Comme de l'amour dans l'air: La Famille Sullivan, New York, tome 5 (French Edition)
Chapitre Deux
Depuis la fenêtre de son bureau, Alec observa Cordelia debout sur le trottoir. Elle était jolie : les cheveux bruns et mince. Elle ressemblait un peu à Gordon. Ce n’était pas le genre de femme qu’Alec remarquerait dans un bar ni le genre de femme avec qui il ferait des galipettes au lit. Il sortait uniquement avec des femmes qui comprenaient qu’il voulait passer du bon temps, prendre du plaisir, pas être ensemble pour l’éternité.
Pendant plusieurs minutes, Cordelia avait marqué une pause devant l’immeuble, qui était aussi à elle jusqu’à ce qu’elle accepte l’offre de rachat. Elle n’avait pas semblé impressionnée. Ni effrayée d’ailleurs. Elle avait eu l’air plus confuse qu’autre chose. Comme si elle n’avait pas encore pu comprendre l’ampleur de son énorme héritage.
Ils étaient deux.
Alec avait à peine dormi depuis qu’il avait appris son existence. Il avait voulu faire des recherches minutieuses sur Cordelia, car le genre d’offre qui fonctionnerait avec une enquiquineuse qui avait l’intention de prendre la tête du monde des affaires serait complètement différent de la proposition qu’il ferait à une fille de petite ville qui se retrouvait loin de son environnement.
Cordelia Langley avait une vingtaine d’années et elle n’était pas mariée. Elle avait grandi dans la ville de banlieue de Yorktown avec ses parents adoptifs, Amy et Walter Langley, qui étaient tous les deux professeurs. Elle n’avait pas fait partie d’équipes sportives ni d’autres clubs à l’école en grandissant, mis à part le club de jardinage. Elle avait obtenu son diplôme à l’université de Pace, au bout de la rue dans laquelle elle avait grandi, puis elle avait ouvert son propre centre de jardinage à vingt-deux ans. Elle vivait seule dans un petit cottage sur place.
La toile que ses recherches avaient peinte était claire : Cordelia était une femme simple et tranquille. Une femme qui devait se sentir vraiment dépassée par tout cela. Les chances seraient vraiment du côté d’Alec si elle mourait d’envie de se décharger de cet héritage.
Alec ne put qu’être surpris en voyant que son partenaire d’affaires souvent impitoyable, un homme qui avait de grands rêves et qui en réalisait encore plus, avait un lien de parenté avec une femme qui gagnait sa vie en faisant pousser des fleurs. Alec avait beaucoup de problèmes avec son propre père, mais en réalité, l’oiseau n’était pas tombé loin du nid. À une époque, William Sullivan avait été le peintre le plus accompli du monde. Le fait qu’il ait tout abandonné pour construire des maisons près d’un lac dans les Adirondacks n’avait pas changé la personne qu’il était vraiment dans le fond : un homme déterminé à être le meilleur. Tout comme Alec avait toujours tout fait pour réussir. Pour gagner. Pour triompher.
C’est pourquoi il était prêt à faire en sorte que cette transition soit aussi facile que possible pour Cordelia avec une offre de rachat extrêmement généreuse. Honnêtement, il ne pouvait pas imaginer une situation où elle voudrait garder sa moitié de S&W Aviation. Elle devait certainement compter les minutes avant de pouvoir retourner dans son jardin, les genoux dans la terre, un déplantoir à la main.
Entendant des bruits de pas à l’extérieur de son bureau, Alec afficha un sourire et alla accueillir Cordelia. Mais ses pas et son sourire vacillèrent quand il se retrouva face à elle.
Alec n’avait jamais vu des yeux aussi verts. Ni une bouche aussi douce, semblant terriblement délicieuse. Et ses paumes n’avaient jamais transpiré autant devant une belle femme auparavant.
Depuis la fenêtre il avait pensé qu’elle était juste jolie. Mais à présent, il savait que cela avait été une terrible erreur de jugement. Car la vérité indéniable, c’était qu’elle ressemblait à un vent de fraîcheur lors d’une parfaite journée ensoleillée.
Bon sang, les paumes transpirantes étaient une chose. La poésie qui jaillissait de son esprit en était une tout autre. De toute évidence, il était déstabilisé plus qu’il ne l’avait imaginé par la mort soudaine de son partenaire et par le fait que Gordon avait une fille.
