Comme de l'amour dans l'air: La Famille Sullivan, New York, tome 5 (French Edition)
Chapitre Vingt-Sept
— Fiston… Tu es là.
William Sullivan se réveilla deux heures après qu’Alec se soit assis à son chevet. La voix de son père était plus faible que d’habitude, mais plus forte que celle de la plupart des gens. William avait été toujours été hors du commun et il était très étrange de le voir allongé dans un lit d’hôpital avec des tubes qui sortaient de lui.
Les infirmières avaient clairement dit à Alec de ne pas bouleverser son père quand il se réveillerait et il avait promis de faire très attention. Cependant il ne put laisser passer une autre seconde sans avouer ce qu’il aurait dû dire depuis longtemps.
— Je suis ravi que tu ailles bien, Papa. Et je suis désolé. Je suis tellement désolé de t’avoir rejeté sans cesse, de t’avoir ignoré chaque fois que tu essayais de parler. Quand tu étais allongé par terre dans la grange, je n’arrêtais pas de me dire que j’avais raté la chance de connaître mon propre père.
Il prit la main de William, n’effaçant pas ses émotions douloureuses, pour une fois.
— Je veux avoir cette chance, Papa.
Les yeux de son père étaient humides lorsqu’il répondit :
— Moi aussi.
— Tu n’as pas besoin d’essayer de parler, lui assura Alec, même si le soulagement l’envahit quand il réalisa qu’il n’était pas trop tard pour eux. Tu dois garder tes forces pour te soigner.
— Je me sens déjà mille fois mieux. Juste parce que tu es là.
— Je ne vais pas partir, Papa. Pas sans toi.
William ferma les yeux et s’endormit à nouveau. Alec ne lâcha pas sa main, pas même une seconde. Une heure plus tard, quand une infirmière vint prendre sa tension et vérifier son intraveineuse, son père se réveilla en souriant. Et avec une demande.
— Parle-moi. Parle-moi de Cordelia.
— « Subtil » et « Sullivan » ont beau commencer par la même lettre, commenta Alec en souriant, mais c’est bien la seule chose qu’ils aient en commun.
— Elle me plaît beaucoup, révéla William, sans ciller.
— À moi aussi.
La seule raison pour laquelle Alec n’utilisait pas un mot plus fort pour décrire ses sentiments, c’était qu’il voulait le dire à Cordelia en premier. Il voulait qu’elle sache avant tout le monde qu’il l’aimait.
— Je sais que ça ne se voit pas de l’extérieur, mais Gordon l’aimait et voulait ce qu’il a de mieux pour elle.
Alec repensa à la note que Gordon avait donnée aux parents adoptifs de Cordelia, leur demandant de lui donner tout ce qu’il ne pouvait pas lui offrir et leur confiant sa vie et son bonheur.
— Il avait tort de penser que cela signifiait qu’il devait rester en dehors de sa vie, mais il a eu raison de nous réunir. Elle me donne envie d’être un homme meilleur et elle me fait penser que ça pourrait être possible.
— Tu n’as pas besoin d’être un homme meilleur, Alec.
— Si. Et je le serai. Et je vais commencer ici et maintenant en arrangeant les choses avec toi, peu importe ce que je dois faire.
Mais son père se contenta de secouer la tête sur son oreiller.
— Tu as toujours porté un tel poids sur tes épaules, fiston. Tu t’occupes de toute la famille depuis que tu es enfant. Il est temps que tu arrêtes de prendre soin de tout le monde, Alec, et que tu commences à prendre soin de toi-même. Et cette fois, laisse-nous t’aider, toi.
— Harry, Suz et Drake ont déjà essayé d’aider, avoua Alec à son père. Principalement en me faisant remarquer que j’allais perdre la meilleure chose qui me soit jamais arrivée si je ne me réveille pas et que je ne me reprends pas en main.
— Ils ont raison.
Alec détestait avoir tort à propos de quelque chose. Toutefois ce qu’il détestait le plus, c’était gâcher quelque chose avec quelqu’un qu’il aimait. C’est pourquoi il avait toujours été plus simple de garder ses distances. Mais il ne pouvait plus le faire, il ne pouvait pas s’assurer qu’un grand gouffre le séparerait toujours de tout le monde.
— Au cours des dernières semaines, reprit-il, tu n’as pas arrêté de me demander si tu pouvais m’aider.
— Je ferais tout ce que tu veux, lui assura William. Tout ce dont tu as besoin.
Même allongé dans un lit d’hôpital, la puissance émanait de son père et Alec crut qu’il remuerait vraiment ciel et terre pour lui. Si seulement il l’avait compris plus tôt.
— Aide-moi à convaincre Cordelia de m’épouser.
Peut-être qu’il devrait d’abord lui demander de sortir avec lui, néanmoins Alec n’avait jamais été un homme patient. Une fois qu’il savait ce qu’il voulait, il remuait ciel et terre pour l’obtenir. Il connaissait Cordelia depuis trois semaines et cela était plus que suffisant pour qu’il sache qu’il voulait qu’elle soit à ses côtés pour toujours. Pas juste comme amie, pas juste comme collègue. Il voulait qu’elle soit tout pour lui.
