Contre le temps, Tome 2 (French Edition)
Le son des vagues mélangé au chant…
Le son des vagues mélangé au chant de mouettes sort Edenna du sommeil. Les rayons du soleil lui réchauffent la peau et l’obligent à cacher un peu plus son visage dans le cou d’Ashton pour se soustraire à leur forte luminosité. En humant l’odeur si agréable de son compagnon, elle prend une grande inspiration pour s’en imprégner davantage, un petit sourire aux lèvres. Elle se sent si bien, là, entre ses bras, qu’elle se refuse à ouvrir les yeux tout de suite. Elle veut que cet instant dure encore.
Même si elle a très chaud, la température ambiante étant déjà élevée, elle se colle un peu plus contre le rebelle, comme pour s’assurer de sa présence. Un petit grognement s’échappe de la gorge de ce dernier et son étreinte se resserre autour de sa taille. La jeune femme se retient de glousser face à ce son rauque et guttural. Ils ont l’habitude de dormir ensemble toutefois, c’est la première fois qu’elle l’entend. Cela lui prouve que lui aussi apprécie leur position, même si elle n’est pas particulièrement pratique. À moitié allongée sur lui, la guerrière a la tête plongée dans son cou et le bras placé sur sa poitrine. Leurs jambes sont entremêlées, si bien qu’elles ne peuvent presque pas bouger.
À présent réveillé, Ashton lui caresse le haut du dos de ses doigts, la faisant frissonner de plaisir. Si ses mains sont sculptées pour le combat, elles sont également d’une douceur inattendue. Lorsque sa paume descend le long de la colonne vertébrale de l’élue et relève le tissu qui la dissimule, elle prend conscience qu’il l’a couverte pendant qu’elle dormait, pour cacher sa nudité, mais aussi pour qu’elle n’ait pas froid. Touchée par son attention, elle se redresse et croise son regard bleu océan si intense. Ses yeux plissés par la fatigue et ses cheveux en bataille le rendent encore plus beau.
— Bonjour, murmure-t-elle.
Avec tendresse, il lève un peu la tête pour atteindre ses lèvres sur lesquelles il dépose un doux baiser qui la fait fondre. Pour tout avouer, hier, Edenna n’a pas du tout réfléchi lorsqu’elle s’est laissé aller entre ses bras. Elle a succombé à cet amour qui la ronge depuis des semaines maintenant et qu’elle tentait de camoufler. Mais à présent qu’elle prend conscience de ce qu’il s’est passé entre eux, elle ne sait pas comment réagir. Au fond d’elle, la crainte qu’il regrette lui noue le ventre. Cependant, ce nœud se défait en le voyant si entreprenant et proche.
— Bonjour, souffle-t-il de sa voix envoûtante.
Rassérénée, la jeune femme se rallonge. Il la colle contre son torse en humant ses cheveux avec une tendresse surprenante. Elle ne l’aurait jamais cru si doux, lui qui est toujours froid et distant. Pourtant, cela lui va bien. Cela le rend plus… vivant, sensible. La guerrière n’en revient pas d’avoir cédé à cette pulsion, elle qui s’était promis de ne plus jamais faire confiance à Ashton. Néanmoins, elle ne voudrait changer les choses pour rien au monde. Parce que pour la première fois depuis des semaines, elle se sent bien. Vraiment bien. Du plus profond de son être. Toute pensée négative semble avoir déserté son esprit et elle a la sensation qu’un immense poids vient de disparaître de ses épaules. C’est comme si elle naissait une deuxième fois. Ou bien une troisième, si l’on compte son existence en tant qu’Andréa.
En pensant à l’humaine, Edenna prend conscience qu’elle n’a eu aucune vision depuis qu’elle s’est évadée du camp des rebelles. Une bonne chose, parce que cela lui permet de dormir la nuit. Moralement, c’est plus supportable aussi. La seule ombre au tableau est leurs retrouvailles avec Saphiana dans quelques heures à peine. Rien que d’y songer, ses muscles se tendent. Ashton doit le sentir, car il pose une main sous son menton pour l’obliger à redresser la tête et à le regarder dans les yeux.
— Tout va bien ?
