Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Audrey C. · Chapitre 14 sur 38

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Contre le temps, Tome 2 (French Edition)

Cela fait presque deux semaines maintenant que…

Cela fait presque deux semaines maintenant que le petit groupe marche en direction du Sud, ne s’arrêtant que par nécessité. Comme aucun rebelle ne s’est manifesté depuis tout ce temps, ils en ont déduit qu’ils leur avaient échappé. Et heureusement, car dans le cas contraire, Edenna n’aurait eu aucun scrupule à les éliminer.

Toutefois, chaque nuit, ils préfèrent ne pas prendre de risque et Astrid et elle, alternent les veilles. Que le danger vienne de leurs ennemis ou bien de la nature elle-même, il est primordial qu’ils soient préparés pour ne pas succomber sous la surprise. Ce serait une erreur de débutant. Et il n’est plus question que la jeune femme se fasse avoir. Elle a été trop naïve ces derniers mois et elle a bien vu où cela l’a menée. À partir de maintenant, elle ne le sera plus. D’autant plus que la vie d’Askel est entre leurs mains. Bien que son frère soit fort, devenant un homme de jour en jour, il n’en reste pas moins pour le moment un enfant qui ne connaît que très peu de choses sur le monde qui l’entoure.

Alors qu’Askel est pratiquement allongé sur elle, la guerrière écarte le bras de ce dernier de sa taille avec douceur et tente de se lever sans le réveiller. Elle va ensuite déposer un tendre baiser sur le front de Lyra, qui pousse un petit hennissement joyeux, avant de s’étirer. Le soleil est déjà haut dans le ciel, ce qui veut dire que la matinée est bien avancée. Désireuse de laisser sa mère et son frère dormir encore un peu, elle s’éloigne de quelques mètres pour cueillir les baies comestibles pour le petit déjeuner.

Elle déduit de l’absence de nuage que cette nouvelle journée sera aussi belle que les précédentes. Même s’ils ne sont qu’au début de l’été, les températures augmentent de manière significative. Cette douceur est très agréable, mais Edenna doit bien avouer qu’elle s’inquiète. La nature n’est pas encore habituée à une telle chaleur à cette époque de l’année et risque de ne pas le supporter si cela continue dans ce sens. La pluie n’est pas tombée depuis qu’ils sont partis, ce qui les contraint à s’abreuver dans les différents ruisseaux qu’ils croisent. Heureusement, la Terre en est pourvue d’un grand nombre et cela leur permet de ne pas se déshydrater.

Une fois sa cueillette terminée, la jeune femme s’avance vers ses proches et secoue leurs épaules en murmurant :

— Debout, tous les deux. Il est l’heure de se lever.

Astrid se réveille aussitôt et plonge ses yeux dans ceux de sa fille pour vérifier qu’elle s’est bien reposée, comme tous les matins. Askel, quant à lui, grogne et cache sa tête entre ses bras repliés. Un sourire tendre apparaît sur le visage de l’élue alors qu’elle se baisse pour lui embrasser le cou à plusieurs reprises.

— Arrête, Edy. Tu me chatouilles !

Tout en ricanant de sa petite voix endormie, il se tortille dans tous les sens pour échapper aux lèvres de sa sœur. Ce n’est que lorsqu’il se décide enfin à se lever que celle-ci s’écarte avec une mimique amusée, fière de sa victoire. Assis autour des restes du feu de la nuit, ils dégustent leur récolte avec un appétit visible pendant que Lyra broute l’herbe qui les entoure. Une fois repu, Askel part jouer avec des brindilles et des fleurs, un peu plus loin. Tout en gardant un œil sur lui, elles terminent leur repas.

— Il serait peut-être temps de décider où nous allons nous installer, ma chérie, déclare soudain Astrid d’une voix douce, mais préoccupée.

Même si elle n’en montre rien, Edenna sait pertinemment que cette vie de nomade lui pèse. Depuis toute petite, elle est habituée au confort et à la sécurité du village du Nord où elle est née. Bien qu’elle ait appris à vivre avec peu, il n’empêche que cette situation est difficile pour la matriarche. D’autant plus qu’elle la vit seule, sans Solveig à ses côtés. La guerrière n’ose pas imaginer sa souffrance. Pourtant, elle sait aussi que tout cela n’est pas près de changer. Ils n’ont plus de chez eux et sont des fugitifs pour les rebelles. Plus rien ne sera jamais comme avant et ils vont devoir l’accepter pour réussir à vivre avec.

