Comme de l'amour dans l'air: La Famille Sullivan, New York, tome 5 (French Edition)
Chapitre Six
Le samedi suivant, dix minutes avant le début de la cérémonie en l’honneur de Gordon, le soleil était en train de se coucher, la brise était légère et la foule avait hâte d’en finir avec l’éloge funèbre et les discours pour pouvoir aller au bar avec des consommations gratuites.
Gordon avait été maître dans l’art de faire en sorte que les riches et célèbres se sentent comme des rois, même quand c’était la dernière chose que certains d’entre eux méritaient. Il plaisantait souvent en disant qu’il ne pouvait pas être certain qu’Alec ne leur dirait pas exactement ce qu’il pensait. Alec avait été plus que ravi de laisser Gordon se charger des clients riches et gâtés et de passer le plus gros de ses journées de travail à développer l’aspect financier de leur entreprise.
À présent, Alec était le seul partenaire restant de S&W Aviation pour s’occuper des relations avec les clients. Il était impressionné par le nombre d’entre eux qui était présent ce jour-là. Cependant, Gordon avait passé de nombreuses nuits à s’enivrer avec un acteur qui venait de perdre un rôle clé, à jouer avec la vanité d’un top-modèle ou à laisser un membre de famille royale le battre au poker.
Alec n’avait pas hâte de s’occuper de cette partie de l’entreprise. Toutefois il aimait encore moins l’idée d’intégrer un nouveau partenaire, même s’il s’agissait d’une personne aussi jolie et intelligente que Cordelia. Il ne faisait aucun doute qu’elle détesterait chaque seconde de cette fonction. Et qui pourrait lui en vouloir, quand le centre de jardinage qu’elle s’était construit lui allait parfaitement ?
Alec avait réussi à maintenir l’orchidée en vie jusque-là, par pure volonté. La tuer serait semblable à sectionner le dernier lien qu’il avait avec elle.
Elle ne viendrait pas ce jour-là. Il comprenait pourquoi. Cordelia avait beau être plus curieuse à propos de Gordon qu’elle ne voulait l’admettre, en fin de compte, il n’avait été qu’un inconnu à ses yeux. Tout comme Alec savait qu’il n’avait été rien de plus qu’un partenaire d’affaires temporaire pour elle.
Elle les avait comparés à de la craie et du fromage. Il avait cherché l’expression sur Internet le soir où il avait quitté le cottage, car il n’avait pas pu dormir. Le dicton venait du moyen anglais, en 1390, dans un texte écrit par John Gower. Alec avait eu l’idée folle de retourner à son cottage et de frapper à sa porte pour le lui dire.
Au lieu de ça, il était allé à la salle de sport, certain qu’un entraînement intense ferait disparaître cette folie curieusement émotionnelle. Voyant qu’elle restait dans sa tête, il avait soulevé des poids plus lourds, couru plus vite sur le tapis de course et accéléré ses longueurs dans la piscine. Mais il pensait encore à elle.
Même s’il savait qu’il ne devrait pas le faire.
Le père d’Alec se plaça à côté de lui.
— Comment vas-tu ? Est-ce que tu as besoin de quelque chose ?
Drake et Suzanne avaient fait beaucoup d’efforts pour se rapprocher de leur père au cours de l’année précédente. On aurait dit que rencontrer l’amour de leur vie les avait poussés à aller au-delà des problèmes qu’ils avaient avec lui. Or pour Alec, rien n’avait changé. Il voyait bien que son père tentait de recoller les morceaux, mais pour quoi faire ? Ils ne pouvaient pas retourner en arrière et arranger ce qu’il s’était passé. William Sullivan ne serait jamais le père dont Alec, ses frères et sa sœur avaient eu besoin durant leur enfance. Heureusement, au moins, Alec n’avait plus besoin de lui.
— Gordon aurait été ravi de voir que tant de monde est venu, commenta Alec.
Cela ne répondait à aucune des questions de son père, néanmoins c’était vrai.
— C’était un type bien.
Alec sentit le regard de son père sur lui.
— Je lui dois beaucoup pour avoir été là pour toi quand je n’ai pas pu l’être.
Son père ne pensait pas vraiment qu’ils allaient parler de cela à ce moment-là, si ? Qu’ils allaient avoir une sorte de moment de complicité entre père et fils où des larmes couleraient et tout serait pardonné ?
Non. Pas à ce moment-là.
Jamais.
— Alec…, commença son père.
Mais avant qu’il n’ajoute quoi que ce soit, Alec fut sauvé par la chose la plus inattendue du monde.
Cordelia entra.
— Excusez-moi.
