Comme de l'amour dans l'air: La Famille Sullivan, New York, tome 5 (French Edition)
Chapitre Quinze
Le lendemain matin, pendant la conférence de presse de Cordelia dans la salle de réunion de l’immeuble de S&W Aviation, Alec s’assit à sa gauche. Ses parents étaient à sa droite. Soutenue par les gens qui ne voulaient que son bonheur, elle se sentit presque prête. Presque capable de traverser cette épreuve en un seul morceau.
Sa mère lui prit sa main droite sous la table, mais Alec s’assura que le monde entier voie sa main gauche dans la sienne sur la table. Il l’avait embrassée aussi avant que la conférence de presse ne commence officiellement, mais il y avait eu beaucoup de journalistes et de photographes pour prendre des notes sur leur intimité.
Son baiser avait été doux et affamé… Et il lui avait immédiatement rappelé la nuit précédente qu’ils avaient passée ensemble dans son lit, s’aimant sous les draps fleuris. Puis dans sa douche. Puis dans la cuisine, quand il avait enfin commencé à préparer le dîner.
Cependant, même après tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, Cordelia savait que ce baiser faisait simplement partie de leur plan pour faire croire à tout le monde qu’ils étaient en couple afin de maintenir les chasseurs de fortune à distance. Cependant, la manière dont son visage rougit quand il la toucha, quand il l’embrassa, quand il s’approcha d’elle était bien réelle.
Ils n’avaient pas assez dormi, mais elle n’était pas fatiguée. Cordelia se fichait du repos ; l’autre option avait été bien trop incroyable. Elle n’était pas assez naïve pour penser que la situation n’aurait pas pu être gênante ce matin-là, quand ils s’étaient réveillés enroulés l’un autour de l’autre. Pourtant cela n’avait pas été le cas.
Torride ? Oui.
Étrange ? Heureusement, pas du tout.
En particulier quand Alec avait clairement été déterminé à la faire rire toute la matinée en lui racontant une histoire puis une autre, à propos des clients que Gordon et lui avaient eus et des folies qu’ils avaient faites au fil des ans. Elle avait compris ce qu’il faisait : il ne voulait pas qu’elle s’inquiète pour la conférence de presse à venir. Et son cœur avait gonflé davantage en voyant à quel point il était adorable. En voyant à quel point il s’était plié en quatre pour l’aider à traverser un moment difficile.
Une femme élégante du Westchester Times se leva pour poser une question et Cordelia obligea son cerveau à se concentrer sur la tâche qui lui revenait. Pendant quarante-cinq minutes, elle répondit à une série rapide de questions intrusives. Avait-elle vraiment ignoré l’existence de Gordon pendant toutes ces années ? Comment avait-elle l’intention de gérer cet héritage considérable ? Allait-elle continuer à travailler dans le magasin de jardinage ? Était-elle tentée d’acheter un château en France et de se couvrir de diamants et de rubis ?
Tout comme elle l’avait prévu, elle dit la vérité. Mais ces questions étaient faciles ; elles parlaient de son père biologique et de son héritage. Les questions sur Alec seraient bien plus difficiles et elle ne pensait pas pouvoir s’en sortir sans parler de leur relation ce jour-là. En particulier quand ils avaient fait des efforts pour se comporter comme un couple pendant la conférence de presse.
— Cordelia, déclara la journaliste en retirant ses lunettes pour parler. Vous nous avez dit que vous ignoriez l’existence de Gordon avant la semaine dernière et que vous avez l’intention de donner la plus grande partie de l’argent à des associations caritatives. Pourtant, vous êtes déjà en couple avec Alec Sullivan, le partenaire d’affaires de Gordon. Je suis sûre que vous comprenez pourquoi cela n’a pas de sens.
Le cœur de Cordelia accéléra lorsqu’elle se tourna vers Alec.
— Elle a raison. Ça n’a pas de sens, pas vrai ?
Elle savait qu’elle devait jouer la comédie, un rôle qui avait du sens sur le papier. Mais elle avait aussi besoin qu’il sache quelque chose.
— Et pourtant, tu es déjà un de mes meilleurs amis.
