenir milliardaire du jour au lendemain, Cordelia ?
— Qu’est-ce que vous allez faire avec tout cet argent ?
— Vous ignoriez vraiment que Gordon Whitley était votre père ?
À cause du choc, la tasse de café s’échappa de ses doigts et s’écrasa sur les dalles à ses pieds. Elle resta immobile, incapable même de cligner des paupières sous l’effet de la confusion tandis que les flashs crépitaient autour d’elle comme une énorme boule disco.
Comment ces inconnus avaient-ils tout découvert ?
Soudain, une voix grave s’éleva.
— Dégagez de la maison. Vous pénétrez illégalement sur une propriété privée.
Les flashs s’arrêtèrent momentanément et tous les yeux se tournèrent vers Alec, resplendissant et féroce dans un costume sombre, le regard flamboyant.
— Mes avocats vont vous tomber dessus si vous ne disparaissez pas dans les soixante prochaines secondes.
Cordelia pouvait à peine y croire, mais en moins d’une minute, ils étaient tous partis. Tous les appareils photo, toutes les personnes qui lui avaient crié des questions comme s’ils la connaissaient. Comme s’ils se fichaient de savoir à qui ils faisaient du mal tant qu’ils pouvaient écrire leurs articles.
— Cordelia.
Les yeux d’Alec étaient doux quand il se tourna vers elle, toutefois elle voyait bien à quel point il était bouleversé. À quel point il était en colère.
— Rentrons.
Il passa un bras autour d’elle après l’avoir invitée à s’asseoir sur la causeuse, sa main froide enroulée autour d’une nouvelle tasse de café.
— C’est ce que fait la presse : ils te tendent des embuscades. Mais ça n’arrivera plus. Je te le promets.
Son téléphone vibra dans sa poche. Il le sortit, envoya un message et le remit dans sa poche avant de poser ses mains de chaque côté du visage de Cordelia.
— Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ? Je les ai entendu crier, mais je n’ai pas entendu leurs questions.
Le regarder dans les yeux permit à Cordelia de se calmer plus que quoi que ce soit d’autre.
— Ils posaient des questions sur Gordon. Ils me demandaient si je savais depuis le début. Ce que j’allais faire avec tout cet argent.
Elle secoua la tête, essayant de donner du sens à tout cela.
— Je n’ai parlé de Gordon à personne, uniquement à ta sœur, et je sais qu’elle n’aurait rien dit à la presse. Comment ont-ils pu en apprendre autant ?
Le visage d’Alec était sombre. Et furieux.
— Page Six. Ils ont reçu l’information anonymement sur Gordon et toi. Les journalistes attendaient devant mon appartement aussi ce matin. C’est pour ça que j’ai su que je devais venir ici aussi vite que possible.
— Merci, déclara-t-elle, terriblement reconnaissante qu’il ait pensé à la protéger. De nouveau. Qui aurait pu leur donner l’information ?
Elle comprit avant qu’il ne le dise :
— Mona.
Il avait l’air de vouloir mettre la top-modèle en pièces à mains nues.
— Je suppose que quelqu’un devait lui devoir une faveur dans le cabinet de nos avocats. Ou que quelqu’un voulait se frayer un chemin dans son lit par tous les moyens possibles.
— Elle le pensait vraiment quand elle a dit qu’elle voulait me détruire.
Cordelia ignorait comment Alec pouvait travailler avec des gens comme Mona et rester sain d’esprit.
— Elle va le regretter, lui promit-il, sa voix cachant une promesse sombre. Je vais m’en assurer.
— Non. C’est exactement ce qu’elle veut. Te faire entrer dans son jeu. Et croire qu’elle m’a mise à terre avec ça. Nous n’allons pas lui donner cette satisfaction.
Maintenant que le choc initial s’était apaisé, Cordelia parvint à lui adresser un petit sourire en ajoutant :
— Même en sachant à quel point elle peut me rabaisser, je lui ferais face de nouveau.
