Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Audrey C. · Chapitre 1 sur 38

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Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Résumé du tome 1

 

4035, l’année du grand changement, du deuxième Big Bang. Mais cette fois, l’être humain fait partie de toutes ces espèces qui ont disparu de la surface de la Terre.

4035, l’année de naissance d’une race nommée Biorphée, censée transformer le monde, l’améliorer. Lui rendre toute sa splendeur d’antan, avant l’arrivée des Hommes.

Au départ tout se passait bien, mais cette nouvelle lignée a commencé, au fil des ans, à prendre le même chemin que les humains, préférant le pouvoir et la liberté à la survie de sa planète. Aussi, Gaïa, la Terre-Mère, a donné aux Biorphées un délai de cent ans pour apprendre à vivre avec ce qu’elle leur offre, sans chercher à obtenir le prestige qui les amènerait sans conteste à souffrir de leurs actes.

En 5032, moins d’un an avant l’échéance conférée par Mère Nature, Edenna, la fille du chef du village du Nord, va essayer par tous les moyens de faire entendre raison à sa créatrice pour la convaincre de la valeur de sa race. En dehors des quatre villages principaux qui ornent la planète, celui du Sud, du Nord, de l’Est et de l’Ouest, il existe une autre population : les rebelles. Ces derniers sont les ennemis des villages depuis des siècles et tentent de renverser le système politique afin de s’emparer du pouvoir.

Cependant, Gaïa n’a pas juste donné un ultimatum aux Biorphées. Elle les a aussi informés que seuls les élus seraient capables de tous les sauver : une personne tournée vers la lumière ainsi qu’une autre, plus obscure, capables de voir au-delà de la Terre elle-même. Depuis toute petite, Edenna voit des choses. Des visions lui apparaissent, sans qu’elle puisse les contrôler. En même temps que l’arrivée de celles-ci, elle a découvert qu’elle pouvait communiquer avec la Terre-Mère. Pas uniquement avec des ressentis ou divers signes de la nature, mais bel et bien avec des mots, dans son esprit.

Un jour, après avoir vu la prophétesse Saphiana, alors qu’Edenna va à la rivière qui sépare son village de celui des humains pour réfléchir, , elle se fait attaquer par des rebelles. Mais tandis qu’elle se croit perdue, seule face à quatre hommes imposants et armés, Ashton vient à son secours. Il se présente comme un solitaire qui ne connaît presque rien du Nouveau Monde, habitué à vivre seul depuis la mort de ses parents, des années plus tôt. Reconnaissante qu’il lui ait sauvé la vie, Edenna ne peut se résoudre à l’abandonner. Aussi, elle lui propose de venir habiter à leur côté dans le village du Nord. Il accepte, lui laissant un mois pour le convaincre du bienfondé de leur société. Si à la fin, il en ressent l’envie, il restera avec eux. Mais si ce n’est pas le cas, alors il disparaîtra de leur vie.

Une semaine après l’intégration d’Ashton, un tremblement de terre survient. Un douloureux moment durant lequel Edenna prend conscience du fait que leur existence arrive à son terme. Ashton, de son côté, qui fait en fait partie des rebelles, commence à avoir des doutes concernant les accusations portées par ces derniers sur les différents villages.

Peu après, Heni, l’ami d’enfance d’Edenna, devient fou en apercevant cette dernière et Ashton se rapprocher. La jalousie l’aveugle, à tel point qu’il reproche à Edenna de séduire le guerrier sous ses yeux pour le faire souffrir. Comme la jeune femme le nie totalement, Heni se met en colère et déblatère des immondices à Edenna dont le cœur s’effrite de tristesse en voyant son meilleur ami la traiter de cette façon. Alors qu’elle rentre chez elle, bouleversée, elle retrouve Ashton qui, à sa grande surprise, la réconforte.

Alors qu’ils passent un moment agréable, Knut, l’une des sentinelles qui surveillent les abords du village, hurle à l’aide. Ils découvrent avec effroi qu’il soutient un messager du village de l’Est nommé Rolf. Son peuple a subi une tragédie ; une tornade a décimé une grande partie des siens, y compris leur chef. Edenna et Ashton décident de partir en expédition pour leur porter secours.