Il lui adressa un grand sourire. Ce beau sourire qu’il n’adressait qu’aux personnes à qui il tenait vraiment : sa sœur, ses frères, ses cousins. Et à présent, Cordelia. Puis, il se tourna vers les journalistes et les photographes, qui prenaient des clichés en rafale. Il respirait l’assurance splendide et le pouvoir à peine restreint lorsqu’il leur annonça :
— J’ai rencontré Cordelia pour la première fois devant ce bâtiment il y a une semaine, et même de loin, elle m’a fait marquer une pause. Il y avait quelque chose de spécial chez elle. Quelque chose qui m’a donné envie de la voir d’un peu plus près.
Il approcha la main de Cordelia de ses lèvres et y déposa un baiser.
— Perdre Gordon a été un choc. Et il va me falloir beaucoup de temps pour m’en remettre. Mais je ne peux pas regretter le fait qu’il ait fait entrer Cordelia dans ma vie.
Quelques membres de la presse s’extasièrent. Et ils n’étaient pas les seuls.
Cordelia ne laisserait jamais ses sentiments pour Alec le piéger, et elle avait été sincère quand elle lui avait dit qu’elle ne laisserait pas le sexe gâcher leur amitié. Cependant cela ne signifiait pas qu’elle nierait la vérité que contenait son cœur.
Elle le connaissait depuis une semaine à peine. Mais elle l’aimait déjà. De tout son être, elle aimait tout ce qu’il était.
Pas juste à cause des belles paroles qu’il prononçait.
Pas juste à cause de la manière fantastique dont il lui avait fait l’amour.
Pas juste parce qu’il avait été présent pour elle à plusieurs reprises.
Cordelia l’aimait parce que personne n’avait jamais autant pris soin de son cœur. Personne n’avait jamais été aussi déterminé à bien la traiter, aussi décidé à lui montrer un ciel bleu et un soleil rayonnant quand cela semblait impossible.
— Pensez-vous que Gordon serait surpris de voir comment les choses se sont déroulées ? leur demanda la journaliste.
Cordelia essaya de ne pas laisser couler les larmes qui venaient de lui monter aux yeux lorsqu’elle répondit :
— J’aimerais qu’il soit encore là pour pouvoir lui poser la question.
Mais si Gordon était apparu, elle n’aurait pas immédiatement bondi pour lui poser des questions sur son passé et sur les raisons pour lesquelles il l’avait abandonnée. En premier lieu, elle aurait voulu remercier son père biologique d’avoir pris aussi bien soin d’Alec pendant si longtemps. Et d’avoir été le père dont Alec avait eu besoin quand le sien avait été trop accaparé par le chagrin pour soutenir son fils.
À ce moment-là, Cordelia réalisa soudain qu’elle avait pardonné à Gordon de ne pas lui avoir révélé qui il était. Car, honnêtement, Alec avait eu besoin de Gordon, et pas elle. Et il avait aidé à faire d’Alec l’homme incroyable qu’il était devenu.
D’autres questions furent posées par la foule, mais quand Alec se leva et l’aida à en faire de même, il fut évident que tout le monde devrait suivre leur exemple.
— Merci d’être venus, intervint Alec.
Puis, il éloigna délibérément Cordelia des journalistes et des photographes, la séparant d’eux non seulement avec ses larges épaules, mais aussi avec le pouvoir vif qui irradiait de lui.
— Tu t’en es très bien sorti, chérie.
La mère de Cordelia l’attira dans ses bras.
— Tu as été tellement forte. Tellement sûre de toi. Je ne pourrais pas être plus fière.
Son père la serra aussi dans ses bras.
— Tu peux venir prendre une tasse de thé avec nous ?
Elle adorait toujours passer du temps avec ses parents, en particulier quand elle ne se sentait pas très bien. Cependant leurs vies avaient déjà été mises suffisamment sens dessus dessous par toute cette histoire.
— Je sais que vous ratez une réunion de quartier importante.
Il serait bon pour eux de retourner à leur vie normale. De plus, elle savait qu’ils s’inquiéteraient bien moins pour elle si elle ne parlait pas trop de l’exténuation qu’elle ressentait après la conférence de presse.
— Merci d’être là pour moi…
Elle regarda Alec et se corrigea.
— Pour nous, aujourd’hui. Je vous aime.
L’étreinte qu’ils partagèrent tous les trois aurait dû être aussi agréable que celles qu’ils avaient échangées au fil des ans. Or cette fois, cela ne semblait pas correct. Car il manquait quelque chose.
Il manquait quelqu’un.
Elle tendit le bras et prit la main d’Alec.
— Viens-là.
Un rire surpris émana de la poitrine d’Alec quand il fut presque écrasé par le câlin de la famille Langley.