Il se dirigea directement vers elle.
Elle ne resta pas bouche bée face aux gens qu’elle avait sûrement seulement vus à la télévision et dans des magazines. Elle se contenta d’avancer vers le cercueil ouvert.
— Cordelia.
Alec l’arrêta à environ trois mètres de là.
— Je suis ravi que vous soyez là.
Il ne remarqua qu’elle tremblait que lorsqu’il s’approcha d’elle, un léger tremblement qui secouait tout son corps, de la tête aux pieds. Il ne réfléchit pas, il ne réfléchit pas aux conséquences de ses actes. Il se contenta de placer un bras autour d’elle, de prendre sa main la plus proche dans la sienne et de baisser sa bouche vers son oreille.
— Dites-moi ce que je peux faire pour vous aider.
Il sentit sa respiration se bloquer dans sa poitrine.
— Ne me lâchez pas.
Heureusement qu’elle le lui avait demandé, car rien n’aurait pu le pousser à la lâcher. Pas quand elle avait clairement besoin de quelqu’un pour l’aider à traverser le moment où elle ferait face à son père pour la première et la dernière fois.
— Je ne partirai pas.
Il n’avait jamais dit cela à une femme qui ne faisait pas partie de sa famille. Cela aurait dû le faire paniquer, lui donner envie de s’enfuir en courant. Mais Cordelia ne voulait rien de lui mis à part un peu de soutien dans un moment difficile. Le genre de soutien qu’il n’avait pas su demander quand il avait été enfant ; un soutien qu’il avait été trop fier pour accepter.
— Je n’allais pas venir aujourd’hui, avoua-t-elle à voix basse. Mais je ne pouvais pas arrêter de penser que je le regretterais si je ne venais pas.
— Si vous jetez un coup d’œil et que vous avez besoin de fuir, je vous aiderai. Si vous avez besoin de faire sortir tout le monde pour être seule avec lui, je le ferai aussi. Dites-moi quand vous êtes prête, et nous irons le voir. Ensemble.
Elle leva ses beaux yeux vers lui, d’un vert aussi vif que tout ce qui poussait dans son jardin.
— Je suis prête.
Il n’était pas sûr de la croire, mais qui pouvait être prêt à faire une chose pareille ? Il était accroché à elle. La jupe de Cordelia bruissait autour des jambes d’Alec tandis qu’ils marchaient ensemble. Il oublia tout le monde tandis qu’ils avançaient vers le cercueil de Gordon. Sa famille et ses partenaires, ses amis, les amis de Gordon, plus d’une centaine de clients : aucun d’eux n’avait d’importance à ce moment-là.
Seule Cordelia en avait.
* * *
Le cœur de Cordelia n’avait jamais battu aussi furieusement et elle se retenait à peine de s’enfuir aussi vite et loin que possible de cet endroit et de l’homme allongé dans le cercueil ouvert. Sans le bras d’Alec autour d’elle, sans sa main sur la sienne pour la réconforter, elle n’aurait pas été jusque-là. Elle se serait retournée et aurait fui bien avant.
Elle n’avait pas parlé de l’enterrement à ses parents. Ni de son héritage. Elle s’était dit qu’elle n’avait pas voulu salir ce qu’ils étaient pour elle, tout ce qu’ils avaient fait pour elle. Elle s’était dit qu’elle n’avait pas voulu leur donner l’impression d’être inférieurs à tout l’argent dont Gordon la couvrait.
Mais ce n’était pas la véritable raison pour laquelle elle ne le leur avait pas encore annoncé. En réalité, elle ne savait pas quoi raconter. Elle ne savait pas si elle devrait être triste, heureuse ou en colère.
Elle était venue pour trouver des réponses, espérant qu’au moment où elle poserait les yeux sur Gordon, elle pourrait décider entre les options A, B ou C, ou un mélange des trois.
Et quand elle arriva enfin, quand elle put enfin regarder l’homme au menton fort et aux épais sourcils sombres, l’homme dont elle avait de toute évidence hérité ses pommettes et la forme de ses oreilles, l’homme qui semblait si robuste que rien ne pouvait l’abattre, certainement pas une crise cardiaque, elle ne ressentit rien.
Chaque partie d’elle, de la tête aux pieds, était engourdie. Ses oreilles ne fonctionnaient plus non plus, car tout ce qu’elle pouvait entendre des gens autour d’eux, c’était un vrombissement constant, comme un moteur en marche.
— Cordelia ?
Elle ignorait si Alec l’avait appelée une ou une douzaine de fois. La seule raison pour laquelle elle l’avait remarqué, c’était qu’il l’avait retournée avec ses mains sur ses épaules pour qu’elle soit face à lui.
