Comme de l'amour dans l'air: La Famille Sullivan, New York, tome 5 (French Edition)

Chapitre Trois

 

 

Les genoux de Cordelia lui faisaient mal à force d’être accroupie et ses mains endolories à force de creuser une parcelle de terre dure avec une pelle et une truelle, elle était recouverte de taches de terre. Elle s’était levée en même temps que le soleil et avait seulement pris une brève pause pour manger un bol de muesli. Elle n’avait jamais été aussi heureuse de tout le travail qu’elle avait abattu tous les jours pour construire son jardin et son entreprise.

Sans tout ce travail, elle aurait été seule avec bien trop de pensées et de questions.

Pour la seconde nuit d’affilée, elle avait à peine dormi, doublement assaillie par son père biologique et les raisons pour lesquelles il avait fait ça – et par des pensées pour Alec Sullivan.

Il était un homme d’affaires millionnaire. Le partenaire en affaires de son père biologique.

Et de loin le plus bel homme qui lui ait été donné de voir.

Même maintenant, seulement à penser à Alec, elle se réchauffait, et cela n’avait rien à voir avec le soleil brillant au-dessus d’elle. Il n’était pas son genre d’homme, elle n’avait jamais eu de sentiment pour ce genre de « roi du monde ». Et pourtant, elle avait réagi en sa présence d’une manière particulièrement féminine.

Plus que tout, elle avait été sidérée par l’empathie qu’il lui avait montrée.

Elle s’était attendue à ce qu’il s’excuse au nom de son père biologique. Mais quand Alec avait découvert qu’elle était restée dans l’ignorance à propos de Gordon jusqu’à la veille, il n’avait pas présenté d’excuses du tout. Et elle avait apprécié cela plus qu’il ne le saurait jamais.

Ce qu’elle n’aimait pas par contre, était le fait qu’il ne lui avait pas fait d’offre de rachat la veille. S&W Aviation lui semblait être une corde se resserrant autour de son cou. Plus longtemps il restait là, plus ce serait difficile de respirer.

Elle ne voulait réellement pas de cette affaire, et bien qu’elle sût que tout le monde la penserait folle, elle était extrêmement confuse à propos de l’argent aussi. Si elle l’avait gagné elle-même, ça aurait été une chose. Mais hériter d’une énorme somme de quelqu’un qui n’avait jamais voulu être dans sa vie ? Elle ne pouvait repousser le fait qu’elle avait l’impression que c’était de l’argent sale.

Comme des excuses arrivant vingt-cinq ans trop tard.

Comme une offre pour acheter son pardon.

Elle soupira quand elle retira ses gants épais pour repousser les cheveux qui s’étaient échappés de sa queue de cheval. Encore et encore, elle se rappelait qu’il n’y avait rien à pardonner. Beaucoup de bébés étaient donnés en adoption par leurs parents biologiques. Son histoire, un homme dépassé donnant son bébé après que sa femme soit morte en couche, n’était pas particulièrement spéciale. Et Cordelia ne voulait pas se plaindre de ses parents adoptifs, ils étaient géniaux.

Tout cela pour dire qu’il ne servait à rien d’être en colère, de se sentir blessée par le fait que Gordon Whitley n’ait pas trouvé le temps – ni l’envie – de traverser les cinquante kilomètres depuis son beau bureau pour la rencontrer.

Aujourd’hui, elle s’était promis de vendre sa moitié de l’entreprise à Alec Sullivan et ensuite de rapidement se reprendre en main et de passer outre ses sentiments blessés.

L’horloge ancienne qu’elle avait achetée dans un marché fermier sonna les douze coups de midi. En se relevant, elle essaya d’essuyer un peu de terre de son jean, ce qui aggrava seulement les choses. Elle était plus tentée qu’elle ne le devrait de rentrer en vitesse dans sa petite maison, prendre une douche et peut-être mettre une petite robe d’été pendant qu’elle y était.

Mais elle n’essayait pas d’impressionner Alec. Bien qu’elle ne pourrait pas le faire dans de meilleures circonstances, étant donné que des hommes comme lui ne jetaient pas même un regard à des femmes comme elle – ce dont elle était profondément reconnaissante. Elle aimait sa petite vie tranquille. Aimait vendre des pétunias, des plants de lavandes à des retraités et ensuite passer sa soirée à désherber et arroser son propre jardin.