— Je le sais.
Il posa sa main sur la joue de Cordelia et pendant un moment, elle pensa qu’il allait l’embrasser.
Elle savait que cela n’effacerait pas ce qu’il s’était passé avec Mona et la presse, et que cela compliquerait davantage leur amitié, ce qui n’était pas nécessaire, surtout dans un moment pareil. Mais Cordelia ne pouvait pas s’empêcher de désirer son baiser. Elle put à peine s’empêcher de le supplier de poser sa bouche et ses mains sur elle de nouveau.
Quand elle le regarda dans les yeux, elle jura presque que le même désir et la même envie s’emmêlaient en lui. Mais au lieu de couvrir la distance qui les séparait et de l’embrasser jusqu’à lui couper le souffle, il recula sur son siège.
— J’espérais que tu aurais plus de temps pour gérer son héritage en privé, mais maintenant que la nouvelle s’est répandue, nous allons devoir mettre en place un plan d’action solide. Immédiatement.
Il avait à peine fini sa phrase quand quelqu’un frappa à la porte.
— Si c’est un autre journaliste ou un photographe…
Le visage d’Alec était menaçant lorsqu’il se leva pour aller ouvrir.
Elle posa une main sur son bras.
— Je m’en charge.
La semaine précédente avait été folle, néanmoins elle avait toujours tenu les rênes de sa propre vie. Il était grand temps de reprendre les choses en main. Elle se prépara à la confrontation tout en ouvrant la porte. Sauf que les deux personnes debout sur le palier n’étaient pas du tout des inconnus.
— Maman ? Papa ?
Elle n’avait jamais été aussi heureuse de voir leurs visages. Et elle ne s’était jamais sentie aussi coupable.
— Je suis tellement contente que vous soyez là. J’allais vous appeler et tout vous raconter aujourd’hui. Je le jure.
Heureusement, ils semblaient tout sauf furieux lorsqu’ils l’attirèrent dans leurs bras.
— Oh, chérie, dit sa mère. Nous sommes juste inquiets pour toi et nous voulons savoir comment tu vas.
Les larmes montèrent, maintenant qu’elle savait qu’elle était en sécurité dans les bras de sa mère.
— J’aurais dû tout vous dire plus tôt. J’en avais envie, mais…
Cordelia s’interrompit quand elle réalisa que Suzanne Sullivan et son petit ami étaient debout derrière ses parents.
— Suzanne. Roman.
Elle essuya ses larmes, peu surprise que la sœur d’Alec soit venue aider. Même si elle ne connaissait Alec que depuis peu de temps, elle voyait bien que c’était ainsi que les Sullivan fonctionnaient. En équipe.
— Je vous en prie, entrez. Alec est là. Il s’est débarrassé de la presse qui affluait devant ma barrière.
— Je suis ravie qu’il ait pu venir aussi vite.
Suzanne la serra dans ses bras.
— Nous savions que si son appartement était envahi par la presse, ta maison le serait aussi. Roman est doué pour s’occuper des journalistes et des photographes qui n’acceptent pas de partir.
— Si ça te convient, proposa Roman, j’aimerais rester à l’extérieur et monter la garde, au cas où quelqu’un déciderait de se faufiler sur ta propriété pour avoir l’exclusivité.
— Ça me convient parfaitement, accepta Cordelia. Tu es un don du ciel, Roman. Mais entre et bois au moins une tasse de café d’abord.
— Ça ira pour le moment, déclina-t-il, se dirigeant déjà vers la barrière.
Elle appréciait sa détermination à effrayer les photographes qui pénétraient illégalement sur sa propriété, plus qu’elle ne pouvait l’exprimer. En réalité, elle appréciait tellement le fait qu’Alec et sa sœur soient là que sa gorge était serrée par l’émotion. En particulier maintenant qu’elle était enfin sur le point de tout raconter à ses parents.