— Est-ce que ça va ?
Elle entendit les mots sortir de sa bouche, elle comprit la question, sauf qu’elle n’eut pas la force de répondre. Pas encore. Au lieu de cela, elle se retourna pour regarder une dernière fois le père qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de connaître. Elle le mémorisa, puis se détourna de lui.
Alec la guida une chaise libre et s’assit à côté d’elle sans lui lâcher la main, tout comme elle le lui avait demandé. Et à ce moment-là, il était sa seule bouée de sauvetage. Il ne lui posa aucune question, se contentant de rester silencieusement avec elle, tenant ses deux mains. Elle imagina qu’il devait avoir dit quelque chose à un des hommes assis près d’elle, mais son brouillard engourdi était tellement épais qu’elle ne perçut pas de quoi il s’agissait.
Puis, une voix s’éleva du micro.
— Merci à tous d’être venus. Veuillez vous asseoir.
Un homme portant un costume sombre était debout sur l’estrade. C’était l’homme avec qui Alec avait discuté quelques instants plus tôt.
— Mon cousin Alec m’a demandé de prononcer quelques mots pour lui.
Soudain, elle réalisa que c’était Smith Sullivan, la star de cinéma, qui était intervenu pour Alec. Quelque part dans le fond de son cerveau, elle réalisa qu’ils devaient faire partie de la même famille, que Smith devait être l’un des nombreux cousins qu’Alec avait mentionnés.
Elle voulait dire à Alec qu’il pouvait faire ce qu’il avait à faire, mais voyant que les mots ne sortaient pas, elle désigna l’estrade d’un signe de tête.
— J’ai promis de ne pas vous lâcher.
Il ne dit rien de plus et il serra plus fermement ses mains entre les siennes.
— J’aimerais commencer, déclara Smith, en lisant quelque chose qu’Alec a écrit pour Gordon.
Il baissa les yeux vers la feuille entre ses mains et marqua une pause solennelle avant de commencer à parler.
— Gordon plaisantait à propos de cette journée. Il disait qu’il pleuvrait sûrement et que personne ne viendrait. Mais nous savions tous les deux que le soleil n’oserait pas ne pas briller pour lui et que ses amis laisseraient tout tomber pour être présents et célébrer sa vie. Il a été un partenaire d’affaires brillant que j’ai eu la chance de connaître quand j’étais encore inexpérimenté. C’était un ami encore meilleur. Et c’est l’ami qui me manquera le plus. Tu n’étais pas parfait, Gordon, et je ne comprendrai jamais certains des choix que tu as faits, mais tu vas toujours me manquer.
Une petite partie de Cordelia reprit vie pendant le discours, suffisamment pour qu’elle serre la main d’Alec.
— Je suis désolée, murmura-t-elle, mais il se contenta de secouer la tête.
Et, curieusement, à ce moment-là, elle eut l’impression qu’il avait besoin d’elle autant qu’elle avait besoin de lui. Il avait besoin de quelqu’un à qui s’accrocher.
En particulier au cours de discours des amis de Gordon. Un long déluge d’émotions, de rires ou de larmes, qui s’écoulèrent pendant de longues minutes sur tout le public.
Gordon était brillant.
Gordon ne se laissait pas marcher sur les pieds.
Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui travaillait aussi dur que Gordon.
Gordon avait un rire formidable et retentissant.
Gordon aimait tout le monde et tout le monde l’aimait.
Les mots et les sentiments s’écrasèrent sur la tête de Cordelia. Dans sa poitrine. Alors même qu’elle pensait qu’elle ne pouvait pas en supporter davantage, les discours s’arrêtèrent et les gens se levèrent de leurs sièges pour se diriger vers Alec. Elle avait besoin qu’il soit près d’elle, mais elle avait encore plus besoin d’être loin de toutes les autres personnes.
— Allez-y.
Les mots qui s’échappèrent de ses lèvres étaient frénétiques.
— Vous devez accepter les condoléances de tout le monde.
Quand il devint évident qu’il allait refuser de l’abandonner, tout comme au début de la cérémonie, une femme assiste à gauche de Cordelia proposa :
— Je vais rester avec elle, Alec.
Mais Alec ne s’éloigna pas et dit :
— Cordelia…
Elle libéra ses mains de celles d’Alec, le poussa presque de son siège en direction de la foule en approche. Une foule qui était trop proche.
— Ils ont besoin de vous.
Elle avait déjà tant pris de lui. Il avait déjà été beaucoup trop gentil.
