Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Audrey C. · Chapitre 20 sur 38

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Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Les mains crispées sur la crinière de…

Les mains crispées sur la crinière de Lyra, Edenna reste immobile un instant avant de capituler dans un long soupir de frustration. Même si elle souhaiterait qu’ils paient pour le mal qu’ils lui ont fait, Ashton et Heni ne méritent pas de mourir ainsi. De mourir tout court. L’expression plus dure que jamais, la guerrière jure et ordonne à Lyra de les rejoindre.

Si elle est tout d’abord récalcitrante, refusant de retourner au centre de l’incendie, elle finit cependant par abdiquer en hennissant férocement. À une vitesse surprenante, elle s’élance vers les deux hommes dont le soulagement transparaît sur le visage. Après avoir sauté au-dessus du tronc en feu, une deuxième fois, Lyra s’immobilise devant les deux Biorphées. Heni ne perd pas de temps et accepte la main qu’Astrid lui tend pour venir se hisser derrière elle. Ashton, quant à lui, ne bouge pas, son regard fixé à celui de la jeune femme. Il semble attendre son invitation. Désireuse de partir d’ici le plus vite possible, elle s’avance un peu sur la croupe de Lyra pour lui faire une place entre Askel et elle. Celui-ci s’exclame, apeuré :

— Vite, Ash, monte !

Cela doit le convaincre, car il se hisse aussitôt sur le cheval qui, à peine Ashton assis, se met à galoper à une vitesse phénoménale, manquant de tous les faire tomber. Par chance, ils sont bien plus petits que les humains et les chevaux plus imposants qu’autrefois. Aussi, bien qu’ils soient serrés, ils peuvent tous tenir sur le dos de la bête grâce à laquelle ils sont encore en vie.

L’élue sent avec une acuité dérangeante les mains d’Ashton sur son corps. Même s’il tente de se maintenir tout seul pour limiter les contacts avec elle, Lyra va si vite qu’il lui est impossible de ne pas s’accrocher. Le regard fixé devant elle, Edenna essaie d’ignorer la chaleur de sa peau à l’endroit où ses doigts la touchent et les picotements dans le bas de son ventre. Il faut qu’elle cesse de ressentir cet attachement envers lui.

Énervée contre elle-même, la guerrière serre les dents et se concentre sur le paysage qui défile, occultant tout le reste. Ashton ne mérite pas qu’elle se prenne la tête pour lui. Non, il mériterait qu’elle le pousse pour qu’il tombe au sol avant qu’elle ne s’enfuie très loin, le laissant là, seul…

En se rendant compte des idées sombres et inhabituelles qui s’insinuent dans son esprit, elle ferme un instant les paupières, pour se reprendre. Comment peut-elle penser une telle chose ?

« Tu devrais agir pendant qu’il est encore temps. Il est tellement facile de s’engouffrer dans les abîmes de la noirceur… »

Les paroles de Saphiana, quelques semaines plus tôt, lui reviennent en mémoire et lui glacent le sang. Comme elle avait raison ! À ce moment-là, Edenna n’avait pas vraiment saisi le sens de ses mots. Comme très souvent, d’ailleurs. Mais à présent, elle comprend. Depuis l’attaque, elle ressent en elle une certaine noirceur qui s’est accentuée avec la mort de son père et avec sa captivité. Les visions ne l’ont pas aidée, non plus. Cette part obscure semble grandir de jour en jour, sans qu’elle ne puisse rien faire. Et même si celle-ci a un côté réconfortant, l’élue avoue éprouver de la peur à l’idée de ne plus pouvoir la contrôler un jour. Malgré tout ce qu’elle a vécu, elle ne souhaite pas le mal autour d’elle.

Forte de cette pensée, la jeune femme se promet de faire plus attention à l’avenir. En revanche, même si elle a envie de se confier, les secrets qu’elle garde étant de plus en plus nombreux et pesants, il n’est pas question que ses proches apprennent ce qui lui arrive.

Durant les heures qui suivent, Lyra galope à toute allure, désireuse de s’éloigner le plus possible de cet incendie destructeur. Les arbres deviennent rares autour d’eux et très bientôt la forêt laisse place à de grandes prairies fleuries. Des collines apparaissent au loin et rendent le lieu encore plus magnifique. Les rayons du soleil luisent sur les pétales des fleurs et illuminent l’endroit. Ce dernier est si agréable à contempler que le petit groupe décide de s’arrêter un instant pour se reposer.

De ce fait, quand ils arrivent aux abords d’un tout petit ruisseau, Edenna intime à Lyra l’ordre de se coucher pour leur permettre de descendre. Souhaitant sûrement elle aussi faire une pause, elle ne se fait pas prier et pousse un hennissement qui sonne comme un soulagement. Une fois qu’ils sont tous à terre, ils plongent dans l’eau pour s’hydrater et nettoyer la suie qui macule leur peau et leurs vêtements pendant que Lyra broute joyeusement de l’herbe. La chaleur ambiante est élevée et ils n’ont pas froid lorsqu’ils se retrouvent tous en sous-vêtements, trempés.

En attendant que ceux-ci sèchent, ils s’installent au milieu des plantes hautes. Askel s’endort presque aussitôt contre sa mère, qui le berce avec tendresse. Heni s’allonge près de la guerrière, les bras croisés derrière sa tête, tandis qu’Ashton reste debout, adossé à Lyra, étonnamment immobile. Le regard du jeune rebelle ne quitte pas celui de la jeune femme. Visiblement, il attend qu’elle prenne la parole. Et comme elle souhaite connaître la raison de leur présence à leurs côtés, elle relève le menton pour lui demander avec véhémence :

— Qu’est-ce que vous faites ici ?

Assise en tailleur près de sa mère, elle observe Heni se redresser en entendant son ton peu amène. Ashton, quant à lui, est aussi impassible qu’à son habitude, l’expression indéchiffrable. Même ses yeux bleu océan ne trahissent aucune émotion. Le voir ainsi donne envie à Edenna de le secouer pour le faire réagir.

— Nous sommes en mission, finit-il par lui répondre de sa voix grave.

Les sourcils froncés, elle l’incite à lui en dire plus :

— Et quelle est-elle, cette mission ?

Comme il n’ajoute rien, Heni s’empresse de le faire avec une douceur surprenante après tout ce qu’il a balancé en pleine figure à l’élue, quelques semaines plus tôt :

— Toi.

— Comment ça ? arrive-t-elle à grincer malgré ses dents serrées pour contrôler sa colère montante.

Ashton reste silencieux encore de longues secondes avant de soupirer.

— J’ai été chargé de te surveiller. Tu ne croyais tout de même pas que Viktor te laisserait partir sans chercher à te retrouver ?

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