Amy et Walter Langley semblaient vraiment sous le choc, non seulement à cause de la nouvelle, mais aussi en voyant tous les Sullivan apporter leur soutien à Cordelia. Elle essayait de trouver par où commencer pour tout leur expliquer quand un autre coup se fit entendre par la porte.
— Cordelia, commença l’homme splendide à lunettes. Je suis Harry, le frère d’Alec. Nous nous sommes rencontrés brièvement aux funérailles de Gordon.
Un autre homme debout derrière lui sourit et se présenta :
— Et je m’appelle Drake. Je suis le frère cadet d’Alec. Nous nous sommes aussi rencontrés aux funérailles.
La belle femme très célèbre à côté de lui sourit chaleureusement à Cordelia.
— Je m’appelle Rosa, je suis la moitié de Drake.
— Je vous en prie, entrez.
Le cottage de Cordelia n’était pas grand et à présent, tous les sièges du salon et les chaises de la cuisine seraient occupés. Cependant, elle n’avait jamais été aussi heureuse d’accueillir un groupe de personne. Avoir Alec à ses côtés était un énorme soulagement. Avoir toute sa famille ressemblait à un miracle.
— Je vais préparer du café.
— Nous ne voulons pas te déranger, intervint Harry. Nous voulions juste savoir si nous pouvons t’aider.
Harry Sullivan était adorable, comme Alec. Et pourtant, elle vit immédiatement à quel point ils étaient différents. Tout chez Alec exprimait les prouesses d’entrepreneurs et le pouvoir. Même si Harry était tout aussi imposant et séduisant, il semblait qu’une âme douce vivait dans sa tête. Cordelia avait l’impression que Suzanne était un mélange des deux frères. Et Drake ? Cordelia savait que sa petite amie avait été une des stars de téléréalité les plus célèbres du monde.
Elle réalisa qu’elle n’en savait pas beaucoup sur les frères et sœurs d’Alec ; elle ne connaissait ni leurs professions ni dans quel ordre ils étaient nés, mis à part qu’il était l’aîné. Elle avait honte d’elle-même pour ne pas avoir demandé à Alec de lui parler d’eux, en particulier quand sa famille était tellement importante pour lui. Et qu’ils étaient tellement proches qu’ils avaient tout lâché pour venir à sa rescousse, juste parce qu’ils aimaient leur grand frère et qu’il était son ami.
Elle fut réconfortée de savoir qu’Alec était très bien entouré par ceux qui l’aimaient. Il croyait que seuls ses parents l’avaient façonné. Mais comment pouvait-il ne pas voir que ses frères et sœurs avaient eu la même influence, voire plus d’influence, sur l’homme qu’il était devenu ?
Alec tendit les tasses de café aux parents de Cordelia.
— Je suis Alec Sullivan, l’ami et le partenaire d’affaires de Gordon Whitley.
— Toutes nos condoléances, Alec.
La mère de Cordelia tendit la main.
— Je m’appelle Amy, je suis la mère de Cordelia.
Son mari serra la main d’Alec après elle.
— Je suis Walter, son père.
— Maman, Papa.
Cordelia leur prit la main lorsqu’ils s’assirent dans la causeuse et qu’elle s’assit sur l’ottomane en face d’eux.
— J’ai appris pour Gordon la semaine dernière. L’avocat de son trust me l’a dit. Il m’a annoncé qu’il était mon père biologique, qu’il était décédé la veille et qu’il m’avait légué sa moitié de S&W Aviation. Je n’arrivais pas à y croire. Je n’y arrive toujours pas. Pas juste pour l’argent, mais…
Elle marqua une pause pour stabiliser sa voix.
— Le fait qu’il ait vécu si près d’ici. Pendant tout ce temps. Et il savait qui j’étais. Il savait que j’étais là depuis le début.
— Chérie, dit son père, si nous avions su qui ton père biologique était, nous te l’aurions dit.
