De si jolies boîtes

Mélanie Guyard · Chapitre 14 sur 28

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De si jolies boîtes

Chapitre 14

 

 

– Aïe.

– Tu m’en diras tant.

Grégoire ouvrit un œil tuméfié. Sa belle-sœur affichait un sourire en coin.

– Ça fait vraiment mal, tu sais ?

– Je n’en doute pas un seul instant, vu que ton visage dessine cinquante nuances de pourpre, mais j’ai du mal à compatir. Je ne comprends toujours pas ce qui t’a pris.

Juliette tâchait de réparer autant que possible les dégâts infligés au visage de Grégoire avec les maigres ressources de la trousse de secours du restaurant. Ludovic avait battu en retraite moins de quinze minutes auparavant, après qu’elle lui eut aboyé dessus pour son accès de violence.

– Tu sais que tu n’étais pas obligé d’en faire autant ? Avec Ludovic, je veux dire. Que tu veuilles défendre l’honneur de ma sœur, passe encore, c’est ton ex. Mais personne ne t’a demandé de réparer les injustices jusque dans mon jardin.

– Ce mec est un con.

– C’est ce que je n’arrête pas de lui dire, fit remarquer Maxime qui pilait des glaçons sur le plan de travail du bar.

– La ferme Max, imposa Juliette, son sourire disparu.

– T’en pinces pour lui ? devina Grégoire, abasourdi. Mais c’est un naze, ça se voit tout de suite ! C’est le modèle même du bobo condescendant !

– Tout le monde ne peut pas être le cliché du gendre idéal, nuança Maxime en annexant la moitié des glaçons pour faire des virgin mojitos avant de mettre l’autre dans un linge propre destiné au blessé.

– J’ai été bête de lui gueuler dessus, déclara Grégoire dans un sursaut de lucidité.

– Je ne te le fais pas dire.

– J’aurais dû le taper direct.

– Greg !

– Est-ce que tu vas avoir des ennuis à cause de moi ?

Juliette fit la moue.

– Non, je ne pense pas. Il me doit la moitié de ce restau, et vu comment on prend l’eau, il n’aura pas les fonds pour racheter ma part s’il me fout dehors. Je pense qu’il va faire exactement comme s’il ne s’était rien passé.

C’était d’ailleurs en partie de cette façon qu’il avait réagi après avoir donné son coup de poing. Grégoire s’était effondré, et Juliette avait hurlé sur Ludovic comme sur du poisson pourri pendant que Maxime essayait de réanimer son ex-futur beau-frère. Ludovic avait été incapable d’en placer une. Quand Juliette s’était exclamée qu’elle ne savait pas si elle voulait encore bosser avec un mec comme lui, il avait fini par déclarer platement qu’elle était hystérique, qu’on ne pouvait pas discuter avec elle et qu’il préférait s’en aller avant de prendre une décision qu’il allait regretter. Comme la virer ? Juliette n’y croyait pas une seconde. Malheureusement, elle ne croyait pas davantage à sa démission. Ludo avait mis les voiles sans annexer la compta du jour, au moins. C’était aussi bien. Elle s’en occuperait elle-même plus tard.

– C’est un lâche, avait ponctué Max quand Ludo avait pris la porte.

Sur le coup, Juliette n’avait pas commenté. Pourtant, elle n’était pas loin de le penser à présent.

– Il n’aurait pas dû te taper. C’est lui l’hystérique, dit-elle sombrement.

– Pas grave, j’en avais bien besoin, répondit Grégoire en soupirant. Ce n’est pas comme si je ne le méritais pas.

– Tu sais qu’il existe des façons plus simples et moins douloureuses de se remettre les idées en place ? La méditation, par exemple.

Grégoire fit la grimace, mais c’était probablement de douleur.

– Je ne sais pas, je n’ai jamais vraiment eu besoin de ça. Les choses étaient faciles, jusqu’à Clémence. Et même avec elle, pour tout dire.

Il eut un sourire d’excuse.

