Comme de l'amour dans l'air: La Famille Sullivan, New York, tome 5 (French Edition)

Chapitre Vingt-Trois

 

Cordelia avait l’impression d’être dans un rêve. Non seulement elle avait pu passer tout l’après-midi et toute la soirée avec Alec, mais d’un moment à l’autre, James Taylor allait monter sur scène et commencer à chanter ses chansons préférées. À un mètre cinquante d’elle !

Elle sautillait sur son siège d’impatience lorsque les lumières à l’intérieur du Shed s’éteignirent et que les éclairages de la scène s’allumèrent. Tout le monde se leva d’un bond et il apparut. Son musicien préféré, jouant les premiers accords de « Carolina in My Mind ».

Des larmes lui montèrent aux yeux. Elle était tellement bouleversée, tellement reconnaissante envers Alec d’avoir fait cela pour elle. Elle enroula ses bras autour de lui, riant tout en le serrant dans ses bras.

— On dirait qu’il est assis dans mon salon et qu’il ne joue que pour moi.

Elle était tellement soulagée de le voir lui rendre son sourire. Peut-être qu’il pourrait vraiment supporter ce concert.

— Merci.

— De rien.

Il désigna la scène du menton.

— Maintenant, profite du spectacle, comme tu l’as promis.

Oh, comme elle en profitait. Elle avait vu l’émission spéciale de PBS de James Taylor, bien évidemment, et elle avait regardé des extraits de ses autres concerts en ligne. Mais pouvoir l’écouter pour de vrai alors qu’il chantait « Sweet Baby James », « Country Road » et « Show the People » …

C’était le plus beau cadeau qu’elle ait jamais reçu.

Elle débordait de joie, plus heureuse que jamais. Puis, les lumières furent encore plus tamisées et le groupe sortit de la scène, laissant James seul pour chanter l’un de ses plus grands tubes. « Fire and Rain ». La chanson que William Sullivan avait jouée en boucle quand sa femme était décédée.

Cordelia détourna le regard de la scène, ayant besoin de s’assurer qu’Alec allait bien.

Mais il avait disparu.

Bondissant sur ses pieds, elle se dirigea vers la sortie, se réprimandant à chaque pas pour s’être permis de se perdre dans la musique. Elle n’aurait même pas dû le laisser entrer, elle aurait dû insister pour qu’ils partent dès qu’elle avait compris ce qu’Alec avait prévu.

Il était grand et imposant, elle put donc distinguer sa silhouette tandis qu’il passait à travers la foule sur le gazon. Mais il faisait assez sombre pour qu’elle craigne de le perdre. Elle accéléra. Elle courait à présent, se fichant des gens qui pensaient certainement qu’elle était folle.

Il y avait des haut-parleurs pour que les gens qui pique-niquaient puissent entendre la musique. Ce qui signifiait que même après avoir quitté leurs sièges, il était impossible d’échapper aux paroles que James Taylor chantait, disant qu’il n’arrivait pas à croire que la femme qu’il aimait était partie et qu’il ne pourrait plus jamais la revoir.

Alec s’arrêta enfin au bout du gazon et elle courut jusqu’à lui. Il lui tournait le dos et quand elle posa délicatement une main sur son dos, elle sentit son cœur battre violemment sous sa paume.

Il ne se retourna pas immédiatement et lorsqu’il le fit, l’expression maussade de son visage la fit presque tomber à genoux.

— Alec.

Elle sentit les larmes monter de nouveau, mais ce n’était pas à son tour de pleurer cette fois, bon sang.

— Je suis vraiment désolée. Je n’aurais pas dû nous laisser rester pour voir ce concert. Je n’aurais pas dû t’obliger à écouter ces chansons.

Il resta silencieux pendant plusieurs longs moments. Puis, il répondit :

— Je devais t’amener ici.

Il tendit la main vers elle, passant une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Son contact fit zigzaguer une sensation en elle.

— Je savais que ça te plairait.

— Bien sûr que oui. Mais rien qui te fasse souffrir autant ne vaut la peine, Alec. Tu ne comprends pas ? Tout ce que je veux, c’est que tu sois heureux.

La manière dont il la regarda à ce moment-là… Elle n’avait jamais vu ce regard dans ses yeux. Elle n’avait jamais vu ce regard dans les yeux d’un homme. Pas pour elle.

— Je ne t’ai pas amenée ici parce que je savais que tu adorerais le concert, admit-il d’une voix dure. Je t’ai amenée ici parce que…

Il marqua une pause et durant ce bref moment de silence, elle ne put s’empêcher d’espérer désespérément qu’il prononce le mot de quatre lettres qu’il lui avait dit plus d’une fois qu’il ne prononcerait jamais.

— Parce que ? insista-t-elle d’une voix haletante.

— Tu me rends heureux.

Il passa un bras autour de sa taille, l’attirant contre lui.

— Plus heureux que tout et tout le monde.

La déception qu’elle n’avait aucun droit de ressentir l’étrangla. Il était évident qu’il n’allait pas dire qu’il l’aimait. Il avait dit dès le début qu’il ne cherchait pas l’amour. Jusqu’à ce moment-là, elle avait fait semblant de tenir compte de son avertissement, elle s’était sentie tellement forte parce qu’elle couchait avec lui et qu’elle continuait sa journée sans être affectée par leur nuit ensemble. En réalité, rien ni personne ne l’avait jamais affectée comme Alec Sullivan.