Toutefois, ça ne voulait pas dire qu’elle devait être pleine de transpiration, et dans tous ses états quand il arriverait. Un nouveau t-shirt ne serait pas une trop grande concession. Heureusement, elle avait tout un stock de t-shirts du CENTRE JARDIN LANGLAY dans sa réserve pour les fois où ses employés à temps partiel oubliaient d’apporter les leurs.

Elle se dirigeait vers le bâtiment principal, qui avait les caisses et les objets à offrir qu’elle ne pouvait laisser au soleil quand Brian arrivant en courant vers elle. Il travaillait trois demi-journées par semaine et étudiait pour obtenir son propre diplôme en botanique.

— Cordelia, je viens de recevoir un message de mon professeur. Il dit que je peux me représenter à mon examen aujourd’hui, mais seulement si je peux y être dans quinze minutes. Tu sais que je déteste te laisser en plan comme ça.

— La matinée a été calme en caisse, répondit-elle avec un sourire. Va avoir un A à ton examen, et on se revoit jeudi.

Il sourit.

— Comme je le dis toujours, tu es la meilleure cheffe qu’un homme puisse avoir.

En regardant Brian s’éloigner à grandes foulées sur des jambes semblant trop longues pour lui, Cordelia eut l’impression d’avoir beaucoup plus que cinq ans de plus que lui. C’est étrange comme les choses peuvent changer en quarante-huit heures. Elle ne comprenait pas pourquoi Alec ne s’était pas senti prêt à lui faire une offre de rachat la veille, peut-être que lorsqu’elle aurait mentionné dans des termes plus clairs qu’elle ne voulait pas de sa moitié de l’entreprise, il comprendrait.

Elle avait presque atteint la réserve quand son attention fut attirée soudainement par un éclair de lumière se reflétant sur quelque chose dans la grange. Elle protégea ses yeux contre le miroitement de la lumière seulement pour se rendre compte qu’Alec Sullivan était debout à quelques mètres devant elle.

— Bonjour, Cordelia.

Sérieusement, elle ne devrait pas avoir la chair de poule simplement en l’entendant prononcer son nom. Et aussi, quel genre de millionnaire arrivait à l’avance pour rencontrer le propriétaire d’une boutique de jardinage ? Assez tôt pour la surprendre en sueur et sale comme elle ne voulait pas l’être devant lui. N’avait-il pas des diamants à acheter ou des entreprises à racheter ? De plus, elle s’attendait à le voir dans un costume, pas dans une paire de vieux jeans et un t-shirt dévoilant trop bien les muscles de ses bras et de ses épaules ainsi que des abdominaux aussi durs que le roc – elle pouvait facilement le deviner. Il portait même des bottes de travail éraflées, comme s’il savait ce que c’était que de mettre les mains à la pâte. Le savait-il ? Et pourquoi s’en préoccupait-elle alors que le plan d’origine était de résoudre leur association temporaire et ensuite partir chacun de leur côté le plus vite possible ?

— Bonjour, Alec.

Son esprit se vida après ça. Elle n’était pas la personne la plus bavarde du monde – sauf quand on parlait de ses plantes adorées – mais les conversations n’arrivaient jamais à ce point. D’un autre côté, qu’avaient-ils à se dire mis à part tomber d’accord sur quelques rares données financières ? – Je suis certaine que vous êtes très occupé, finit-elle par dire, et puisque je n’ai pas de clients ayant besoin de mon aide pour le moment, pourquoi ne pas aller directement…

— Cordelia, chérie ! surgit une élégante dame aux cheveux grisonnants, je suis enfin prête à refaire tout le jardin avant de ma maison. Sans pelouse, avec des fleurs. J’espère que vous avez du temps pour vous asseoir avec moi et en discuter.

Belinda Billingsworth était l’une des meilleures clientes de Cordelia et aussi une des plus exigeantes. Elle changeait constamment les platebandes, ce qui était habituellement une très bonne chose.