– J’ai fait les études qu’on attendait de moi, j’ai été brillant, pas trop mais un peu, j’ai eu le concours de mon école, j’ai rencontré Clémence, je l’ai courtisée à l’ancienne, ça a marché, on s’est fiancés…

Il haussa les épaules.

– Elle était comme moi.

– Cliché, dit Max en sirotant son verre.

– Traditionnelle, rectifia Grégoire avec un regard sévère. Elle appréciait d’avoir un plan d’avenir précis.

– La maison, la barrière blanche, le labrador, un garçon, une fille, un poney.

– Et alors ? Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ?

Grégoire s’échauffa, ignorant le flux écarlate qui ruisselait de son nez.

– Qu’est-ce que ça peut faire si ce qu’on souhaite c’est juste une vie normale, avec un quotidien sans histoires ? Ce n’est pas un crime, si ?

Juliette ne répondit rien et Max leva les yeux au ciel.

– Tout aurait été parfait, on aurait été heureux, comme ça ! Mais… tout à coup…

Sa lèvre inférieure, violette et gonflée, se remit à trembler.

– Tout à coup, ce n’était plus ce qu’elle voulait.

– Elle a le droit de changer d’avis, dit Juliette doucement en lui posant la main sur l’épaule. Et puis si ça se trouve, elle n’a pas changé d’avis d’ailleurs, elle veut juste essayer d’être qui elle est vraiment, pour voir, et elle reviendra plus tard à la barrière et au labrador. Elle a besoin de temps, pour se prouver qu’elle peut le faire.

Grégoire hocha la tête, l’air le plus malheureux du monde. À cet instant, il évoquait davantage le labrador de ses fantasmes qu’autre chose.

– C’est vraiment elle qui a remporté ce concours quand elle était au lycée ?

Juliette acquiesça.

– Oui, c’est elle. Mais comme Simon a choisi de s’engager dans des études d’art moins de trois ans après, Odile a tout mélangé, je suppose. Clémence a toujours été douée en peinture… C’est juste que quand tu es douée en peinture et que tu as dix-neuf de moyenne en terminale, ben tu fais une classe prépa, tu ne te barres pas en école d’art.

– Et Simon alors ?

Ce fut au tour de Juliette de grimacer.

– Il n’avait pas dix-neuf de moyenne. Et il était déjà, comment dire ? Un peu éthéré. Un peu artiste. Maman l’a encouragé dans cette direction. Elle a dû oublier que la peinture, c’était la passion de Clémence et pas celle de Simon.

Grégoire hocha la tête sans réelle émotion.

– Où est ma place, là-dedans ?

Juliette jeta un regard à Maxime qui écarta les bras en signe d’ignorance. En face d’elle, Greg attendait son avis comme un noyé la bouée de sauvetage. Elle se jeta à l’eau.

– Tu peux faire ce que t’as dit, déjà. Lui dire que tu annules le mariage et que tu prends les frais engagés à ta charge pour la laisser vivre son rêve. À mon avis, c’est une bonne façon de commencer les choses et de lui faire comprendre que tu l’aimes toujours.

– Juliette, amour et couple, expertise et conseils.

– Ta gueule, Maxime.

Grégoire restait pensif. Puis il acquiesça exactement comme s’il venait de prendre une décision importante.

– D’accord, dit-il. Je vais faire comme ça. Il faut que je la voie.

Et, se tournant abruptement vers Juliette.

– Emmène-moi la voir.

– Hein ? bredouilla Juliette. Mais qu’est-ce qui te laisse à penser que je sais où elle est ?

Grégoire lui accorda un regard de pitié, et quand Juliette se tourna vers Maxime pour chercher du secours, elle s’aperçut qu’il la regardait de la même façon.

– Elle n’allait pas demander à tes parents ou à Simon. Elle est en conflit avec les premiers, en compétition avec le second, elle s’est forcément tournée vers toi.

– Grégoire, psychologie et…

– Tais-toi, Max !