— Je le sais. Mais pour une raison ou pour une autre, il ne voulait pas que nous le sachions. Ça ne me plaisait pas au début, mais je m’y fais un peu plus maintenant. Alec a aidé. Beaucoup aidé.
Elle se mit sur le côté de l’ottomane et leur code tacite était déjà tellement au point qu’il comprit qu’il s’agissait d’une invitation pour qu’il s’asseye à côté d’elle tandis qu’elle poursuivait.
— Alec a eu la gentillesse de m’acheter la moitié de l’entreprise de Gordon et il m’a aussi mis en contact avec des conseillers qui m’aideront à trouver comment investir et faire don de l’argent de la vente. Je n’aurais jamais imaginé être responsable d’une telle somme. Ou avoir la chance de faire quelque chose de bien avec.
— Nous aiderons aussi, promit sa mère. Comme nous le pouvons.
Mais Cordelia devait leur dire quelque chose de plus.
— Je suis allée à l’enterrement de Gordon. Samedi soir.
— Oh, chérie.
Sa mère semblait plus bouleversée que jamais.
— Tu n’aurais pas dû avoir à faire ça seule.
— Je n’étais pas seule.
Cordelia regarda à nouveau Alec, assis à côté d’elle, prêt à faire le nécessaire pour la protéger, tout comme il l’avait aidée encore et encore au cours de la semaine précédente.
— Alec était là.
Elle sourit à ses frères et sœurs.
— Et sa famille était là aussi pour me soutenir.
Elle tourna un regard coupable vers ses parents.
— Je suis désolée de ne pas vous l’avoir dit à ce moment-là pour que vous puissiez être présents aussi.
— Ne t’excuse pas.
Son père était ferme.
— Tout cela a été un choc énorme et il est normal que tu aies eu besoin de temps pour tout digérer. Nous savons que tu es la femme que nous avons éduquée. La femme forte, pleine de ressources et intelligente que Gordon voulait que sa fille devienne. Si quelqu’un peut faire face à une surprise pareille, c’est toi.
— Je t’aime, Papa.
Elle enroula ses bras autour de lui et autour de sa mère aussi.
Quand ils se lâchèrent enfin, Alec n’était plus à ses côtés. Au lieu de cela, il avait retiré sa veste, remonté ses manches et il était en train de casser des œufs dans la cuisine. Elle n’avait pas faim, mais elle ne lui dit pas que la nourriture pouvait attendre ou de ne pas se donner la peine de préparer le petit-déjeuner. Pas quand elle comprenait que cuisiner était sa façon de réfléchir. Et que cela le rendait heureux.
— On dirait qu’Alec prépare le petit-déjeuner pour tout le monde.
En dépit des ennuis qui l’attendaient encore avec la presse – elle doutait sincèrement qu’ils reculent avant qu’elle ne leur donne des réponses à leurs questions indiscrètes – elle sourit en disant à ses parents :
— Vous allez vous régaler. C’est le meilleur cuisinier du monde.
* * *
Avant qu’ils ne commencent à parler de la stratégie à adopter, Alec savait qu’il serait bon pour Cordelia et ses parents de se détendre avec un bon petit-déjeuner chaud pendant quelques minutes. Et, honnêtement, il était ravi d’avoir les mains occupées en faisant frire les œufs et les saucisses avec des aromates qui poussaient sur le rebord de la fenêtre. Sinon, il allait se précipiter sur le parking et commencer à frapper les photographes et journalistes qui rôdaient.
La table de cuisine de Cordelia à côté de la fenêtre était trop petite pour que tout le monde s’y installe. Par conséquent, les frères et sœurs d’Alec et les parents de Cordelia mangèrent dans des assiettes qu’ils posèrent sur leurs genoux. Il s’assura que l’assiette de Cordelia soit pleine aussi, sachant qu’elle aurait besoin des calories pour surmonter ce qui s’annonçait être une longue journée.