— Tu me rends heureuse aussi.

Elle s’obligea à lui sourire, même si elle put à peine étirer les lèvres.

— Peu importe ce qu’il se passe. Alec, je serai ton amie. Contre vents et marées. Dans les bons et les mauvais moments. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.

Ses vœux d’amitié envers lui étaient aussi importants pour elle que des vœux de mariage le seraient un jour envers quelqu’un d’autre. Cependant, l’idée que quelqu’un d’autre soit un jour aussi important pour elle lui retourna l’estomac.

Il posa son front sur le sien.

— Contre vents et marées, Cordelia. Dans les bons et les mauvais moments. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Je prendrai toujours soin de toi.

Une larme solitaire coula le long de la joue de Cordelia tandis qu’il prononçait ses propres vœux.

— Pour toujours.

Elle ne devrait pas vouloir sceller leurs promesses d’amitié d’un baiser. En particulier quand elle savait que coucher avec lui était une très mauvaise idée. Ils avaient pensé qu’ils pouvaient jouer avec la limite sans en payer le prix, mais ce n’était pas le cas. Elle ne pouvait pas. Elle avait mal au cœur en pensant qu’ils avaient passé leur dernière fois ensemble et qu’ils ne l’avaient pas su.

— Nous devrions partir, déclara-t-elle, s’obligeant à s’écarter de ses bras.

— Le concert n’est pas terminé.

— J’ai adoré, Alec. J’ai adoré chaque seconde.

Elle lui prit la main et se dirigea vers la sortie.

— Mais je suis prête à partir, maintenant. En particulier parce qu’il est tard et que nous avons de la route pour rentrer.

— En réalité, nous avons une réservation dans un Bed and Breakfast local. Mais c’est à toi de décider si tu veux l’utiliser.

— Pour une dernière nuit ensemble ?

Elle ne voulait pas qu’il y ait le moindre doute. Elle ne pouvait pas se le permettre, dans leur intérêt à tous les deux.

— Pour une dernière nuit ensemble, confirma-t-il d’une voix basse qui irradiait de désir et d’émotion. Je veux mémoriser chacune de tes courbes, Cordelia. Je veux capturer les doux petits sons que tu émets quand je touche et quand j’embrasse chaque partie de ta peau, pour pouvoir m’y accrocher pour toujours. Si tu me laisses faire, je m’assurerai qu’aucun de nous n’oublie cette nuit.

Il ne l’avait pas encore touchée, mis à part sa main qu’il tenait dans la sienne. Il lui avait simplement dit ce qu’il voulait, or cela était plus que suffisant pour que ses entrailles étincellent, grésillent et fondent pour lui.

— Je n’ai pas besoin de cette nuit pour ne pas t’oublier, avoua-t-elle, mais j’en ai envie quand même.

Puis, leurs bouches s’écrasèrent l’une sur l’autre dans un baiser qu’elle avait désiré toute la semaine.

* * *

Alec n’arrivait pas à y croire. Il n’arrivait pas à croire le mot qui venait presque de lui tomber des lèvres.

Aimer.

Il avait presque dit à Cordelia qu’il l’aimait.

Cela devait être dû aux émotions violentes que la chanson « Fire and Rain » avait provoquées en lui. Aux deux semaines folles qu’ils avaient eues. Au sexe époustouflant.

Quelle que soit la raison de la folie qui l’avait saisi sur le gazon de Tanglewood, il avait réussi à s’empêcher de le dire à voix haute. Cordelia méritait tellement plus qu’un homme qui ignorait ce que l’amour signifiait pour lui. En particulier quand il savait exactement ce que l’amour signifiait pour elle et qu’il était certain de ne jamais pouvoir lui donner ce qu’elle voulait ou ce dont elle avait besoin.

Suggérer le Bed and Breakfast était un effort ultime pour s’accrocher à elle, juste un peu plus longtemps. Il avait supposé qu’elle refuserait, mais tout comme elle l’avait surpris si souvent auparavant, elle le surprit de nouveau en acceptant.

Ensemble, ils montèrent les escaliers arrondis de la maison centenaire qui avait été transformée en Bed and Breakfast. Les meubles étaient anciens, le parquet luisait sous leurs pieds et le cœur d’Alec n’avait jamais battu aussi vite. Cordelia lui avait fait cet effet depuis le moment où il l’avait vue pour la première fois : elle l’avait déstabilisé en lui donnant envie de la protéger, de rire avec elle et de l’adorer.

Elle avait la clé et quand elle la fit entrer dans la serrure, il poussa le soupir qu’il avait retenu. Elle pouvait encore changer d’avis et bien entendu, il respecterait son choix si c’était le cas. Mais il priait pour qu’elle ne le fasse pas. Il ne restait que huit heures avant que le soleil ne se lève de nouveau. Huit heures qu’il espérait voir durer huit millions d’heures.

Sauf qu’autre chose attendait Cordelia dans la vie, à part un homme d’affaires cynique qui semblait avoir tout juste appris à être heureux. Après ce soir-là, il s’obligerait à la libérer pour qu’elle trouve le véritable bonheur avec quelqu’un d’autre.

Cependant, les huit heures suivantes étaient à eux. Ensemble, pour une dernière nuit de plaisir.

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