Juliette soupira avant de considérer sombrement le visage tuméfié de Greg, les deux yeux réduits à des fentes brûlantes, le nez hémorragique et les deux taches pourpres qui gagnaient les joues, et elle secoua la tête.

– C’est aux urgences que je vais t’emmener. De ce pas, même. De toute façon, si elle te voit maintenant, elle ne te reconnaîtra pas.

– Je ne vais nulle part si je ne la vois pas, s’entêta Grégoire, avant d’éternuer un caillot de sang qui marbra sa belle-sœur. Oh, pardon.

Juliette se leva dignement, alla se laver au robinet du bar en essayant d’ignorer le fou rire de Maxime, et revint en s’essuyant les mains.

– Très bien, dit-elle, je vais lui envoyer un SMS pour la prévenir qu’on se rend aux urgences de Tenon, et libre à elle de venir me remplacer pour te tenir la main dans la salle d’attente. Parce que soyons honnête, il va y en avoir pour cinq heures d’attente au moins : tu es très moche, mais clairement pas prioritaire.

– Tu crois que c’est cassé ?

– Oui, mais ce n’est qu’un nez.

Grégoire eut un sourire piteux.

– Si je m’étais relevé à temps pour lui rendre la monnaie de sa pièce, on aurait peut-être attendu moins longtemps.

– Juste un nez, c’est bien déjà.

Juliette se tourna vers Maxime.

– Je laisse la voiture là, on va y aller à pied. Je ne trouverai jamais à me garer à Tenon et ce n’est vraiment pas loin. Si Ludo se pointe pour le service du soir, dis-lui de se passer de moi.

– Tu peux compter dessus, affirma Max avec un sourire gourmand.

Juliette faillit lui demander ce qu’il entendait par là, mais elle se retint et secoua la main en signe d’indifférence.

– Allons-y.

– Est-ce que je peux me laver vite fait, histoire d’être présentable avant l’arrivée de Clémence ?

– Si elle vient, rappela Juliette. Je lui dis quoi ?

– Dis-lui juste que je veux lui parler, et que si elle ne vient pas, je respecterai sa décision et elle ne me reverra pas. Dis-lui que je suis de tout cœur avec elle et que je sais qu’elle y arrivera. Elle lira peut-être ton message, à toi.

Juliette regarda son ex-futur beau-frère disparaître dans les toilettes en se demandant ce qu’était cette impression étrange laissée dans son sillage.

– Bon Dieu, il l’aime, commenta Max, lui donnant la réponse à sa question.

Juliette vit à son air rêveur qu’il l’enviait un peu. Un pincement au cœur l’informa qu’elle aussi, sans doute, mais elle n’avait pas envie d’y penser. Ce qui se rapportait à ses amours l’écorchait, et plus encore après ces dernières heures à affronter la seule personne pour qui elle avait ressenti quelque chose ces trois dernières années. Elle n’avait jamais autant douté de la possibilité d’être un jour heureuse.

– Notre bonheur ne devrait pas dépendre de quelqu’un d’autre, maugréa-t-elle en envoyant le SMS à Clémence et en priant avec le peu de romantisme qu’il lui restait que sa sœur le reçût avant que Grégoire ne baisse les bras.

– La plupart du temps, il dépend de nous et des choix que l’on fait, répondit Maxime, sans appel.

Une nouvelle fois, Juliette le fusilla du regard, mais il se contenta de finir son virgin mojito et de claquer la langue exactement comme s’il venait de déguster un grand cru.

– Allez, je vais préparer le service du soir. Mon rencard a annulé, il est trop tard pour rentrer chez moi, et cette crème anglaise ne va pas se faire toute seule. Maintenant que tu as commencé à affronter Ludovic, tu me diras quand tu prévois de le finir au sol ? Que je sois là pour en profiter.

Juliette fit la moue. L’idée que Les Bouchées Doubles périclitent n’était pas agréable, mais davantage que celle de se confronter à Ludovic sur le sujet. Ce retour à des réalités plus pragmatiques la déprima.