Finalement, à contrecœur, il se leva et s’éloigna. Et elle dut se mordre la langue pour ne pas le rappeler.
— Je m’appelle Suzanne, je suis la sœur d’Alec, se présenta la femme à sa gauche. Et voici nos frères, Harry et Drake. Il y a beaucoup d’autres Sullivan ici aussi, y compris notre père, qui est là-bas.
Le père d’Alec se tenait à quelques mètres de son fils, assez près pour intervenir s’il avait besoin de lui, mais assez loin pour lui laisser de l’espace.
Cordelia examina les visages des gens qui les avaient entourés, Alec et elle, comme une bulle protectrice pendant la cérémonie. Harry et Drake ressemblaient beaucoup à Alec : beaux, forts, aux regards doux. Et Suzanne était splendide. C’était la famille dont il avait parlé. Sa belle famille parfaite et connectée. Alec n’avait pas eu qu’eux, il avait eu Gordon aussi.
— J’ai besoin d’air.
D’habitude, Cordelia n’était pas impolie, mais elle souhaitait désespérément échapper aux émotions qui la traversaient en balayant la torpeur dans laquelle il avait été si plaisant de se cacher pendant un moment. La colère. La douleur. La trahison. La tristesse.
Elle savait qu’elle était une épave, à l’intérieur et à l’extérieur, quand elle fuit la famille d’Alec. Elle avait pris un taxi pour venir ; elle n’avait pas cru pouvoir conduire en toute sécurité pour assister à la cérémonie. À présent, elle en appela un autre pour qu’il vienne la chercher. On lui annonça qu’il arriverait dix minutes plus tard, ce qui signifiait qu’elle avait désormais un sixième d’heure pour essayer de retourner dans cet état d’indifférence. Au moins un peu. Heureusement, un des nombreux bars improvisés était juste devant elle.
Cordelia n’avait jamais beaucoup bu. Cependant, elle n’avait jamais été non plus à l’enterrement du père biologique qu’elle n’avait jamais connu.
Elle commanda la première boisson qui lui vint à l’esprit.
— Un gin-tonic. Avec peu d’eau tonique.
Lorsqu’on le lui servit, elle pencha la tête en arrière et l’avala d’une longue gorgée, puis elle rendit le verre vide.
— Un autre, s’il vous plaît.
Elle était en train d’engloutir le second quand Suzanne apparut à ses côtés.
— Je sais que vous ne voulez sûrement pas de compagnie maintenant, mais je vous promets que je vais juste rester ici pour vous soutenir en silence si c’est ce que vous voulez.
— C’est d’accord, accepta Cordelia en agitant la main avant de faire glisser son verre au barman et d’en demander un troisième. Est-ce que Gordon et vous étiez proches ?
— Très proches, révéla Suzanne en hochant la tête et en souriant. Cela fait quinze ans qu’il est dans nos vies et qu’Alec et lui sont partenaires. Et vous ?
— Je ne l’ai jamais rencontré avant aujourd’hui.
Cordelia prit son troisième verre et en avala une grande gorgée.
Suzanne haussa les sourcils.
— Attendez. Vous n’avez jamais rencontré Gordon ?
— Non. Alors je parie que vous vous demandez pourquoi je suis là, pas vrai ? Et pourquoi je suis en train de m’écrouler devant vous.
Suzanne marqua une pause avant de répondre :
— Vous n’êtes pas obligée de me le dire si vous n’en avez pas envie.
Cordelia haussa les épaules.
— Pourquoi pas ?
Elle ne sentait plus beaucoup de douleur. Heureusement, avec l’aide du gin, elle avait presque retrouvé son insensibilité.
— Gordon était mon père.
Elle aurait pensé que Suzanne aurait poussé un cri de surprise, et Cordelia aurait été ravie de la choquer. Elle but le reste de son troisième verre facilement. Très facilement.
— Le donneur de sperme, en tout cas. Ma mère est morte en accouchant de moi et il m’a abandonnée. Bonjour et bon débarras d’un seul coup.
Elle posa le verre de cocktail vide sur le plateau d’un serveur qui passait devant elle et saisit un verre de mousseux pour changer.
— Et maintenant, il s’avère qu’il m’a légué la moitié de l’entreprise. Un milliard de dollars sortis de nulle part.
— Mon Dieu.
Suzanne se contenta de la fixer du regard.
— Pas étonnant qu’Alec soit aussi…
— Cordelia.
Le bras d’Alec s’enroula autour de sa taille et il la regarda dans les yeux.
— Combien de verres est-ce que vous avez bus ?
Elle haussa à nouveau les épaules, chancelant quand le léger mouvement lui fit tourner la tête.