Il apporta également une assiette pleine à Roman, qui l’informa que plusieurs photographes avaient bien essayé d’entrer l’air de rien sur sa propriété au cours de la dernière demi-heure. Bien entendu, le petit ami garde du corps de Suzanne les avait rapidement dispersés. Alec essayait encore de se faire à l’idée que sa sœur et Roman étaient en couple. Il ignorait si quelqu’un serait un jour assez bien pour sa petite sœur. Néanmoins cela l’aidait beaucoup de savoir que Roman était un des meilleurs hommes qu’il ait jamais connus.
En retournant à la maison, Alec consulta son téléphone et vit que parmi les appels de ses employés, de ses clients et de journalistes, son père l’avait aussi appelé plusieurs fois. Alec remit le téléphone dans sa poche. Tout le monde, y compris son père, devrait attendre qu’il ait aidé Cordelia à apaiser ses inquiétudes.
Heureusement, ses parents étaient présents pour elle, inconditionnellement. De plus, la manière dont le couple se tenait la main après qui sait combien d’années de mariage montrait à Alec pourquoi Cordelia croyait en l’éternité. Qui ne croirait pas en l’amour avec des modèles comme eux ? S’ils avaient été ses parents, il aurait sûrement eu hâte d’avoir une fin heureuse aussi.
— Cordelia m’a dit que vous étiez tous les deux professeurs.
Il n’avait jamais eu envie de rencontrer les familles des femmes avec qui il était sorti. Mais Cordelia n’était pas comme ces femmes. C’était son amie. Une amie qu’il avait l’intention de garder.
— À quels niveaux est-ce que vous enseignez ?
Il ignora son téléphone qui vibrait dans sa poche, un autre appel de son père.
— J’enseigne les mathématiques et la physique au lycée, à des classes de première, lui apprit son père.
— Je suis la professeure d’arts plastiques pour le district, alors je passe parmi les écoles pendant la semaine, répondit sa mère.
Puis, elle ajouta :
— Il faudra que vous me disiez comment vous avez fait pour que vos œufs soient aussi légers et aériens. Je n’en ai jamais mangé d’aussi bons.
— Ajoutez un peu de lait et mélangez à peine avant de les mettre dans la poêle.
Il hocha la tête en direction de Harry.
— Mon frère est professeur aussi.
Harry avala le morceau de saucisse qu’il avait pris avec sa fourchette et poursuivit :
— L’histoire et la guerre de l’époque médiévale.
— Vous devez enseigner à l’université, commenta la mère de Cordelia.
Harry hocha la tête, souriant pour les mettre à l’aise.
— À Columbia.
— L’histoire médiévale à Columbia.
Le père de Cordelia inclina la tête sur le côté.
— Attendez.
Il regarda Alec.
— Votre nom de famille est Sullivan.
Puis, il regarda Harry.
— Vous êtes Harry Sullivan, pas vrai ?
Il semblait plus qu’un peu émerveillé.
— J’ai lu tout ce que vous avez écrit. Plus d’une fois, en réalité.
Un instant plus tard, la mère de Cordelia écarquilla les yeux.
— Oh, mon Dieu. Votre père est William Sullivan.
Elle pinça les lèvres.
— Je suis vraiment désolée. C’était terriblement impoli.
— Tout le monde a cette réaction, la rassura Suzanne avec un sourire chaleureux. Vous n’avez pas à vous excuser.
— Je suis une grande fan de son travail.
La mère de Cordelia écarquilla encore plus les yeux en comprenant autre chose.
— Et vous êtes Drake Sullivan.
Cela semblait la stupéfier encore plus que le fait que Gordon était le père de Cordelia.
— Il y a des années, j’ai vu une de vos peintures dans une galerie. J’ai été tentée de réhypothéquer la maison pour l’acheter.