– Laisse tomber. Il ne me passera pas la main et si ça se trouve, l’engueulade lui aura ouvert les yeux, il va redresser la barre.

– Droit dans l’iceberg, donc. Au risque de me répéter, je t’assure que ce que tu risques, c’est que le restaurant s’effondre, essentiellement. Ça ne sauvera pas Ludovic de la déchéance et surtout, il ne tombera pas amoureux de toi pour autant.

Juliette agita les bras comme un moulin.

– En gros, si Grégoire se sacrifie pour que Clémence réalise son rêve, c’est romantique, mais si je me sacrifie pour que Ludovic réalise le sien, je suis une crétine ? Pour quelle obscure raison il y a deux poids et deux mesures ?

Maxime entreprit de compter sur ses doigts.

– Déjà, tu n’es pas en couple avec lui. Secundo, ce n’est pas toi qui te sacrifies, c’est lui qui te sacrifie avec ta bénédiction, ce qui n’a rien à voir. De trois, j’ai comme l’impression que Grégoire va demander son accord à Clémence avant de sacrifier quoi que ce soit. Tu as parlé à Ludo de ton béguin ?

– Il m’a demandé mon accord avant d’ouvrir Les Bouchées Doubles, bouda Juliette, de mauvaise humeur.

– Tu es censée être sa partenaire, pas juste un punching-ball rempli de billets de banque. Mais tu fais comme tu veux, hein. Moi, je retourne à ma crème anglaise.

Max s’éclipsa avant que Juliette ait pu répondre. Son téléphone vibra, signalant l’arrivée de la laconique réponse de sa sœur.

Dis-lui d’attendre que j’arrive avant de s’évanouir. Crétin.

– Elle aussi, elle l’aime, marmonna Juliette entre ses dents.

Grégoire sortit enfin des toilettes, la chemise rosâtre et les cheveux ramenés en arrière. Il avait fait le maximum sans obtenir de miracle : ses traits étaient aussi tuméfiés que ceux d’un boxeur en fin de match. Juliette estima que le plus urgent était de le conduire jusqu’aux urgences et qu’elle démêlerait le reste plus tard. Si elle s’obstinait à vouloir tout résoudre en même temps, sa tête allait exploser.

– Allez, on y va, dit-elle à son ex-futur beau-frère qui s’était collé un bouchon ouaté dans chaque narine. Les endorphines vont cesser de faire effet au bout d’un moment, et tu vas danser la gigue. J’aimerais pouvoir t’abandonner au personnel compétent quand ça arrivera.

Grégoire grommela une réponse qui souligna que la douleur avait déjà commencé à apparaître et ils se mirent en route.

Il ne fallait pas plus d’une quinzaine de minutes pour se rendre des Bouchées Doubles aux urgences de Tenon. Greg commençait à accuser le coup. Il marchait lentement, la tête en arrière, et frissonnait dans son manteau.

– C’est le choc, articula-t-il avec difficulté quand Juliette s’en inquiéta.

Il ne demanda pas si elle avait bien envoyé son SMS ni si elle avait reçu une réponse. Juliette fit de la rétention d’information sans trop savoir pourquoi. Ils atteignirent finalement Tenon en silence, chacun perdu dans ses pensées. Bien évidemment, les urgences étaient bondées. Greg s’enregistra, on les prévint gracieusement qu’ils en auraient pour au moins quatre heures, et ils s’assirent dans un coin contre le mur entre un radiateur et une plante verte. Juliette se sentait abominablement déprimée.

– Fais pas cette tête, plaisanta Grégoire, les mâchoires serrées. C’est pas toi qui m’as mis dans cet état.

– Non, je pensais au restaurant.

– Il y a un souci avec le restaurant ?

L’instant d’avant, Juliette aurait pu jurer que c’était le dernier sujet de discussion qu’elle avait envie d’aborder. Pourtant, elle se surprit à répondre avec soulagement.