Durant leur voyage, tous les deux se rapprochent, même s’ils tentent de repousser ce nouveau sentiment qui monte en eux.

Une nuit, alors qu’Edenna est profondément endormie, Ivar rend visite à Ashton pour s’enquérir de la situation. Après une courte discussion, le jeune guerrier donne son accord pour enclencher la deuxième phase de leur plan. Mais il commence à se poser des questions, à avoir des doutes.

En aparté, Grigore, le fils du chef des rebelles, devient de plus en plus hargneux et ne supporte plus l’intérêt de son père, Viktor, pour Ashton. Celui-ci lui a tout pris : sa place de fils et de chef des rebelles. Et à présent, il s’apprête également à s’accaparer Edenna, la femme qu’il convoite depuis des années. Il n’a pas l’intention de se laisser faire.

Un matin, Ashton et Edenna se réveillent dans les bras l’un de l’autre et le jeune homme l’embrasse, sans prévenir. Mais lorsqu’ils se séparent, Ashton se lève et adopte une attitude des plus froides envers Edenna qui ne comprend pas ce qu’il se passe.

Un peu plus tard, tandis qu’ils reprennent leur route en direction du village de l’Est, ils entendent des hennissements et trouvent un cheval coincé dans un piège au milieu de la forêt. Mais cet animal est beaucoup plus féroce qu’à l’époque des humains. Plus grand, plus robuste et plus agressif, il est une véritable menace pour les Biorphées. Toutefois, même alors qu’Ashton tente de l’en empêcher, Edenna se sent attirée par la bête. Cette dernière s’apaise d’ailleurs à son approche, ce qui est tout simplement inédit. Edenna la laisse avancer et poser sa paume sur sa tête. Une fois leur peau en contact, une lumière éblouissante les enveloppe avant de disparaître, aussi vite qu’elle est apparue. Et à l’endroit où se situait la main d’Edenna, une tache blanche macule le pelage du cheval, qui s’incline devant la jeune femme, en signe de soumission. À partir de là, Lyra, comme Edenna l’a nommée, ne fait que les suivre, refusant de s’éloigner d’elle.

Deux jours plus tard, Edenna fait un rêve bouleversant. Elle se trouve dans le monde des humains, au milieu d’une foule, sur une place immense. Tout est calme lorsque, tout à coup, des missiles explosent autour d’elle. L’un d’eux atterrit à deux pas d’elle, la projetant violemment quelques mètres plus loin. Alors qu’elle tombe dans l’inconscience, une femme apparaît devant elle : Gaïa. Cependant, son visage se transforme en celui d’Andréa, une jeune humaine. Puis il devient le sien. Avant de redevenir celui d’Andréa. C’est là qu’elle comprend qu’elle est la réincarnation d’une humaine : Andréa. Dans cette autre vie, elle était amoureuse de Baptiste et, ce jour-là, elle devait le retrouver pour passer la soirée avec lui. Mais les bombes ont éclaté, les séparant et le tuant certainement.

Lorsqu’elle se réveille, Ashton la réconforte et lui apprend qu’il a lui aussi des visions. Toutefois, quand elle lui demande s’il peut communiquer avec Gaïa, et donc s’il est le deuxième élu, il répond par la négative. Il ne veut pas qu’elle sache. Personne ne doit être au courant. Parce qu’il refuse de trahir son père défunt. Malgré tout, il promet à Edenna de l’aider à trouver le deuxième élu. Après qu’Edenna lui a raconté son rêve, Ashton prend conscience qu’il est également la réincarnation d’un humain : Baptiste, le bienaimé d’Andréa. Lui aussi dans ses songes se retrouve dans la peau de cet homme, et à chaque fois, Andréa est dans ses pensées. C’est un véritable choc pour lui.

Pendant ce temps, le village du Nord se fait attaquer. Solveig, le chef, tente avec ses hommes, de repousser leurs assaillants, mais c’est peine perdue. Ils sont bien trop nombreux et déterminés. Par conséquent, lorsque Viktor menace de tuer sa femme et son fils, il abdique. C’est alors que le chef des rebelles prend un malin plaisir à lui apprendre qu’en réalité Ashton est son espion et qu’Edenna est l’une des deux élus de la prophétie.