— Cordelia.
Lorsqu’Alec lui tendit la main, il fut frappé en entendant à quel point son nom lui allait bien. Élégant et légèrement démodé, mais beau quoi qu’il en soit.
— Je vous remercie d’être venue me rencontrer aujourd’hui. Je suis Alec Sullivan, le partenaire d’affaires de votre père.
Elle hésita un moment avant de lui serrer la main. Un moment qui, curieusement, sembla plus long qu’il ne l’était vraiment. Cela permit à Alec de mieux voir ses yeux magnifiques, qui n’étaient pas seulement verts, mais parsemés de touches dorées autour des iris. La respiration de Cordelia semblait légèrement irrégulière lorsqu’elle lui fit face et il remarqua au niveau de son cou que son pouls sursautait sous sa peau. Sa main était petite, mais forte, ce qui était sans doute dû à son travail dans un jardin. En même temps, sa paume et ses doigts étaient étonnamment doux.
— Ce n’est pas mon père.
Sa déclaration curieusement féroce poussa Alec à serrer ses doigts avant de réaliser qu’il devait la lâcher.
— On m’a dit sans équivoque qu’il était votre père.
Cordelia pinça les lèvres tandis que de la colère et quelque chose qui ressemblait à du chagrin apparaissait sur son visage.
— Biologiquement, oui. Autrement, non.
Alec fut surpris à nouveau. Sa poigne et sa personnalité étaient bien plus fortes qu’il ne s’y était attendu en faisant ses recherches.
Avait-il mal calculé son offre de rachat ?
Non. Il vaudrait mieux en finir. Non seulement parce qu’il avait une entreprise à diriger, mais aussi parce qu’elle ne voulait pas avoir de lien avec son père biologique de toute évidence.
— Venez dans mon bureau et mettez-vous à l’aise.
Leurs avocats étaient déjà assis à l’intérieur. Il avait tout organisé pour qu’ils s’installent tous sur les canapés et non pas autour de la table de la salle de conférence, car la simplicité empêcherait Cordelia de se sentir trop dépassée. Il ne voulait pas l’effrayer. Il souhaitait juste clore le rachat aussi facilement et rapidement que possible.
— Est-ce que vous voulez quelque chose à boire ou à manger ?
Son bureau était approvisionné en tout, il y avait les meilleurs champagnes ainsi que du Coca-Cola, du caviar aux bâtonnets soufflés au fromage. Il possédait tout ce que ses clients voulaient. C’était ainsi qu’Alec et Gordon avaient bâti l’entreprise d’aviation privée la plus prestigieuse et la plus rentable du monde.
— Non, merci.
Son dos était droit comme une baguette et ses mains étaient fermement serrées sur ses genoux. En d’autres termes, elle n’était pas encore assez à l’aise pour accepter l’accord. Heureusement, mettre les femmes à l’aise était l’une des plus grandes qualités d’Alec. Jeune ou vieille, calme ou bruyante, introvertie ou extrovertie : il n’avait pas rencontré une seule femme qu’il ne puisse pas charmer. Il était certain que Cordelia ne serait pas l’exception à la règle.
Sortant une carafe d’eau pétillante et quatre verres en dépit du refus de son hospitalité, il servit un verre à chacun, puis sourit et commença :
— J’espère que vous avez fait bonne route et que vous n’avez pas trop affronté la circulation de fin de matinée ?
— Le trajet s’est bien passé.
Sa réponse sèche ne l’intimida pas.
— J’ai entendu dire que les grosses pluies que nous avons eues cet hiver ont été particulièrement favorables aux fleurs cette année. Même les bords des routes sont remplis de fleurs, pas vrai ?
Alors qu’il espérait un sourire, il obtint un froncement de sourcils.
— De toute évidence, vous avez fait vos devoirs et vous savez ce que je fais dans la vie.
Alec parvint à peine à retenir un sourire.
— J’ai fait quelques recherches, admit-il. J’ai cru que c’était nécessaire, étant donné que je ne savais rien de vous avant hier.
Elle s’immobilisa.
— Il ne vous a jamais parlé de moi ?
— Non. Et je ne savais pas que vous existiez, personne ne le savait.