— Belinda, c’est une très bonne nouvelle, dit Cordelia avec le sourire. Je serai en réunion pour la prochaine heure, mais dès que ce sera fini, je serai toute à vous.

— Excusez-moi, quelqu’un pourrait m’aider à mettre dix gros sacs de terre dans mon chariot ?

Une autre vieille dame que Cordelia ne reconnut pas leur faisait signe de l’autre côté du sentier pavé.

— Je serai ravi d’aider, intervint Alec.

Avant que Cordelia puisse dire à Alec que son offre était gentille, mais pas nécessaire parce qu’elle pouvait d’en charger toute seule, il se dirigeait vers la femme et ses sacs de terre, semblant aussi à l’aise dans la jardinerie que dans son bureau luxueux entouré de ses avions valant des milliers de dollars.

— Où avez-vous trouvé votre nouvel homme de main ? ronronna Belinda.

— Il ne travaille pas pour moi, mentionna Cordelia avant qu’elle puisse penser au flot de questions que ça susciterait.

— Un nouveau petit-ami, alors ?

Elle remua les cils.

— Il est bien plus bel homme que le dernier, c’est sûr. Et je parie qu’il sait utiliser ses grandes mains fortes, si vous voyez ce que je veux dire.

Cordelia pouvait sentir ses joues rougir et avait du mal à trouver un moyen d’expliquer la présence d’Alec… Quand elle se rendit soudain compte qu’il était revenu par l’arrière de la grange et avait certainement entendu la fin de la phrase de Belinda.

— Mme Angelo avait une question sur la meilleure terre à utiliser dans une zone mi-ombragée et humide.

Sa question était simple, mais ses yeux étincelaient de ce qu’on pouvait qualifier de malice.

Le cœur de Cordelia battait bien trop fort.

— Le mélange limoneux et du sable.

— Super, merci.

À en juger par sa voix traînante, il avait sans aucun doute remarqué ses joues rouges et la vitesse de son pouls.

— Je vais lui dire.

— Alec.

Elle posa une main sur son bras pour l’arrêter, puis la retira comme s’il était brûlant. Ce qui était le cas. Parce qu’il était si chaud. Et ses muscles si durs. Et que tout chez lui était appétissant de manières qu’elle ne devrait pas imaginer.

— C’est très gentil d’aider, mais si vous me laissez quelques minutes, je vais m’occuper des choses ici et ensuite nous pourrons parler.

— J’ai un cousin qui travaille dans la vente au détail, alors je sais me servir d’une caisse. Je vais m’occuper de Mme Angelo et de toutes les personnes qui ont besoin d’aide pendant que vous vous occupez de…

Il tendit une main à Belinda.

— Je suis Alec.

— Belinda Billingsworth.

Elle ne fut pas timide dans son appréciation.

— N’êtes-vous pas un rêve pour venir mettre la main à la pâte avec votre petite-amie comme ça ?

— Nous ne sommes pas ensemble !

La protestation de Cordelia sortit trop forte, trop stridente, presque désespérée.

— Alec et moi avons seulement des affaires à régler, c’est tout. Essayant de se reprendre, elle se tourna vers lui et dit :

— Ce serait génial si vous pouviez aider un petit peu, merci. Je viendrai vous retrouver dès que je peux.

Avec un hochement de tête, et un autre sourire pour Belinda, il retourna vers la cliente qu’il était en train d’aider. Belinda ne détourna pas le regard de son derrière recouvert de denim, et honnêtement, Cordelia y parvint à peine.

— Il est parfait pour vous, vous savez, dit l’autre femme alors qu’elles se dirigeaient vers le petit bureau de Cordelia.

Cette dernière n’aimait pas se disputer avec ses clients, mais elle devait préciser.

— J’ai rencontré Alec seulement hier. Et les circonstances sont si étranges que je peux vous promettre que nous n’allons pas commencer à sortir ensemble. Ni maintenant ni plus tard.

— Tout ce que je sais, répliqua Belinda en s’asseyant sur un des fauteuils rose pâle du bureau de Cordelia, c’est que la dernière fois qu’un homme m’a regardée comme ça, j’ai fini par l’épouser.

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