La sollicitude dans sa voix la touche bien plus qu’elle ne le montre. Durant plusieurs longues secondes, elle reste silencieuse, ne sachant pas si elle peut lui confier toutes ses craintes. Après tout, il l’a déjà trahie de la pire des manières quelques semaines plus tôt. Même après ce qu’ils viennent de partager, elle a toujours quelques réticences à lui dévoiler ce qu’elle ressent.
— Eh, souffle-t-il en caressant sa joue. Je suis sûr que tout va bien se passer.
Comme toujours, il parvient à lire en elle sans qu’elle ait besoin de lui dire quoi que ce soit. Si d’un côté cela lui fait peur, de l’autre cela la soulage. Car ainsi, elle n’a pas à mettre des mots sur tout ce qu’elle éprouve.
— Quoi qu’il arrive, je serai là. Tu ne n’es pas seule, ne l’oublie pas.
Rassurée, elle acquiesce.
— Allez, lève-toi, lui intime-t-il.
Surprise par ce revirement, elle fronce les sourcils. Il sourit en la voyant réagir de la sorte.
— Si on ne va pas rapidement rejoindre les autres, ils risquent de s’inquiéter. Et sincèrement, je n’ai pas envie de me confronter à leurs questions.
Les joues de la jeune femme rosissent. Avec les derniers événements, elle en a oublié leurs compagnons. La position du soleil dans le ciel l’informe que la matinée est bien avancée et sa mère doit être soucieuse de ne pas la trouver. Aussi, elle se lève et s’habille en quatrième vitesse, faisant abstraction du regard amusé d’Ashton qui ne manque rien du spectacle. Comme il ne bouge toujours pas, l’élue lui lance une œillade peu amène qui le fait rire, mais le convainc. Ce son est si agréable qu’elle se sent capable d’affronter ses proches des dizaines de fois pour l’entendre de nouveau.
Tout comme lui, Edenna ne se gêne pas pour le contempler alors qu’il se vêt. Sa lenteur l’amène à le soupçonner de la faire languir. Enfin prêt, il se tourne vers elle, un sourire ravageur sur les lèvres. Désabusée, elle secoue la tête et l’incite à retourner au camp.
Alors qu’ils longent la mer, elle jette quelques coups d’œil discrets au guerrier pour observer sa manière d’agir. Après la nuit qu’ils viennent de partager, quelle va être leur relation à partir de maintenant ? Elle aimerait lui poser la question pour faire disparaître cette indécision qui l’envahit, mais elle n’est pas prête. Parce qu’inconsciemment, elle craint sa réponse. Quelle qu’elle soit, cela implique certaines choses qu’elle ne se sent pas prête à assumer. Aussi, elle décide de ne pas se prendre la tête et d’accepter ce qui vient sans rien attendre de plus. C’est la meilleure solution pour le moment. Dans la situation compliquée qu’ils vivent, leur relation n’est pas sa priorité.
Lorsqu’ils arrivent enfin près de leurs compagnons, Askel accourt vers eux et saute dans les bras de sa sœur pour entourer son cou de ses petites mains.
— Edy ! Tu es là.
Afin de le rassurer, elle le berce doucement contre elle.
— Bien sûr. Je ne compte pas vous quitter de sitôt.
— Mais où étiez-vous, bon sang ? s’exclame Astrid.
Son ton sévère ainsi que le pli qui barre son front trahissent son inquiétude.
— Nous n’arrivions pas à trouver le sommeil alors nous sommes allés nous balader au bord de la mer, hier soir, répond simplement Ashton, son visage n’exprimant aucune émotion.
Pour appuyer sa version, Edenna ajoute :
— Nous avons beaucoup discuté et nous avons fini par nous endormir. Nous venons à peine de nous réveiller.
Une mimique amusée se forme sur les lèvres du jeune homme et elle le foudroie du regard pour lui interdire de dire quoi que ce soit de plus. D’accord, ils n’ont pas vraiment « parlé », mais ça, ils ne sont pas obligés de le savoir.
Pourtant, Heni semble comprendre ce qui s’est passé entre eux, car un sourire ironique illumine ses traits. Par chance, il se détourne pour se cacher aux autres et ne pas les trahir.
— Bon, maintenant que vous êtes revenus, nous allons pouvoir reprendre notre route, intervient Linna, changeant de sujet. Saphiana nous attend depuis déjà bien trop longtemps.
Sauvée par le gong.
Décidément, Edenna apprécie vraiment cette femme.
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