— Pas assez.
Il jeta un regard noir à sa sœur.
— Suz, je te faisais confiance pour ne pas laisser les choses dégénérer.
— Je sais et je suis désolée de ne pas avoir mieux géré.
Cordelia observa la sœur d’Alec l’épingler d’un regard grave.
— Mais à sa place, je boirais aussi.
Alec haussa les sourcils. Cordelia devina qu’ils parlaient d’elle, mais elle avait du mal à suivre leur conversation.
Il tendit le bras pour lui prendre le champagne des mains.
— Il est temps de partir.
— Non.
Elle saisit son verre.
— Je m’amuse.
Elle but une gorgée d’un air de défi pour lui montrer à quel point c’était le cas.
— Je m’amuse comme une folle. Comment ne pas m’amuser après avoir entendu tout le monde raconter à quel point Gordon était généreux, aimant, paternel avec eux ?
— Est-ce que je peux aider ?
Un homme séduisant et très imposant passa son bras autour de Suzanne et l’embrassa.
— Je m’appelle Roman, se présenta-t-il à Cordelia.
— Ravie de vous rencontrer.
Elle ne prononça pas vraiment les mots correctement. Cependant, Cordelia tendit son verre vide à un serveur.
— Et si vous me le remplissiez ?
Alec le lui prit des mains.
— Vous avez atteint la limite.
Elle se plaça face à lui.
— Je n’ai pas du tout atteint ma limite.
— Suz, Roman, reprit Alec par-dessus son épaule, dites à tout le monde que je suis reconnaissant qu’ils soient venus aujourd’hui, s’il vous plaît.
Une seconde plus tard, il enroula une de ses mains autour du poignet de Cordelia et l’éloigna de sa sœur parfaite et du partenaire splendide de celle-ci, du bar et de la foule. Du cercueil.
Et même si Cordelia se réjouissait au moins de cela, elle dut demander :
— Qu’est-ce que vous faites ?
— Je vous sauve de la gueule de bois de votre vie. Même si je crains qu’il ne soit déjà trop tard.
Une voiture de sport noire et brillante apparut de nulle part et peu après, elle fut à l’intérieur avec Alec, attachée au siège passager, s’éloignant à toute vitesse des funérailles.
— Je ne suis pas ivre, essaya-t-elle de dire.
Mais cette fois, elle ne prononça vraiment pas les mots correctement.
— Ne vous inquiétez pas, répliqua-t-il en détournant brièvement le regard de la route pour la regarder. Une fois que vous aurez bu un peu de café, vous vous sentirez plus normale.
Sauf qu’elle ne voulait pas se sentir normale. Elle ne voulait pas laisser ces sentiments de tristesse, de colère et de douleur en elle. Non, elle préférait flotter entre la réalité et le rêve.
Cependant, avant qu’elle ne puisse dire tout cela, il arrêta la voiture et défit la ceinture pour l’aider à sortir et à entrer chez lui. Elle supposa qu’elle avait de la chance qu’il soit là, car ses jambes ne fonctionnaient pas correctement non plus.
— Bon sang.
Il la prit dans ses bras et l’air sortit des poumons de Cordelia quand elle s’agrippa à ses épaules. Ses épaules très musclées.
— Combien de verres de champagne avez-vous bus ?
— Un.
Il la dévisagea d’un air incrédule sans s’arrêter tandis qu’il entrait dans son appartement chic. Puis, il se pencha en avant, à tel point qu’elle se demanda s’il allait l’embrasser. Il avait l’air d’embrasser super bien.
Cependant, au lieu de poser ses lèvres sur les siennes, il sembla renifler son visage.
— Du gin.
Il grimaça.
— Vous avez bu du gin.
— Mes parents en boivent parfois. Les après-midis ensoleillés.
Il l’allongea sur le canapé et s’agenouilla de manière qu’ils soient face à face.
— Vous pouvez m’assurer que vous allez rester là pendant que je prépare du café ? Ou est-ce que vous allez tomber du canapé et chercher plus de gin ?
C’était vraiment un bel homme. Et même s’il l’avait sortie des funérailles comme un sac de pommes de terre, il avait été étonnamment gentil avant cela.
— Je ne veux pas de café.
Elle ne voulait plus de gin non plus. Cela ne l’aiderait pas à oublier ; elle le savait à présent. Mais quelque chose pourrait l’aider à oublier un moment. Quelqu’un pourrait l’aider à oublier.
— Je veux que vous me montriez comment vous êtes avec les autres femmes, déclara-t-elle. Je veux que vous me montriez à quel point vous pouvez être vilain.
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