Alec n’avait pas voulu se lancer dans le sujet tendu des émotions avec elle, toutefois certaines questions devaient être posées.
— Saviez-vous qui il était ?
Le visage de Cordelia pâlit un instant avant qu’elle ne secoue la tête.
— Non.
Le mot était assez rauque pour qu’elle prenne le verre d’eau dont elle n’avait pas voulu et qu’elle boive une gorgée avant de continuer.
— Je l’ai découvert hier. Comme vous.
Pendant presque vingt ans, Alec n’avait ressenti que le plus grand respect pour Gordon. Mais à présent, il devait se demander comment son ami avait pu connaître l’existence de la femme assise devant lui ce jour-là, une femme qui ne ferait visiblement pas de mal à une mouche, même si elle dévorait l’une de ses plantes, et ne pas faire un pas vers elle.
Si Alec avait une fille, il voudrait la connaître, quelles que soient les circonstances de sa naissance. Il ne ferait jamais comme sa mère quand elle avait décidé d’abandonner ses enfants en se suicidant. Pendant trois décennies, Alec avait vécu en sachant que ni lui, ni ses frères, ni sa sœur n’avaient été assez importants pour permettre à Lynn Sullivan de tenir bon ou de continuer d’essayer. Et à présent, il détestait l’idée que Cordelia puisse penser qu’elle n’était pas assez importante pour que Gordon la reconnaisse.
— Je suis désolé, dit-il à voix basse. Votre père biologique était un homme bien. Un homme génial. Mais je ne comprends pas plus que vous les choix qu’il a faits en ce qui vous concerne.
— Me léguer la moitié de l’entreprise, vous voulez dire ?
— Oui. Mais aussi pourquoi il a gardé le secret à propos de vous. Et pourquoi il ne vous a pas contactée.
Alec réalisa qu’elle devait savoir autre chose.
— Quand j’ai trouvé Gordon dans son bureau après sa crise cardiaque, il respirait encore. À peine.
— Je ne veux pas entendre ça.
Elle avait beau passer toute la journée avec des plantes, il fut à nouveau frappé en voyant qu’elle n’était pas du tout aussi docile que ses recherches l’avaient poussé à le croire.
— Il n’était… Il n’est rien pour moi.
— Mais vous comptiez pour lui.
— Comment pouvez-vous dire ça ?
Elle bondit de son siège, heurtant la table basse assez fort pour que l’eau déborde des quatre verres sous le choc.
— Il n’a pas essayé de me contacter une seule fois. Il a vécu et travaillé toute sa vie à seulement trente minutes de chez moi et il n’a jamais rien fait pour se faire connaître avant de mourir. Je n’étais rien pour lui !
— Votre nom.
Alec se leva aussi, ayant besoin de la regarder dans les yeux.
— C’est le dernier mot qu’il a prononcé.
Il l’examinait si attentivement qu’il sut exactement à quel moment ses genoux commencèrent à céder. Lui saisissant rapidement les mains, il lui permit de garder l’équilibre.
— Ezra, Caleb, dit-il aux avocats, laissez-nous seuls quelques minutes.
Les deux hommes avaient hâte de sortir de la pièce.
— Nous ne sommes pas obligés de faire ça aujourd’hui, Cordelia.
Alec s’exprimait d’une voix calme, réconfortante, comme il le ferait avec un animal effrayé sur le point de s’enfuir.
— Nous pouvons attendre pour que vous ayez plus de temps pour digérer tout ça.
— Il n’y a rien à digérer.
Elle retira ses mains des siennes et se dirigea vers le mur de fenêtres qui donnaient sur son empire : les hangars et les pistes où se trouvaient ses avions.
— Il était peut-être un homme génial pour vous, pour vos clients, pour vos employés, mais pour moi, il n’est rien de plus qu’un parfait inconnu.
Quand elle se retourna pour lui faire face, Alec fut frappé à nouveau par la beauté captivante de son regard, par la rondeur pulpeuse de ses lèvres.
— Il m’a légué la moitié d’une entreprise dont je ne sais rien, dans un secteur pour lequel je n’ai aucun intérêt.
Elle émit un petit rire, même s’il n’y avait aucun humour dedans.
— Je n’aime même pas voler. Ça me donne le mal des transports.