Alec prit note mentalement de découvrir de quelle peinture il s’agissait et de l’acheter pour la mère de Cordelia. Si elle était déjà vendue, il demanderait à Drake de peintre quelque chose de similaire. Alec ne doutait pas que Gordon aurait voulu remercier Amy et Walter de s’être aussi bien occupés de Cordelia. Il avait eu raison de leur confier sa vie et son bonheur. Ils lui avaient donné tout cela, et plus encore.
Pour la première fois, Alec se surprit à se demander si cela pouvait être la raison pour laquelle Gordon ne s’était pas présenté à Cordelia. Avait-il craint que ses parents se sentent éclipsés par lui et son succès, même s’ils avaient fait tout ce qui comptait vraiment pour élever et aimer Cordelia ? Gordon avait-il pensé qu’ils pourraient lui en vouloir s’il faisait irruption dans leur vie avec son gros compte en banque et sa vie luxueuse ?
Harry et Drake semblaient légèrement mal à l’aise face aux compliments qui leur avaient été faits, Alec décida donc de tourner les projecteurs vers Suzanne.
— Suz est une génie de l’informatique qui donne des complexes à ces deux rustres, déclara-t-il en désignant ses frères.
Elle leva les yeux au ciel.
— Dit le magnat de l’aviation milliardaire.
— Vous êtes une famille incroyable, commenta la mère de Cordelia. Votre père doit être tellement fier de vous.
Un silence gênant tomba. Suffisamment fort pour que Cordelia se jette dans la mêlée.
— D’ailleurs, ils vont lui organiser une fête d’anniversaire ici sous peu. Dans la grange. Alec va cuisiner avec des légumes de mon jardin.
— Vraiment ?
Harry haussa un sourcil à l’intention d’Alec.
— Nous l’avons décidé dimanche matin, confirma Suzanne. Je voulais vous envoyer un message, à Drake et à toi, mais la séance de codage d’urgence après être partie de chez Alec m’a retourné le cerveau.
— Tu vas préparer un grand dîner pour l’anniversaire de Papa ?
Drake avait l’air de ne pas y croire.
Alec était sur le point d’expliquer que Cordelia l’avait presque forcé à accepter. Ses frères et sœurs pensaient sûrement qu’elle ne pouvait pas manipuler un homme comme lui parce qu’elle était entourée de fleurs et qu’elle avait l’air si douce et si gentille. Ils avaient tort.
— Ce n’est rien d’important, leur indiqua Alec même s’ils savaient tous que ça l’était. Son téléphone vibra à nouveau et la sonnerie qu’il avait assignée à son père retentit, comme pour donner du poids à leur argument.
Cordelia se leva et ramassa les assiettes pour les mettre dans l’évier.
— Puisque vous êtes tous là, que diriez-vous si je vous faisais visiter les jardins et la grange ? Comme ça, vous pourrez commencer à penser à la manière dont vous voulez organiser la fête.
Alec l’arrêta en posant une main sur la pile d’assiettes qu’elle tenait. Il savait qu’elle mourait d’envie d’aller dans son jardin et que se perdre dans les fleurs un moment lui ferait le plus grand bien. Mais ils ne pouvaient pas ignorer la bombe qui avait été lâchée à Page Six ce matin-là grâce à Mona.
— Je peux aider avec tes clients pendant que tu fais faire la visite à tout le monde, proposa-t-il. Mais avant ça, nous devons établir un plan. Roman s’en sort très bien pour repousser la presse ce matin, mais tu as besoin d’une stratégie qui va plus loin que ça.
— Je vais juste dire la vérité à tout le monde.
Cordelia lui prit les assiettes des mains et les mit dans l’évier.
— Je vais dire que je ne savais pas que Gordon était mon père biologique avant la semaine dernière et que j’ai l’intention de faire don de l’argent qu’il m’a légué à plusieurs associations caritatives.
Alec voulait juste la voir sourire. Il était curieux de voir la vitesse à laquelle cela était devenu sa principale priorité, sans même qu’il s’en rende compte. Cependant il ne pouvait pas minimiser les choses.