* * *
— Dieu merci, c’est terminé.
Maintenant que tout le monde était parti sauf Alec, Cordelia se laissa tomber sur sa chaise.
— Si je réponds encore une fois à une seule question un jour, ce sera trop tôt. J’aurais dû prévoir un endroit où me cacher pendant le reste de la journée.
— J’imaginais que tu te sentirais ainsi.
Il y avait une lueur dans les yeux d’Alec qui fit bouillonner le sang de Cordelia, même si elle était plus épuisée que jamais.
— Est-ce que tu me fais confiance ?
— Bien sûr que oui.
Elle n’avait même pas besoin d’y réfléchir.
Il lui prit la main, la mena d’abord dans son bureau où il récupéra un sac en cuir noir, puis il l’emmena dans les hangars. Ils dépassèrent un jet après l’autre, puis tournèrent dans le dernier hangar, où il n’y avait qu’un avion.
— C’est le mien. C’est un 1930 Fleet, un biplan de deux places qui était utilisé dans l’armée jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
— Alec, il est incroyable. On dirait un avion tout droit sorti d’un film en noir et blanc.
Elle avait été impressionnée par les jets luxueux qu’il lui avait montrés auparavant, mais elle avait envie de toucher la peinture jaune et bleu du biplan.
Elle n’était pas surprise qu’il s’agisse d’un avion de guerre. Il était évident qu’il s’agirait de l’avion préféré d’Alec : fort, splendide et construit pour voler sans cesse, pour toujours aller de l’avant, et même pour traverser une guerre. Comme il l’avait fait.
— Trente secondes dans les airs, annonça-t-il, et je te garantis que tu auras oublié la conférence de presse.
La gorge de Cordelia se serra si vite qu’elle s’étrangla presque en parlant.
— Je te l’ai dit, je suis malade en avion. Je ne me le pardonnerais jamais si je vomissais dans le tien.
Il ne sembla pas du tout inquiet.
— Tu ne vas pas vomir. Tu te souviens de ce que j’ai dit à propos de Gordon ? Il n’avait jamais le mal des transports quand nous volions dans mon avion. Ce n’est pas comme si tu étais dans un petit tube étroit. Voler dans un biplan, c’est voler pour de vrai, Cordelia.
Il l’attira plus près de lui et écarta ses cheveux de son visage.
— Tu as dit que tu me faisais confiance.
— Je ne pensais pas que tu parlais de ça.
Néanmoins il avait raison : elle lui faisait confiance. Et si elle pouvait trouver le courage de le faire, cela pourrait être une manière brillante de réinitialiser ses souvenirs de la journée. Voler dans le biplan d’Alec l’aiderait certainement à oublier la conférence de presse. Elle prit une profonde inspiration.
— Il me faudrait peut-être un baiser pour me donner du courage.
Elle n’eut pas besoin de le lui demander deux fois pour qu’il lui donne un baiser qui coupa le souffle à Cordelia et qui lui donna envie d’en avoir plus. Elle posa ses mains de chaque côté de sa mâchoire et l’embrassa comme s’ils étaient de nouveau au lit, et non pas dans un hangar, sur le point de décoller.
Cela ne faisait aucun doute : sa bouche sur la sienne calmait sa nervosité plus qu’un shot de tequila. Elle remplissait ses sens plus qu’une centaine de rosiers en fleurs. Elle la réchauffait plus qu’un feu rugissant.
— Souviens-toi de cette sensation, lui commanda-t-il quand ils s’écartèrent enfin l’un de l’autre. Et dis-moi si tu ressens la même chose dans les airs.
— Je ne vais pas ressentir la même chose.
Elle savait déjà que rien ne pouvait la faire ressentir cela. Aussi bien. Aussi vivante.
Quand il l’embrassa à nouveau, elle sut qu’il aimait cette réponse.
* * *
La première fois qu’Alec avait pris les commandes d’un avion à dix-huit ans, cela avait été plus agréable que le sexe. Il s’était enfin senti libre.
Il avait un respect sain pour les éléments : la pluie, le vent, le tonnerre et les éclairs. Et chaque fois qu’il décollait, chaque fois qu’il s’envolait, il sentait une appréciation profonde et émerveillée face aux nuages et au ciel infini. Des centaines de vols plus tard, il était encore ébahi.