En parvenant au village de l’Est, Ashton et Edenna ne trouvent que des débris et des corps en décomposition. Et contrairement à ce que Rolf leur a affirmé, il n’y a aucun survivant. Lorsqu’Edenna demande à Gaïa la raison de toutes ces morts, elle lui répond que cela devait arriver. C’en est trop pour Edenna. Ces innocents n’avaient pas mérité de périr ainsi. Prise d’une douleur sourde devant cette injustice, elle hurle de toutes ses forces à Gaïa de sortir de sa tête, ne supportant plus de l’entendre après tout ce qu’elle a fait. Après toutes les souffrances qu’elle a causées.

Soudainement, un mauvais pressentiment envahit Edenna et elle décide de repartir au plus vite chez elle. Mais en arrivant… Viktor, le chef des rebelles, les attend et, avec l’aide de ses sbires, oblige Edenna à se rendre. À présent qu’il a décimé son peuple, il devient le nouveau dirigeant du village du Nord ainsi que de ses survivants. Et donc d’Edenna.

Étrangement, personne ne se préoccupe d’Ashton, comme s’il n’existait pas. C’est ainsi qu’elle apprend qu’il est en réalité un espion et qu’il s’est servi d’elle pour arriver à son but : l’éloigner des siens et affaiblir ces derniers pour les attaquer. Edenna se sent blessée au plus profond d’elle-même, autant pour avoir mené ses proches à la mort que pour avoir tant donné à Ashton.

Quand elle demande à voir son père, Grigore l’amène, défiguré et en sang. Elle n’a alors pas le temps de lui dire quoi que ce soit que Viktor lui tranche la gorge. Sous la rage et la douleur, Edenna se débat pour tenter de se dégager de la prise de ses ennemis. Viktor menace alors de s’en prendre à Askel, son petit frère, c’est pourquoi elle abdique, brisée. Elle ne peut pas courir le risque de le perdre, lui aussi.

Pendant ce temps, Saphiana, la prophétesse, se dirige d’un pas déterminé en direction du Sud. Quelques jours plus tôt, elle avait eu une vision de l’attaque avant qu’elle ne survienne et a décidé de s’enfuir. Gaïa lui a demandé d’aller vers le Sud, vers la mer, sans qu’elle en comprenne vraiment la raison. Tout ce qu’elle sait, c’est que c’est là-bas que les élus la retrouveront et qu’elle devra les guider. Car tel est son rôle.

 

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Le cœur de la jeune femme est sur le point de s’arrêter dans sa poitrine. Son souffle est erratique, irrégulier et lui arrache les poumons à chaque inspiration. Ses pas foulent le sol à une telle vitesse qu’elle manque de s’effondrer à plusieurs reprises. Le chaos fait rage autour d’elle. Les bombes explosent, les gens hurlent, les bâtiments s’écroulent, la terre tremble.

 

La guerre n’a éclaté que depuis quelques heures, et pourtant, elle a la sensation que cela dure depuis des années. Le ciel est noir au-dessus de sa tête tandis que le paysage qui l’entoure est aussi sombre que la nuit à cause de la suie et de la pollution. Plus les minutes défilent et plus il devient difficile de respirer.

Courant le plus vite possible vers la sortie de la ville, qui sera son cercueil si elle ne bouge pas d’ici, la jolie brune garde les yeux fixés devant elle pour ne pas regretter et fait demi-tour. Partout, elle croise des hommes inertes et déchiquetés. D’autres la supplient de les aider parce qu’ils sont visiblement trop faibles pour avancer tous seuls.

Mais elle ne peut pas… car sinon, c’est elle qui va mourir.

Des larmes de frustration et d’impuissance coulent le long de ses joues, creusent des sillons et nettoient sa peau de toute cette saleté qui s’accumule sur son corps depuis la première explosion. Son champ de vision se brouille et cela devient de plus en plus difficile de voir devant elle. Elle est obligée de s’arrêter quelques secondes pour frotter ses yeux énergiquement, faisant fi de la souffrance qui l’assaille à cause des particules de suie qui l’irritent. La jeune femme en profite pour tenter de reprendre son souffle. Entre la pollution et l’effort qu’elle vient de fournir, elle a l’impression que ses poumons sont en feu et qu’ils ne vont pas tarder à exploser dans sa poitrine. C’est si douloureux qu’elle se courbe en avant.

