Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Audrey C. · Chapitre 22 sur 38

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Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Les poings serrés, Edenna toise Ashton avec…

Les poings serrés, Edenna toise Ashton avec une haine palpable. En cet instant, elle ne sait pas ce qui la retient de lui planter son poignard dans le cœur. Une intense satisfaction s’empare d’elle quand il déglutit. Elle sourit.

— Tu dois me surveiller ou me ramener ? Si c’est la deuxième solution, sache que cette fois-ci je ne me laisserai pas faire. Moi en vie, je ne me retrouverai plus jamais entre vos mains. Tu devras me tuer.

La déclaration de la jeune femme semble lui couper le souffle, car son thorax reste immobile un instant avant de se remettre à bouger normalement. En revanche, ses traits n’expriment toujours aucune émotion. Sa maîtrise de lui-même est impressionnante, elle en est presque jalouse.

Astrid et Heni suivent leur échange avec grande attention, sans toutefois réagir. La tension entre Ashton et elle est si palpable qu’ils n’osent pas intervenir, de peur de s’attirer leurs foudres.

— Je ne compte pas te ramener là-bas, Edenna.

Le ton de l’homme qui lui fait face est si doux que la réplique de la concernée reste coincée dans sa gorge. Elle voudrait lui hurler sa haine et sa rancœur, mais elle en est incapable en cet instant.

— Alors pourquoi es-tu ici, Ashton ? murmure-t-elle d’une voix éteinte.

Ses sourcils se froncent, néanmoins il ne répond pas et garde ses lèvres scellées. Ne supportant pas ce silence, la guerrière se lève brusquement. Elle n’en peut plus de toute cette situation !

— Et toi ! hurle-t-elle en direction de Heni, qui sursaute face à son ton virulent. Pourquoi t’ai-je trouvé en compagnie de celui que tu n’as cessé de critiquer et de haïr, celui dont tu m’as sommée de me méfier tant de fois ?

Penaud, il baisse la tête un instant, les épaules voûtées. Tout dans sa posture transpire la culpabilité. Cependant, cela ne touche pas le moins du monde l’élue, énervée comme elle l’est. Par le passé, elle a eu bien trop de pitié pour les autres et elle en a payé le prix par la suite.

Il n’y a qu’à voir la trahison d’Ashton alors qu’elle l’avait intégré dans leur village, pensant que c’était un solitaire. Elle souhaitait qu’il trouve chez eux un véritable foyer. Une communauté. Une famille.

— Je suis désolé, Ed, je…

— Je me fiche de tes excuses ! s’écrie-t-elle en le coupant, ce qui réveille Askel. Je veux savoir ce que tu faisais avec lui.

Sans se préoccuper de son frère, qui les observe de ses yeux inquiets, ses petits bras entourant la taille de sa mère, qui lui caresse tendrement les cheveux, Edenna fixe celui qu’elle a toujours considéré comme son meilleur ami. Il relève le front pour lui faire face et elle peut lire une détermination nouvelle dans ses prunelles. Avec une certaine assurance, il prend une grande inspiration pour lui expliquer de sa voix posée :

— Ces dernières semaines, je me suis conduit comme le pire des abrutis, j’en ai bien conscience. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier, qui me hantent, et que je regretterai toute ma vie. Te tourner le dos et te juger à cause de ma jalousie en font partie.

Durant plusieurs secondes il garde le silence, comme pour se ressaisir, avant de reprendre, toujours sans la quitter des yeux :

— Je t’ai dit des choses affreuses, Ed, et j’en suis sincèrement désolé. J’étais tellement aveuglé par ce que je ressentais pour toi que je n’ai pas su différencier le bien du mal et j’ai…

Il déglutit avec peine, le teint soudain livide.

— Je vous ai trahis. Je nous ai trahis.

Il murmure ces mots du bout des lèvres. Les sourcils froncés, la guerrière attend qu’il en dise plus, mais il reste silencieux, le regard fuyant. En se tournant vers sa mère, elle croise ses yeux pleins d’incompréhension. Visiblement, Astrid ne voit pas non plus où il veut en venir. Un mauvais pressentiment envahit la jeune femme de toute part lorsqu’elle lui demande :

— De quoi tu parles ?

Recroquevillé sur lui-même, il lâche dans un souffle :

— Ce n’est pas seulement à cause d’Ashton que les rebelles ont pu nous attaquer.