— Tu n’auras pas besoin de mon aide pour ça, Alec. Je ne connais pas bien Cordelia, mais je suis certain de ce qu’elle ressent pour toi.
— Tu sais aussi à quel point je sais rejeter les personnes qui comptent le plus, lui rappela Alec.
— Heureusement, argumenta son père, ces personnes sont aussi celles qui t’aiment le plus. Quand Cordelia est venue me voir, je l’ai presque suppliée de poser pour moi. J’ai presque sorti mes peintures et mes toiles de leur retraite pour pouvoir peindre l’amour dans ses yeux quand elle parlait de toi, quand elle prononçait ton nom. Rien n’est plus beau pour un père que de savoir que quelqu’un d’autre aime son enfant autant que lui.
La gorge d’Alec se serra.
— Si elle veut bien me donner une chance, est-ce que tu voudrais bien me faire l’honneur de célébrer le mariage ?
Son père hocha la tête solennellement.
— Ce serait la plus grande joie de ma vie, fiston. La plus grande joie de toutes. Mais…
— Qu’est-ce qu’il y a, Papa ?
Alec regarda les nombres sur les machines et la perfusion pour voir si quelque chose n’allait pas.
— Est-ce que je devrais appeler l’infirmière ? La médecin ?
Il était sur le point d’appuyer sur le bouton d’appel quand son père posa une main sur son bras.
— Non, n’appelle personne. Je ne veux pas qu’ils te demandent de partir avant d’avoir enfin l’occasion de te dire quelque chose que je n’ai pas eu le courage de t’avouer auparavant.
Après tant d’années, Alec détestait l’idée de perdre une seconde de plus. Mais son père venait de subir une opération importante.
— Les infirmières m’ont dit de ne pas faire ou dire quelque chose qui pourrait te bouleverser.
— Oublie les machines. Mon cœur est assez fort pour que je te dise ça. Il est temps, dit son père. Maintenant que tu es enfin là. Et que je suis enfin là avec toi.
Alec prit une profonde inspiration.
— Je t’écoute.
— Je ne sais pas si tu t’en souviens, mais ta mère adorait voler. Quand nous volions, elle semblait toujours si heureuse. Libérée de tout ce qui la retenait sur la terre ferme.
Quand Alec secoua la tête, William poursuivit :
— Elle adorait aussi cuisiner. Tu t’en souviens ?
Même si Alec avait effacé certaines choses, comment aurait-il pu oublier ça ?
— Bien sûr que oui. C’est elle qui m’a appris à cuisiner.
— Elle a toujours été émerveillée parce que tu apprenais si vite. Elle disait que tu rendais tous les plats meilleurs qu’elle, que tu avais le chic pour savoir exactement ce qui manquait dans un plat ou ce qui pouvait l’améliorer.
William lui serra la main.
— Je sais qu’elle t’a fait du mal, Alec, mais j’espère que tu sais à quel point elle t’aimait.
— Je l’aimais aussi.
Lynn Sullivan ne pourrait jamais entendre Alec le dire, mais il avait là l’occasion que son père puisse le faire.
— Je t’aime, Papa.
— Je t’aime, Alec. Je t’ai toujours aimé. Même quand je ne te le montrais pas. Même quand je n’étais pas là pour toi.
— Papa…
C’était tout ce qu’Alec avait besoin d’entendre, pourtant il ne pouvait pas laisser son père retomber malade.
— Tu n’as pas à faire ça maintenant.
William poursuivit comme s’il n’avait rien dit.
— Ce n’est pas une excuse, mais je la voyais tellement en toi. Uniquement les parties belles et bonnes d’elle. Et pourtant, c’était trop quand même pour moi. Chaque fois que je te regardais dans les yeux, je voyais Lynn. Et je la pleurais de nouveau. Alors, j’ai disparu.
Des larmes coulèrent sur les joues de William.
— Je sais que tu m’en as voulu pour sa mort. Et tu avais raison. Je ne savais pas comment aimer suffisamment qui que ce soit. Ni elle. Ni toi. J’ai tellement à rattraper et je le ferai. Je te le promets.
Instinctivement, Alec enroula ses bras autour de son père et le serra contre lui. C’était quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis qu’il était enfant.
— Nous sommes tous les deux perturbés, Papa. Mais ce qu’il s’est passé dans le passé n’a pas d’importance, car nous allons tous les deux faire des efforts pour ne pas commettre de nouveau les mêmes erreurs à l’avenir.
Son père sourit entre ses larmes.
— Je suis fier de toi, fiston. Tellement fier.
Il serra la main d’Alec.
— Dis à tes frères et à ta sœur que je suis prêt à les voir maintenant. Il est temps que tu ailles chercher la femme de tes rêves.
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