Soudain, une nouvelle détonation résonne à quelques mètres de la jolie brune et elle est projetée contre le mur d’un immeuble. Un gémissement s’échappe de ses lèvres. Des hurlements de terreur mêlée de souffrance se font ensuite entendre et lui glacent le sang.

Sans perdre davantage de temps, elle se relève et se remet à courir. Les larmes coulent le long de ses joues. Il n’est pas question qu’elle meure ici, pas alors que son existence a à peine débuté. À seulement vingt ans, elle a toute la vie devant elle. Du moins, c’est ce qu’elle croyait jusqu’à il y a quelques heures.

La jeune femme a toujours aimé évoluer au jour le jour, sans se préoccuper des conséquences de ses actes, profitant de ce qui se présentait à elle sans aucune limite. Après tout, on ne vit qu’une fois. Mais à présent, elle se demande si elle n’aurait pas dû faire plus attention à ce qu’elle laissait derrière elle. Même si elle ne le souhaitait pas, elle a fait du mal à beaucoup de monde à cause de ses choix, très souvent impulsifs. Pourtant, malgré toutes ses mauvaises actions, elle ne pense pas mériter pour autant de périr aujourd’hui. Pas plus que ces centaines, voire milliers, de personnes qui tombent les unes après les autres sous les projectiles lancés par voie aérienne. L’armée n’est pas encore intervenue et ne servira sûrement à rien. S’ils ne se dépêchent pas, ils seront déjà tous morts avant qu’ils ne les rejoignent. Peut-être s’en foutent-ils, d’eux. Après tout, ils ne sont que de simples civils et pas des personnalités importantes dans la société.

Depuis des années maintenant, les guerres font rage dans le monde et détruisent tout sur leur passage. La jeune femme les suit de loin, à travers l’écran de sa télé ou bien de son téléphone pour se tenir informée de l’actualité. Toutefois, à aucun moment elle ne s’attendait à ce que cela lui arrive, à elle-aussi, ni à ce qu’elle se retrouve en plein milieu d’un champ de bataille, à fuir pour sa survie alors qu’elle ne sait rien de l’état de ses proches.

Un cauchemar.

C’est un véritable cauchemar.

Mais cette fois, il ne lui suffit pas de se réveiller pour qu’il s’évanouisse et disparaisse de son esprit.

Quand, enfin, la jeune femme atteint les abords de la ville, elle sent le soulagement l’envahir. Elle arrive au bout. Plus que quelques kilomètres et elle sera en sécurité. Du moins, le temps de se ressaisir, car elle doute que la guerre ne s’arrête aux grandes cités.

Une bonne heure de course effrénée plus tard, elle s’enfonce dans la forêt qui lui fait face, soufflant aussi bruyamment qu’un bœuf. À bout de force, elle finit par s’effondrer au milieu des feuilles mortes et de la mousse qui entoure les arbres. Sa tête tourne, elle est incapable de bouger. Durant de longues minutes, elle reste allongée sur le sol boueux, les paupières fermées. Ce n’est que lorsqu’elle se sent un peu mieux qu’elle s’autorise à se lever pour observer les ravages des bombes sur la ville. Si elle ne voit pas grand-chose à cause de la distance et des troncs d’arbres, la fumée noire qui s’élève dans les airs, elle, ne passe pas inaperçue.

Le cœur au bord des lèvres, la jolie brune plisse les yeux pour tenter de distinguer autre chose et se crispe en remarquant que l’un des plus grands gratte-ciels est en train de s’effondrer dans un bruit qui se répercute jusqu’ici. Même les cris lui parviennent. Elle tombe à genoux. Seule, loin de tout ce chaos, elle prend enfin conscience de la situation et de ses conséquences. La vie paisible qu’elle menait jusqu’à présent s’écroule, en même temps que ses rêves. Tout ce qu’elle a toujours connu vient de partir en fumée, sauvagement détruit par des âmes sans cœur.