Par conséquent, après avoir pris une grande inspiration pour se donner du courage, la guerrière ancre son regard émeraude dans celui de sa mère.

— Notre vie paisible au village est terminée, maman. Les rebelles nous recherchent. S’ils ne nous ont pas encore trouvés, c’est uniquement parce que nous sommes en mouvement et parce qu’Ashton est de notre côté.

Cela la débecte de l’avouer, mais c’est le cas. C’est grâce à lui s’ils sont libres aujourd’hui et, au fond, elle lui en est reconnaissante. Cependant, elle ne comprend toujours pas les raisons pour lesquelles il les a aidés. Y en a-t-il seulement ? Après tout, il l’a utilisée pour les trahir et les envahir. Pire que cela, il n’a pas l’air de ressentir le moindre regret alors qu’il est en partie responsable de la mort de son père.

En repensant au corps ensanglanté de celui-ci sur le sol, la jeune femme serre les dents. Un jour, elle le vengera. Viktor et Grigore le lui paieront.

Avec un sourire amer, elle secoue la tête pour écarter ces idées de son esprit avant de reprendre d’une voix ferme :

— S’ils décident de nous récupérer, il leur sera facile de nous trouver. Encore plus si nous campons à un même endroit. Souviens-toi qu’ils connaissent bien mieux ces terres que nous puisqu’ils bougent sans cesse.

Un silence pesant lui répond, durant lequel Astrid fixe sa fille, les mains jointes et les yeux hagards. Ses traits sont crispés alors qu’elle réfléchit. Autour d’elles, seul le bruit des feuilles qui se meuvent au rythme du vent se fait entendre, jusqu’à ce qu’elle ne se décide à parler :

— Alors que suggères-tu ?

Sa voix lasse fend le cœur de son aînée. Cette dernière aimerait tellement remonter le temps pour revoir le visage serein et joyeux qui caractérisait tant Astrid. La femme qui lui fait face est si différente de celle qu’elle a toujours connue que c’en est presque affolant.

— Nous devons continuer à nous diriger vers le Sud.

Sans hésiter, Edenna lui murmure ce que lui dicte son cœur depuis plusieurs jours maintenant. Ses sourcils se froncent à cette annonce alors qu’elle tente de comprendre.

— Pourquoi ? Qu’y a-t-il là-bas ?

Elle pousse un long soupir.

— Je ne sais pas. Je ne pourrais l’expliquer, mais je le sens au fond de mes tripes. Quelque chose nous y attend. Je te demande simplement de me faire confiance.

Si l’élue n’a pas eu de vision depuis un moment maintenant, Gaïa continue à la guider malgré tout à travers des sensations, comme elle l’a toujours fait. Elle la pousse à aller vers le Sud, sans cesse plus loin.

Comme si elle souhaitait qu’elle rejoigne l’océan…

Est-ce que cela aurait un lien avec le fait que leur village se trouvait autrefois au Nord et qu’il faut qu’ils s’en éloignent le plus possible ? Elle n’en sait absolument rien. Tout cela lui échappe. La seule chose dont elle est certaine est qu’elle doit s’y rendre.

Très rapidement.

L’expression indéchiffrable, Astrid semble sonder sa fille de l’intérieur. Elle la scrute avec une telle intensité que celle-ci en frissonne.

— Très bien, finit-elle par déclarer en se levant. Dans ce cas, ne tardons pas.

Sans protester, Edenna attrape l’arc et les flèches qu’elle a confectionnées il y a quelques jours. Celles-ci sont en bois puisqu’elle n’a pas encore réussi à tailler la pierre comme il le faut pour l’attacher aux tiges. Sa mère, quant à elle, tente de leur fabriquer des poignards cependant, cela demande du temps. Au village, ce n’était pas elles, mais Arkim qui s’occupait des armes. Elles n’ont donc jamais cherché à s’en créer elles-mêmes. À présent qu’elle prend conscience de la difficulté que représente leur confection, la jeune femme admire sincèrement Arkim.

Une fois leurs maigres affaires regroupées dans une grande feuille servant de baluchon, la petite famille reprend sa marche et essaye d’ignorer l’atmosphère étouffante due à la température élevée qui ne cesse d’augmenter d’heure en heure, ne présageant rien de bon.

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