— Ce n’est pas si facile, Cordelia.
— Pourquoi pas ?
— Parce que maintenant, tu es assez riche pour être la cible de tous chasseurs de fortune de la planète. Et des machines à rumeurs qui s’assureront de déterrer tous les détails de ton passé dans l’espoir de trouver une histoire juteuse.
— Je te promets qu’il n’y a rien de juteux dans mon passé. Rien du tout.
De toute évidence, elle ignorait l’existence du « jus » supplémentaire que Mona avait ajouté à sa vie pendant qu’elle dormait. Il n’avait pas eu l’occasion de lui en parler avant que tout le monde arrive.
— Ils pensent que nous sommes ensemble.
— Ensemble ?
Elle eut l’air confuse un moment avant d’écarquiller les yeux.
— Toi et moi ? Pourquoi penseraient-ils…
Elle interrompit sa phrase en grognant.
— Parce que c’est ce que j’ai dit à Mona.
Il la vit rougir quand elle se souvint de la manière dont elle l’avait embrassé pour le prouver. Un baiser qui l’avait retourné au plus profond de lui, tout comme la faire jouir dans la chambre de l’avion l’avait poussé à avoir encore plus envie d’elle. Il avait passé la moitié de la nuit à lutter contre l’envie de la rejoindre.
— Qui est Mona ? demanda le père de Cordelia.
— L’une des clientes d’Alec, lui répondit cette dernière.
— Une ancienne cliente, clarifia Alec.
— J’ai rencontré Mona hier dans l’un des avions d’Alec, expliqua Cordelia. Elle se comportait très mal envers lui, alors…
Ses joues devinrent encore plus roses, une couleur si jolie qu’Alec eut presque le souffle coupé rien qu’en la regardant.
— J’ai fait semblant que nous sortions ensemble.
Les frères et la sœur d’Alec échangèrent un regard quand elle l’admit. Il savait ce qu’ils pensaient, ce qu’ils espéraient : qu’il était en train de tomber amoureux de Cordelia. Or ils savaient mieux que personne que cela n’aurait pas d’importance. Elle méritait bien plus que ce qu’il pouvait lui offrir.
— Mona est un sacré numéro, déclara Suzanne. Je suis désolée que tu aies traversé tout ça aujourd’hui, Cordelia, mais je suis ravie que quelqu’un l’ait enfin remise à sa place.
— Je ne pensais pas que mon petit mensonge aurait ce genre de conséquences, avoua Cordelia. Nous devons dire aux gens que nous ne sommes pas ensemble, Alec.
— Je ne suis pas d’accord.
Il ignora les hochements de tête satisfaits que ses frères et sa sœur échangeaient, comme s’ils l’imaginaient presque devant l’autel avec Cordelia, lui disant « oui ». Il repoussa la partie de lui qui prit un plaisir étonnant à voir l’image nette de Cordelia dans une robe blanche, le regard soutenant le sien tandis qu’elle lui disait qu’elle l’aimerait pour toujours.
— Si les gens pensent que nous sortons ensemble, expliqua-t-il, il est moins probable qu’ils te harcèlent pour ton argent et pour que tu fasses quelque chose pour eux.
— Mais tu n’as pas demandé que tout cela arrive, protesta Cordelia. Tu ne devrais pas annuler des rendez-vous ou expliquer les choses à quelqu’un avec qui tu sors vraiment juste pour me protéger. De plus, tu as déjà beaucoup fait pour moi.
— Alec a raison.
La voix de Harry avait toujours été celle de la raison et Alec fut ravi qu’il donne son opinion.
— Et toi aussi, Cordelia. Dis la vérité sur Gordon lors d’une courte conférence de presse et laisse Alec te couvrir si les vautours essaient de fondre sur toi. Je crois qu’il a raison de dire qu’ils vont le faire.