Un hurlement de souffrance lui échappe alors que de violents sanglots secouent chaque parcelle de son corps meurtri.

Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible.

Tremblante, en sueur, elle se répète ce mantra, comme pour tenter d’écarter toutes ces images de mort de son esprit. Mais cela ne fonctionne pas. Au contraire, le visage de Baptiste s’insinue dans sa tête. Ils devaient se retrouver lorsque les premières bombes ont explosé. A-t-il survécu ? Si elle voudrait le croire, elle ne se fait pas d’illusion. C’est un miracle qu’elle-même ait réussi à s’échapper vivante de ce chaos.

Le cœur de la jeune femme se serre et elle pousse un second cri en imaginant l’homme qu’elle aime depuis tant d’années éteint. À la simple idée de ne plus le revoir, tout son être se tend de douleur. Plus jamais elle ne contemplerait son sourire. Plus jamais elle ne l’entendrait lui dire qu’il l’aime. Plus jamais il ne râlerait après elle lorsqu’elle commettrait une erreur. Plus jamais il ne la toucherait. Plus jamais il ne serait près d’elle.

— BAPTISTE ! s’époumonne-t-elle désespérément en sentant mon cœur se briser.

Tout à coup, le décor autour d’elle se modifie alors qu’elle cligne des paupières, trempée de larmes et de sueur. La forêt disparaît pour laisser place à une grotte sombre et humide. Les bras attachés à des lianes fixées dans la roche, elle a le corps penché en avant et la tête qui retombe mollement sur son torse. Un geignement lui échappe.

L’esprit embrouillé, Edenna se remet avec difficulté de cette vision du passé d’Andréa.

De son passé.

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La tête d’Edenna la fait souffrir et une douleur atroce au niveau de sa tempe gauche lui donne la nausée. En ouvrant les yeux, le décor vacille autour d’elle, si bien qu’elle n’arrive plus à se retenir et se vide à même le sol sous les soubresauts incontrôlables de son estomac. Lorsqu’elle se sent enfin mieux, elle tente d’accommoder ses prunelles à la luminosité de la pièce dans laquelle elle se trouve. Vraisemblablement, il s’agit d’une grotte. Les parois de pierre sont froides, dures sous son corps. Ses cheveux, poisseux, lui collent au visage et la sueur dégouline de son front ainsi que le long de son échine. La légère brise qui arrive de l’entrée de la cavité la fait frissonner et, pour essayer de se réchauffer, elle se recroqueville comme elle le peut sur elle-même.

 

L’esprit encore embrumé, la guerrière tente de se remémorer les derniers événements survenus avant qu’elle ne tombe dans l’inconscience. Au souvenir de son village détruit, des corps de ses amis morts ainsi que de son père violenté puis sauvagement égorgé, un misérable couinement de souffrance s’échappe de ses lèvres. Cependant, alors que les larmes menacent de couler, elle les ravale. Il n’est pas question qu’elle montre un signe de faiblesse à ses ennemis.

— Tiens, la jolie princesse est réveillée, déclare soudain une voix doucereuse tout près d’elle.

Vivement, la jeune femme se lève et se retourne pour faire face au nouvel arrivant. Grigore, le fils de Viktor, le chef des rebelles, se tient devant elle, aussi ténébreux et machiavélique que lorsqu’ils se sont rencontrés. Combien de temps est-elle restée inconsciente ? Elle ne saurait le dire. L’obscurité de la grotte lui laisse penser qu’ils sont encore en pleine nuit. Mais comme elle ne voit pas la lune, elle ne peut pas estimer l’heure qu’il est. Cela peut aussi bien faire quelques heures qu’elle est enfermée ici, que quelques jours. Son ventre se serre à cette pensée. Ne pas savoir la frustre au plus haut point. C’est presque pire que ses différents cauchemars.

Grigore pose son épaule contre la paroi rocheuse et la lorgne de son regard appréciateur. Si Edenna est encore habillée de ses vêtements de peaux, elle a la sensation d’être mise à nue, ce qui est désagréable.