Avant la nuit précédente, il n’avait jamais ressenti cet émerveillement en dehors d’un avion. Mais dès qu’il avait tenu Cordelia dans ses bras, dès leur premier baiser, elle l’avait fait monter dans les airs. Plus haut qu’il n’avait imaginé qu’une femme puisse le faire. Il n’avait pas réalisé à quel point les femmes avec qui il était sorti avaient été blasées avant l’exclamation merveilleuse de Cordelia. Et cela n’avait fait qu’effleurer la surface de sa sensualité, dans son lit, dans sa douche et même sur la table de la cuisine.
Pendant toute sa vie d’adulte, il s’était agrippé à une règle essentielle : maintenir tout le monde à distance. Gordon avait réussi à gagner la confiance d’Alec après des années à prouver constamment qu’il en était digne, qu’il était sûr et sain dans toutes les situations.
Mais Cordelia ? Quelques minutes après l’avoir rencontrée, il avait décidé de l’aider. Quelques jours après, ils avaient été amis. Une semaine plus tard, ils couchaient ensemble.
L’introspection n’avait jamais un des points importants sur la liste des priorités d’Alec. Il préférait laisser le passé là où il était et se concentrer sur l’instant présent. Alors, il ne voulait pas creuser pour découvrir pourquoi Cordelia ne cessait de le pousser à rompre son propre code de conduite, jusque-là inébranlable. Non seulement il feignait une relation et il oubliait de cacher son jeu, mais pour la toute première fois, il était plus sous la coupe de sa passagère que de la joie de monter dans les airs.
— Oh… Alec.
L’émerveillement dans la voix de Cordelia dans son casque était assez fort pour effacer tout le reste.
— Tu avais raison. C’est incroyable. Ça ne ressemble à aucun autre avion dans lequel je suis montée. Je n’aurais jamais pu imaginer une chose pareille.
Quand Cordelia et lui avaient établi un plan pour la conférence de presse, il avait su qu’ils auraient besoin d’un moyen d’apaiser la tension d’une situation qui semblait les enfermer un peu plus d’heure en heure. Coucher ensemble à nouveau était très tentant, et il n’excluait pas cette option pour plus tard, mais seul le fait de voler avait permis de vider complètement la tête d’Alec quand il était sens dessus dessous.
Il avait aussi eu besoin de confirmer qu’il avait raison de penser que ce vol provoquerait la même réaction chez Cordelia que chez lui et chez Gordon.
De la joie pure.
Son rire était beau et clair.
— Je n’ai même pas besoin de sac pour vomir !
Il était bon de rire, d’oublier tout sauf ce vol et Cordelia.
— Tu es prête pour quelques tours ?
Voyant qu’elle ne répondait pas, il la taquina :
— Une chute libre ou un looping peut-être ?
— Non !
Son cri paniqué le fit rire encore plus. Peu après, elle rit aussi.
— Tu es un salop. J’ai presque cru que tu étais sérieux.
— Presque ? la taquina-t-il. Ce cri était rempli de terreur.
— Tu vas payer pour ça plus tard.
Mais il entendait l’humour dans sa voix. Et cette petite pointe de malice dont les personnes qui ne la connaissaient pas aussi bien que lui ignoraient l’existence.
— Est-ce que c’est une menace… ou une promesse ?
Il adorait l’entendre prendre une inspiration rapide. Il aurait aimé voir sa peau rougir et son pouls palpiter.
— Tu me fais tourner la tête, Alec.
Il avait l’intention de lui faire tourner la tête bien plus que cela avant la fin de la journée. Mais d’abord, tandis que la piste de l’aérodrome de Bayport, à Long Island, apparaissait, il annonça :
— Je suis sur le point de nous faire atterrir.
Il avait l’intention d’atterrir en douceur pour qu’elle puisse à peine sentir le moment où les roues toucheraient le sol. Quelques minutes plus tard, il l’aida à déboucler sa ceinture et à descendre de son siège. Dès qu’ils furent sur le sol, elle enroula ses bras autour de lui. Ses jambes aussi. Et la tenir ainsi semblait parfait.
— Mon Dieu, Alec. J’ai adoré ça ! Mais tu sais ce que j’aime encore plus ?
Il n’aurait pas dû vouloir qu’elle dise son nom. Il fut ébahi par le fait que la pensée lui traverse l’esprit alors qu’il avait juré toute sa vie ne pas rechercher l’amour.
— Quoi ?
La bouche de Cordelia sur la sienne lui apporta la réponse.
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