Elle fronça les sourcils, clairement tiraillée.
— J’ai horreur de te faire mentir pour moi, Alec.
Elle regarda ses frères et sœurs.
— Et vous devrez mentir aussi.
— Ne t’inquiète pas, tu ne seras pas coincée avec moi pour toujours.
Tout le monde savait qu’Alec n’avait pas de relations éternelles, qu’elles soient vraies ou fausses.
Il ne parvint pas vraiment à déchiffrer l’expression de son visage lorsqu’elle répondit :
— Je ne te demanderais jamais de rester pour toujours, Alec.
Et il ne voulut pas non plus lire la douleur qui s’étendit dans sa poitrine quand il entendit les mots de Cordelia. Ni la sensation de perte qui n’avait aucun sens.
— Cordelia.
La mère de celle-ci semblait nerveuse.
— J’aimerais savoir quel conseil te donner, mais nous ne savons rien sur la presse, les photographes et les gens qui s’en prennent à toi pour ton argent.
— Nous, si.
Drake joignit sa voix à la conversation.
— Nous avons dû gérer des situations comme celle-là toute notre vie, surtout Alec, car il est l’aîné.
— Moi aussi, intervint Rosa, participant enfin. Je suis d’accord pour dire qu’avouer la vérité est souvent la meilleure option. Mais parfois…
Une trace de douleur apparut sur son visage.
— Si un petit mensonge peut aider, Cordelia, tu ne devrais pas te sentir coupable à l’idée de le dire. En particulier si les Sullivan te soutiennent.
Elle adressa un grand sourire à Drake et à ses frères et sœurs.
— Quand ils disent qu’ils te couvrent, ils sont sérieux.
— D’accord, accepta Cordelia en levant les mains. Vous avez gagné.
Même si Alec était toujours prêt à secourir ses frères et sœurs, il n’avait jamais imaginé demander leur aide. Cependant, s’ils n’avaient pas été là ce jour-là, il n’aurait jamais pu convaincre Cordelia de faire semblant d’être sa petite amie.
Cordelia l’épingla d’un regard très sérieux.
— Mais seulement si tu me jures que ça ne te dérange pas de te faire passer pour mon petit ami.
Il n’avait pas besoin de réfléchir. Il n’avait pas besoin de lutter contre lui-même pour répondre. La seule chose contre laquelle il devait lutter, c’était le grand sourire qu’il voulait afficher.
— Ce sera un plaisir, Cordelia.
Il n’aurait fait cela pour aucune autre femme. Pourtant il ne pouvait pas imaginer ne pas le faire pour elle.
Rien n’était revenu à la normale le lundi matin comme ils l’avaient imaginé. Mais il ne pouvait pas nier qu’une partie de lui ne le regrettait pas, ne serait-ce que pour l’excuse qu’il avait à présent pour rester auprès de Cordelia. Pas pour toujours. Il espérait que cela durerait assez longtemps pour remettre le monde de Cordelia sur les rails, autant que possible.
Il ferait donc semblant d’être son petit ami sans se permettre de dépasser une autre limite, comme ils l’avaient fait dans l’avion. Il avait déjà promis silencieusement à Gordon de montrer le plus grand respect à Cordelia. Et maintenant qu’il avait rencontré ses parents et qu’il savait qu’ils étaient des gens bien, maintenant qu’il avait vu de ses propres yeux qu’elle était la personne la plus importante de leur monde, Alec sut sans le moindre doute que Cordelia méritait la plus heureuse des fins.
Et elle ne la trouverait pas avec lui. Néanmoins une fois qu’il l’aurait aidée à résoudre les complications que Gordon avait fait tomber sur ses genoux, elle serait prête à la trouver avec quelqu’un d’autre.
L’idée que Cordelia soit dans les bras d’un autre homme était cruelle. Plus que ça, même.
Mais il serait bien pire de la mener sur la voie d’un cœur brisé.
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