Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Audrey C. · Chapitre 8 sur 38

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Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

L’échéance arrive bientôt à son terme. Edenna…

L’échéance arrive bientôt à son terme. Edenna le sent dans ses tripes. Au fond d’elle, elle est certaine que c’est pour cela que ses visions se font plus violentes, intenses et fréquentes. Comme si Gaïa cherchait à lui transmettre un message autrement que par des paroles, puisqu’elle ne communique plus avec elle depuis des semaines maintenant.

 

Une douleur fulgurante l’assaille à cette pensée, dans sa cuisse droite. Un gémissement s’échappe de ses lèvres en voyant le visage de Martin apparaître devant ses yeux. Son compagnon de voyage la regarde avec inquiétude.

— Ça va aller, Andréa, murmure celui-ci d’une voix rassurante en appuyant avec force sur la blessure de sa jambe.

Un ennemi a tiré sur la jeune femme alors qu’ils allaient chercher Baptiste dans cette immense ville qu’est Paris. Peut-être n’était-il pas mort et pourraient-ils le ramener vivant ? Mais chacune de ces fichues rues est piégée, ce qui les empêche de faire plus de quelques centaines de mètres sans se retrouver sous un flot de balles. C’est déjà un miracle qu’ils soient encore en vie.

— Allez, viens, lui intime son compagnon en l’aidant à se relever. On ne peut pas rester ici, c’est trop dangereux. On rentre.

— Non ! Baptiste… réplique-t-elle d’une voix misérable.

À la simple idée de l’abandonner sans être certaine de ce qu’il est advenu de lui, le cœur d’Andréa se serre. Cela fait maintenant des semaines entières qu’elle vit dans l’indécision, ne sachant pas s’il est encore de ce monde. Et cela la tue à petit feu. Si seulement elle avait une preuve qu’il est bien mort, elle pourrait faire son deuil et passer à autre chose pour se tourner vers l’avenir. Mais en l’état actuel des choses, c’est impossible. S’il y a une chance infime qu’il ait pu survivre, alors elle est prête à n’importe quoi pour le retrouver et le ramener dans leur camp. Parce qu’il est tout pour elle. Il l’a toujours été. Même si elle ne le lui a pas assez dit…

— Baptiste n’est plus là, bon sang ! s’écrie Martin avec rage, la fixant de ses yeux noisette avec gravité. Il va falloir que tu te reprennes, Andréa, où nous allons tous mourir ici. Ton copain est parti, comme toute ta famille et des dizaines de millions de personnes ! Ce n’est pas le premier et pas le dernier. Alors, ressaisis-toi avant que l’on ne se fasse repérer.

Ses paroles sont si crues et directes que le cœur de la jeune femme connaît un raté dans sa poitrine. Il lui est impossible d’imaginer Baptiste mort. C’est inenvisageable pour l’instant ! Son souffle s’accélère jusqu’à devenir erratique sous la terreur. Elle n’a jamais été quelqu’un de fort ni de courageux, vivant sans cesse sur ses acquis et profitant de la vie comme elle venait, sans jamais se préoccuper du reste. Elle a toujours choisi la facilité. Alors devoir affronter tout cela lui paraît irréalisable.

Quand, soudain, le décor se transforme de nouveau pour revenir dans le présent, Edenna se sent tellement épuisée qu’elle lâche prise. Seuls ses liens l’empêchent de tomber à terre.

— Laissez-moi tranquille… Je n’en peux plus.

Tout ce qui l’entoure s’efface. Les murs de pierre disparaissent, le sol humide et boueux aussi. Étrangement, ce n’est pas une nouvelle vision qui s’impose à elle, cette fois, mais un vide absolu. Le néant, sombre et oppressant.

— Gaïa… ne peut-elle s’empêcher d’appeler d’une voix misérable.

C’est trop. La guerrière est épuisée. Elle est consciente que c’est elle qui a demandé à la Terre-Mère de quitter son esprit, mais aujourd’hui, elle le regrette amèrement. Jamais elle n’aurait pensé qu’elle le lui ferait payer d’une manière aussi cruelle.

Le froid qu’elle ressent s’intensifie et lui donne des frissons.

— Gaïa, s’il te plaît…

Le silence suit sa supplique. L’obscurité qui l’entoure noircit davantage et semble se refermer sur elle, comme une punition divine. En comprenant qu’il s’agit de Mère Nature qui est en train de la châtier à cause de ses paroles quelques semaines plus tôt, l’élue s’empresse d’ajouter, avec sincérité :

— Pardon, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…

Soudain, tout s’arrête. Une once de lumière lui éclaire le visage et perce la noirceur de l’endroit irréel dans lequel elle est prisonnière. Ou du moins, son esprit. Elle brille de mille feux et lui réchauffe instantanément le cœur.

Et c’est là qu’elle comprend.

Gaïa n’est jamais partie. Elle a toujours été présente, en elle, se contentant de ne plus agir dans son existence, comme elle le lui a demandé. Depuis qu’elle est née, elle fait partie d’elle et il en sera ainsi jusqu’à sa mort, qu’Edenna le veuille ou non. Comme elle ne parvenait pas à l’accepter, la Terre-Mère est intervenue avant qu’il ne soit trop tard.

Son but n’était pas de la faire souffrir… Non. Tout ce qu’elle souhaitait était que la jeune femme prenne conscience de la nécessité de son existence à travers elle. De même, lorsqu’elle a créé une tornade près du village de l’Est, ce n’était pas pour en tuer tous les habitants, mais pour les prévenir que l’échéance arrivait à son terme et que les rebelles allaient les envahir. Elle voulait qu’ils fuient pour qu’ils survivent… pas qu’ils se jettent dans la tempête et meurent sous la violence des vents !

Cette constatation est un tel soulagement que la guerrière laisse son être s’imprégner de cette lueur d’espoir et ferme les yeux, le cœur soudain plus léger. Avec douceur, mais une conviction sans borne, elle déclare d’une voix forte :

— Gaïa ! Je t’en prie… reviens !

« Je suis heureuse que tu aies enfin compris, jeune élue. »

Sans répondre à Gaïa, un petit sourire ravi se forme sur ses lèvres. Edenna aussi est heureuse. Un énorme poids quitte ses épaules car elle réalise qu’elle se bat bien pour leur survie à tous et pas pour leur perte.

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