Alec dut rire aussi. Il ne pouvait pas s’en empêcher, peu importe la tension du moment.
— Voler le rendait malade aussi. Il s’assurait que personne ne le sache : c’était un magnat des avions qui pouvait à peine supporter d’être dans un avion qui roulait jusqu’au bout de la piste.
— Ce n’est qu’une question de gênes, rétorqua-t-elle. Ma mère et mon père, les personnes qui m’ont élevée et qui m’aiment, sont celles qui ont de l’importance pour moi, pas un inconnu. Pas même un inconnu qui m’a légué la moitié d’une entreprise qui vaut plusieurs millions de dollars.
Elle leva le menton.
— S’il pensait qu’il pouvait m’acheter, il avait tort. Mon cœur et mon amour ne sont pas à vendre. Je ne veux pas de la moitié de S&W Aviation. Pas plus que vous ne voulez que je la possède.
Elle désigna le bureau.
— Si vous avez une offre pour moi, je suis prête à la voir.
Elle regarda à nouveau à travers la fenêtre, en direction des avions et des hangars. Elle frémit presque.
— Plus que prête.
C’était exactement ce qu’Alec voulait. Que Cordelia entre et lui dise de prendre ce qui aurait dû être à lui. Il aurait dû bondir sur l’occasion de lui faire lire sa proposition et de la faire signer aussi vite que possible. C’était la seule chose sensée dans toute cette folle situation. Elle ne savait rien sur les avions ou sur les grandes entreprises, et il n’avait certainement pas le temps ou l’envie de former une partenaire débutante.
Et pourtant…
Quelque chose l’en empêchait. Au cours de toutes les années pendant lesquelles ils avaient travaillé ensemble, Gordon avait beau avoir été impitoyable dans le jeu des affaires, il n’avait jamais délibérément fait du mal à qui que ce soit, même pas à leurs clients les plus mal élevés qui méritaient de souffrir un peu. Pourtant il avait fait du mal à cette femme. Beaucoup de mal.
Et Alec ne pouvait pas cesser de penser que c’était désormais à lui d’aider Cordelia.
Il savait à quel point les parents pouvaient vous foutre en l’air, qu’ils soient morts ou vivants, dans son cas. Toutefois il avait eu ses frères, sa sœur, ses cousins, ses tantes et ses oncles pour l’aider à faire face à tout cela. Bien qu’il n’ait jamais accepté leurs offres, ils étaient quand même toujours là dans l’ombre. Qui Cordelia avait-elle, mis à part ses parents adoptifs ? Serait-elle disposée à admettre tout cela à ses amies ? À un petit ami, si elle en avait un ?
L’idée qu’elle ait un petit ami ne lui plaisait pas. Ce qui n’avait pas beaucoup plus de sens que ce qu’il s’était passé au cours des quinze dernières minutes. Il savait uniquement qu’ils devaient appuyer sur « Pause » avant que l’un d’eux ne prenne une décision regrettable.
— Je n’ai jamais pensé à la mort de Gordon, lui confia Alec. Je n’ai jamais imaginé qu’une force de la nature comme lui pourrait partir si vite à cinquante ans. Et je n’avais certainement pas imaginé que vous seriez debout ici devant moi, tenant les clés de la moitié de mon royaume.
— Je vous l’ai déjà dit, je ne veux pas de votre royaume.
Elle s’approcha de lui.
— Faites-moi une offre, Alec. Si elle est juste, je vous laisserai tranquille si vite que vous aurez l’impression que je n’ai jamais été là.
La poitrine d’Alec se serra à ces mots. Était-ce pour cela qu’il ne voulait pas lui présenter son offre de rachat ? Parce que cela équivaudrait à l’effacer ? Et quoi qu’il en soit, Gordon avait-il vraiment pensé que sa fille amoureuse des fleurs pourrait vraiment vouloir ce qu’il lui avait légué ?
Plus que frustré, Alec passa une main dans ses cheveux, puis prononça les six mots qu’il n’aurait jamais imaginé lui dire :
— Il me faut plus de temps.
Elle resta bouche bée.
— Vous plaisantez ? Les avocats sont déjà là et vous affichiez un sourire de requin quand je suis entrée.
— Vous trouvez que je souris comme un requin ?