Relevant le menton pour le défier, elle l’interroge de sa voix la plus sèche :

— Où suis-je ? Et où avez-vous emmené les miens ?

— Les nôtres, tu veux dire. Je te rappelle que mon père a vaincu le tien et a ainsi pris sa place en tant que chef.

Les poings de l’élue se serrent. Si elle avait eu son arc et son carquois à portée de main, elle aurait décoché plusieurs flèches droit dans son cœur, sans aucune hésitation. Après tout, lui n’en a pas eu lorsqu’il a traîné son père meurtri jusqu’à elle.

Amusé par la rage qui brille dans les prunelles de la détenue, Grigore ricane avant de pousser un sifflement strident à l’aide de son index et de son pouce. Quelques secondes plus tard, trois hommes à la carrure impressionnante le rejoignent. La cavité semble rétrécir drastiquement, tant ils en imposent par leur prestance et leur taille. Parmi eux, la jeune femme reconnaît Viktor et Ashton. Elle a déjà vu le troisième lorsqu’elle a été piégée, mais ne connait ni son nom ni sa fonction dans la communauté rebelle. Mais peu lui importe d’en savoir plus sur cet homme dont le regard implacable fait froid dans le dos.

Toute l’attention de la guerrière est focalisée sur le plus jeune d’entre eux, après Grigore : Ashton. Ce dernier a les yeux rivés aux siens, aussi glacials que lorsqu’ils se sont rencontrés, il y a un peu plus d’un mois. Les traits de son visage sont tirés et expriment une telle dureté qu’Edenna en frémirait presque. Mais ce n’est pas le cas. À présent, elle n’a plus peur de lui. Quelle que soit sa dangerosité, il ne lui inspire plus qu’un simple et unique sentiment : le dégoût.

La nausée l’envahit de nouveau au souvenir des moments de tendresse qu’ils ont partagés. Du baiser qu’ils ont échangé. Comment a-t-elle pu être aussi naïve ? Les solitaires sont rares dans leurs contrées et généralement de nature craintive, asociale et agressive. Ashton était bien trop aguerri pour en être un. Il n’y a qu’à voir la farouche détermination et l’assurance qui se reflètent dans ses iris bleu océan.

— Que fais-tu ici, traître ? crache-t-elle d’un ton venimeux.

Comme elle s’y attendait, il ne s’embarrasse pas d’une réponse et laisse son chef s’en occuper.

— Nous venons te proposer de te joindre à notre cause.

Sa demande est si surprenante, inattendue, qu’elle en reste éberluée un instant, les yeux écarquillés, avant d’éclater de rire.

— Vous plaisantez ? raille-t-elle. Vous pensez sincèrement que je vais intégrer votre communauté après ce que vous avez fait à mon peuple ? À ma famille ? À mon père ?

Contrairement à ce qui s’est passé lors de leur dernière rencontre, tout amusement a quitté le visage de Viktor qui la toise avec tellement de sérieux que tous les muscles de l’élue se tendent. Les petites ridules au coin de ses yeux sont accentuées sous le regard intense, implacable, qu’il pose sur elle.

— Ton père méritait de mourir, justice a été rendue. Ta mère et ton frère sont en sécurité parmi nous.

En entendant ces mots, un immense soulagement envahit Edenna de toute part. Si les liens ne retenaient pas son corps, elle se serait écroulée. Un instant, elle se demande également si Heni a pu survivre à cette bataille ou s’il a, comme son père, succombé. Cependant, au souvenir de leur dispute et des ignominies qu’il lui a lancées en pleine figure, elle se reprend. Elle ne doit plus penser à lui, quel que soit le sort qui lui a été réservé. Même s’il est encore en vie, ce qu’elle souhaite malgré tout au plus profond de son être, ils ne se recroiseront sûrement plus.

— Je veux les voir, ordonne-t-elle en se redressant, récupérant peu à peu de l’assurance.

Viktor semble étudier sa demande un instant, ses prunelles plongées dans les siennes. Enfin, après plusieurs longues secondes, il effectue un geste de la main et l’homme dont elle ne connaît pas l’identité sort de la pièce. Le temps qu’il revienne, la guerrière ne bouge pas et garde ses lèvres scellées, scrutant ses trois ennemis, tous les sens aux aguets, prête à se défendre s’il leur venait l’idée de l’attaquer. Mais tous trois restent aussi immobiles et silencieux qu’elle.