Les poings serrés le long de son corps, la mâchoire contractée par la rage, Edenna arrive à articuler d’une voix sombre qu’elle ne reconnaît pas :

— Qu’as-tu fait, Heni ?

Il tressaille. Même Askel a les traits tirés et patiente avec une fébrilité visible que son ami se confie. L’attente est si longue, insoutenable, que l’élue manque de l’attraper par le col pour le secouer.

— Je suis allé prévenir les rebelles.

Le choc est si grand qu’elle est incapable d’émettre le moindre son. Les yeux écarquillés, incrédule, elle fixe celui qu’elle a toujours considéré comme son ami, son frère. Comment a-t-il pu leur faire ça ? Ils étaient sa famille ! Avec rage, elle essuie l’unique larme qui coule le long de sa joue et se lève.

— Tu as fait QUOI ?

Sans plus se contrôler, de son poing, la jeune femme le frappe à la tempe, le faisant basculer sur le côté. La noirceur en elle n’étant pas satisfaite, elle tend le bras et s’apprête à lui balancer un coup de pied dans les côtes. Elle est retenue dans son geste par deux mains qui encerclent les siennes dans son dos et l’empêchent de bouger. Près d’elle, Askel pousse un hurlement terrifié et sa mère tente de le rassurer comme elle le peut avec des mots doux. Edenna se débat pour se dégager de la prise d’Ashton. Elle a besoin d’assouvir cette vengeance qui lui noue le ventre. Cependant, le guerrier se serre contre elle et plaque fermement son torse contre sa colonne vertébrale. Au contact de son corps, la jeune femme s’immobilise aussitôt. Une chaleur bienfaisante se répand dans tout son être, sans qu’elle puisse se l’expliquer. Ce phénomène est si étrange, surnaturel, qu’il ne peut que provenir de Gaïa.

Anéantie, autant par ce que Heni vient de lui apprendre que par son comportement, la guerrière se laisse tomber à genoux, un sanglot coincé dans la gorge. Une seconde larme lui échappe alors qu’elle observe Heni se redresser, une main plaquée sur son visage, où une entaille ensanglantée est visible. Le coup de l’élue était tellement violent que sa peau a éclaté. Prise de tremblements, elle s’adosse à Ashton, qui lui lâche les poignets pour l’étreindre, pour certainement la protéger. Ou bien l’apaiser. Peut-être même les deux. Tout ce qu’elle sait, c’est que ce contact a le don de la calmer.

Depuis son réveil dans la grotte, Edenna se sent si différente, cela lui fait peur. Cette noirceur qui l’habite depuis des semaines la terrifie. Elle craint de devenir l’une de ces personnes sans cœur qu’elle déteste tant depuis sa plus tendre enfance. Ses parents lui ont toujours inculqué l’amour, la générosité et la bienveillance. Alors la simple idée d’avoir frappé Heni et d’avoir même ressenti l’envie de le faire souffrir lui donne la nausée.

Quelque chose en elle est en train de changer, sans qu’elle ne puisse rien y faire.

— Pardon, murmure-t-elle misérablement à Heni, mais aussi à tous ceux qui l’entourent. Je ne voulais pas, je…

Sentant les larmes envahir de nouveau ses yeux, la guerrière décide de se calmer. Après avoir pris une grande inspiration, elle se relève, l’expression navrée.

— Je n’aurais jamais dû te frapper. La rage s’est emparée de moi et je n’ai pas réussi à la contrôler.

Même si elle lui en veut pour tout ce qu’il a fait, presque autant qu’à Ashton, elle n’aurait pas dû réagir aussi violemment.

— Ce n’est pas grave, affirme-t-il, et elle le sait sincère. Je l’ai bien mérité. Après tout, ces dernières semaines j’ai été un vrai connard avec toi. Je t’ai lancé des insanités injustifiées en pleine figure, j’ai livré notre peuple aux rebelles sans penser aux conséquences, simplement parce que je souhaitais te blesser, je n’ai rien fait pour t’aider lors de ta captivité et par-dessus tout, je n’ai même pas été fichu de voir que la femme que j’ai toujours côtoyée, celle que je n’ai cessé d’aimer, était l’une des élues de la prophétie. Alors ce n’est pas à toi de t’excuser, mais bel et bien à moi.

— Qu’as-tu dit ? s’exclame soudain Astrid, les yeux écarquillés par l’ahurissement.

Edenna sent de nouveau son sang chauffer. Sa mère vient de comprendre sa nature, son rôle.

Eh merde.

 

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