— Vous savez ce que je veux dire. Vous aviez l’air d’avoir hâte que l’accord soit signé. Et je ne vous le reproche pas. Pourquoi quelqu’un de sensé voudrait que la fille cachée que son partenaire d’affaires a abandonnée quelques secondes après sa naissance devienne la nouvelle co-capitaine d’une très grande entreprise ? Je comprends qu’il a dû faire preuve d’intelligence pour certaines choses. Qu’il était très, très intelligent, à en juger par votre entreprise. Mais m’en donner la moitié était vraiment l’idée la plus stupide du monde.
Alec savait que rire était absolument déplacé. Néanmoins il ne parvint pas à s’en empêcher.
Les femmes le faisaient rarement rire, mis à part sa sœur et ses cousines, qui ne cherchaient pas à obtenir quelque chose de lui. Les femmes de sa famille n’étaient pas comme les femmes qui se frayaient un chemin dans sa vie à la recherche de quelqu’un qui leur achète des bijoux et qui leur débite de beaux mensonges. Sa sœur et ses cousines acceptaient l’homme cynique et direct qu’il était et en retour, elles savaient qu’il donnerait sa vie pour les défendre.
— Ce n’est pas drôle, commenta Cordelia, semblant agacée et un peu inquiète à propos de son comportement.
Comme si le requin s’était transformé en un milliardaire dérangé.
Il passa une main sur sa bouche pour essayer d’effacer son sourire.
— Je sais que ce n’est pas le cas. J’aurais juste aimé voir le visage de Gordon quand vous avez dit qu’il avait eu l’idée la plus stupide du monde. Généralement, les gens faisaient des courbettes devant lui.
En dépit de son prétendu désintérêt, elle sembla intriguée par ce qu’il lui racontait à propos de son père. Cependant, elle insista :
— Eh bien, je ne vais certainement pas faire de courbettes maintenant en prenant une entreprise dont je ne veux pas. Je suis prête à faire affaire avec vous. Ici. Maintenant.
Mais au lieu de lui présenter l’offre de rachat qu’elle voulait si désespérément, il lui demanda :
— Est-ce que vous aimez travailler dans un magasin de jardinage ?
Le regard qu’elle lui adressa lui indiqua clairement qu’elle pensait qu’il était fou de ne pas saisir à deux mains son offre de renoncer à l’entreprise.
— J’adore ça. C’est ce que j’ai toujours voulu faire. La seule chose que j’ai jamais voulu faire. Tout comme je suis sûre que ça…
Elle désigna à nouveau les avions.
— C’est tout ce que vous avez toujours voulu.
Il aurait dû hocher la tête, il l’aurait fait si quelqu’un d’autre l’avait dit. Mais tout comme il ne pouvait pas lui présenter son offre de rachat, il découvrit qu’il ne pouvait pas non plus lui mentir.
— Quand j’étais petit, je voulais ouvrir un restaurant.
À l’époque, il cuisinait pour ses parents, ses frères et sa sœur. Il se souvenait d’avoir créé des menus, d’avoir installé des petites tables et des chaises. Mais ensuite, quand sa mère était décédée et que son père les avait laissés tous les quatre se débrouiller seuls, il s’était contenté de tenir le coup, s’assurant que ses frères et sa sœur ne se perdent pas pendant que leur père était trop occupé à faire son deuil pour prendre soin de ses enfants, qui faisaient aussi face à leur propre chagrin.
— Alors, pourquoi ne le faites-vous pas ? demanda Cordelia.
Elle donnait l’impression que c’était tellement simple. Cette femme qui ne savait presque rien de lui, sauf qu’il avait construit une entreprise avec son père biologique qui avait fait d’eux des milliardaires.
— Ma sœur dit que je suis déjà assez accro au travail, expliqua-t-il. Elle essaierait certainement de me faire interner si je partais du bureau pour cuisiner dans un restaurant tous les soirs.
— Ou alors, vous pourriez vendre cette entreprise et vous consacrer à la cuisine. Je veux dire, si vous pensez que ce serait plus amusant que ce que vous faites maintenant, pourquoi pas ?
La journée avait été parfaitement linéaire dans l’esprit d’Alec. Cordelia allait venir à son bureau, il allait lui faire une offre qu’elle ne pouvait pas refuser, puis il irait de l’avant comme toujours.