Lorsque, soudain, elle entend un petit cri d’enfant, elle se tourne sur sa droite, en direction de l’entrée de la grotte, et aperçoit Askel accourir dans sa direction.

— Edy ! s’exclame-t-il joyeusement avant de sauter dans les bras de sa sœur.

Cette dernière a à peine le temps de se stabiliser sur ses deux jambes qu’il enroule les siennes autour de sa taille et enfouit son visage dans son cou, tout tremblant.

— Tout va bien, mon cœur. Tout va bien.

Quand elle relève la tête, elle découvre sa mère qui s’approche lentement d’eux, les traits durs. De nouvelles rides sont apparues ces dernières heures. En apercevant la lueur triste dans ses yeux, la jeune femme se demande un instant si sa génitrice est au courant pour Solveig. Cependant, elle ne se sent pas la force de l’interroger, là, maintenant, dans cette situation et en présence d’Askel. Celui-ci est bien trop bouleversé pour apprendre que son père, celui qui l’a éduqué et tant aimé, n’est plus.

Les larmes montent de nouveau aux yeux de l’élue à la perspective de devoir lui dévoiler cette affreuse nouvelle. Néanmoins, elle les ravale bien vite, refusant de se montrer un signe de faiblesse. Qui plus est devant Askel. Il a besoin de soutien. Elle doit lui montrer qu’elle va bien et qu’elle ne compte pas abandonner.

Arrivée à leur hauteur, sa mère se contente de poser une main sur la joue d’Edenna pour la caresser avec tendresse avant de venir embrasser son front avec une telle douceur que ses paupières se ferment d’elles-mêmes. Une bouffée d’amour envahit la jolie brune alors qu’elle inspire profondément, humant son odeur si rassurante. Lorsqu’Astrid s’écarte, ses iris s’ancrent à ceux de sa fille. Une assurance ainsi qu’un soutien indéfectible sont lisibles dans son regard. La force de sa confiance en son aînée est telle que cette dernière a la sensation de pouvoir de nouveau respirer. D’un hochement de tête discret pour s’assurer de son appui, elle incite Askel à descendre de ses bras. S’il proteste un instant, il finit néanmoins par abdiquer en voyant l’expression des deux femmes. Il se tourne vers sa sœur pour lui chuchoter si bas que seules sa mère et elle, peuvent l’entendre :

— Je t’aime, Edy. Sors-nous de là.

Ébranlée, la concernée ne peut qu’acquiescer alors que Grigore, ennuyé par autant d’effusions, leur ordonne de le suivre en râlant. C’est comme si une nouvelle détermination l’avait envahie. Revoir sa famille, avoir pu les toucher, sentir leur odeur, lui a fait un bien fou. Plus qu’elle ne l’aurait pensé. Aussi, c’est avec plus de volonté encore qu’elle redresse les épaules, ses prunelles froides fixées dans celles d’Ashton, qui fronce légèrement les sourcils. Pour autant, il reste silencieux et laisse son chef parler.

— Bien. Comme tu as pu le voir, ton frère et ta mère vont bien.

— Ça ne change rien à ma décision. Jamais je ne vous rejoindrai de mon plein gré.

Les narines de Viktor se dilatent sous la colère.

— C’est ta dernière chance, Edenna, gronde-t-il d’une voix sourde où perce l’impatience.

Pas intimidée pour autant, l’élue se tait, les lèvres fermement scellées et l’expression pleine de défi. Sous la rage, le chef des rebelles frappe la paroi rocheuse de son poing avant de hurler :

— Tu continues à me provoquer ? Très bien. Tu vas découvrir ce qu’il en coûte. Consentante ou pas, tu vas me dire tout ce que je veux savoir, je peux te l’assurer.

Et avec des gestes si rapides que la jeune femme n’a pas le temps de les voir venir, Ivar et Ashton l’encerclent et emprisonnent ses bras pour l’empêcher de se défendre alors que Viktor la cogne à la tempe.

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