Étaient-ils vraiment debout dans son bureau, en train de dire qu’il devrait vendre sa moitié de l’entreprise aussi et cuisiner pour gagner sa vie ?
— Il y a tellement de raisons de ne pas le faire, lui déclara-t-il, que je pourrais vous en dresser la liste jusqu’à la tombée de la nuit.
En un instant, l’atmosphère changea entre eux. C’était peut-être à cause de l’idée de la garder avec lui jusqu’à ce que la nuit tombe qui fit soudain apparaître des étincelles. Ou peut-être que c’était parce qu’avec Cordelia, rien ne s’était déroulé comme prévu. Et tout se déroulait toujours comme Alec le prévoyait.
— J’aimerais passer voir votre jardin, annonça-t-il.
Elle fronça les sourcils et fit un pas en arrière.
— Mais pourquoi voudriez-vous faire ça ?
— J’aimerais voir où vous travaillez. Mieux comprendre l’entreprise que vous avez construite.
— Vous ne pouvez quand même pas être en train d’évaluer si je suis une bonne candidate pour travailler avec vous ici, si ?
Elle leva une main avant qu’il ne puisse répondre.
— Car je ne veux vraiment, vraiment pas vous aider à vendre des voyages dans des avions chics à des gens riches.
— Je vais me charger de ça, merci.
— Alors, pourquoi est-ce que vous êtes intéressé par moi et mon jardin ?
— Honnêtement ?
— Bon sang, oui, s’il vous plaît. Soyez honnête, répliqua-t-elle. Comme ça, je saurai quoi dire pour vous faire changer d’avis si vous pensez à quelque chose de fou.
Il imaginait que sa sœur, ou ses cousines Mia, Lori ou Cassie, pourraient dire quelque chose dans ce style. Cordelia leur plairait. Et elles seraient folles de joie d’avoir la chance de s’asseoir dans un coin avec une boîte de pop-corn pour assister à cette conversation.
— Je ne suis jamais fou.
C’était la première chose qu’il avait besoin qu’elle sache. Puis, il ajouta :
— Je pensais que je savais exactement comme résoudre la situation que Gordon a déclenchée.
— Alors, vous avez bien une offre à me proposer ?
Elle regarda les documents posés sur son bureau d’un air optimiste.
— J’en avais une.
Elle grimaça en l’entendant parler au passé.
— Mais mon instinct me dit que ce que j’ai préparé n’est peut-être pas correct. Et j’écoute toujours mon instinct.
— Si vous pensez que je suis avide d’argent, argumenta-t-elle, je vous jure que ce n’est pas pour ça que j’ai hâte de passer un accord avec vous.
— Je sais que ce n’est pas le cas. Je peux reconnaître une croqueuse de diamants à des kilomètres.
Elle le regarda un peu trop longtemps à son goût.
— Je suis sûre que oui.
Puis, elle agita une main en l’air, comme pour écarter cette idée.
— C’est juste que je ne veux pas de ça. Je ne veux aucune partie de lui. Vous comprenez ça, pas vrai ?
— Oui, Cordelia. Mais je sais aussi qu’il voulait que vous ayez tout ça. Je ne suis pas en train d’essayer de gagner du temps pour vous rendre malheureuse. J’ai juste besoin de m’assurer que tout soit clair dans ma tête avant que l’on mette tout à plat.
— Si je vous invite dans mon jardin demain, est-ce que vous apporterez votre offre ? Une offre qui apaise votre instinct ?
Il connaissait la réponse qu’elle désirait. Cependant, il dut lui avouer :
— Je ne fais pas de promesses que je ne peux pas tenir, alors je ne peux pas encore répondre. À midi, ça vous irait ?
Elle serra les dents si fort qu’il s’attendit presque à les voir se fissurer. Finalement, elle hocha la tête.
— Midi, ça me convient. Mais il pourrait pleuvoir demain, alors je ne peux pas vous promettre que vous partirez de mon jardin aussi propre qu’à votre arrivée.
Elle se dirigea vers la porte, puis s’arrêta avec la main sur la poignée. Elle se retourna vers lui.
— Je m’attendais à ce que vous soyez un homme d’affaires impitoyable. Ça aurait été beaucoup plus simple si vous l’aviez été.
Puis, elle s’en alla.
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