– Je me suis pris le chou ce midi avec mon associé. Avant qu’il te tape, s’entend. On a encore changé de chef, et il… bref. Notre carte est trop variable, et Ludovic ne gère pas aussi bien qu’il le prétend. Du coup, on a des soucis de personnel et d’argent, et ça se voit. On pourrait être très bons, notre concept plaît, mais la gestion…

Elle lui déballa tout, sans retenue. Grégoire écouta vraiment, patient et attentif. Juliette lui expliqua pour commencer les enjeux financiers. Contrairement à ce qu’avait affirmé Ludo, elle suspectait qu’ils étaient dans le rouge, et non pas « limite ». En plus de ça, les anciens cuisiniers répandaient après leur départ une aura de mécontentement qui commençait à faire d’eux, Ludovic bien évidemment mais elle également, des patrons peu fiables et trop exigeants. Elle avait même découvert sur un réseau professionnel un message de Marshal qui reprochait à « la cogérante » de « briller par sa passivité et de ne rien faire pour redresser la barre, ne se souciant que de sa précieuse cave ». Le milieu de la restauration parisien était petit, et sa réputation jusqu’ici sans tache était en train d’en prendre un coup. Tout ça parce qu’elle passait à Ludovic un comportement qu’elle n’aurait accepté de personne d’autre…

– Je suis une andouille, acheva-t-elle, morose. Il faut que je fasse quelque chose, mais je ne sais ni quoi ni comment. Si ça se trouve il est déjà trop tard, et d’un autre côté, c’est peut-être un mantra que je me répète pour ne pas avoir à agir. Je suis nulle… je n’aurais jamais dû me lancer dans cette histoire. De toute façon, comment je pourrais faire quoi que ce soit alors que Ludo est aux commandes ? Il ne me les laissera pas.

– Mais ce n’est pas aussi ton restaurant ? demanda Grégoire qui ne s’y était pourtant jamais intéressé avant.

Juliette esquissa un geste d’impuissance.

– Si. Mais Ludovic préfère le gérer seul. Il dit que c’est plus facile quand les gens n’ont qu’un seul interlocuteur, la banque, les fournisseurs, tout ça…

– Oui enfin, sauf que d’après ce que tu me dis, il fait n’importe quoi et il vaudrait mieux que ce soit toi qui t’en charges plutôt que lui.

– Tu penses comme Maxime. Mais rien ne dit que je serais meilleure que lui.

– Humfr. Ça n’a pas l’air très compliqué, c’est un connard.

– Mais non…

– Et tu en pinces pour lui.

C’était la seconde fois que Grégoire faisait ce constat et Juliette se rembrunit. Il la considéra un moment, puis secoua la tête.

– Il en pince pour toi ?

– Pas que je sache.

– Donc il se sert de ça pour faire n’importe quoi ?

– C’est aussi ce que dit Maxime.

– Dans ce cas, largue-le.

– On n’est pas ensemble.

– Je parlais du restaurant.

Grégoire renifla du sang, et secoua la tête.

– En tout cas, si tu as besoin d’un coup de main pour purger les comptes ou lui refaire le portrait, tu penses à moi, hein ? Je serais ravi de t’aider sur les deux tableaux.

Juliette ne put s’empêcher de rire, mais pas très longtemps, car une furie blonde passa la porte des urgences à peu près à cet instant et les rejoignit avec la grâce de la tempête. Clémence se planta devant eux, tous les regards tournés vers elle sans qu’elle en ait le moins du monde conscience, imposant sa présence flamboyante au milieu de la pièce. Elle mit les mains sur les hanches pour faire face à un Grégoire rencogné au fond de la banquette et prit une grande inspiration.

– Nous deux, c’est terminé, Greg. J’ai du travail, et tu sais que je n’aime pas me répéter. Et qu’est-ce que tu as foutu pour te mettre dans cet état ? C’est pas bientôt fini, ce cirque ? Tout ça pour me forcer à venir te voir ?

– Bonsoir mon amour, dit Grégoire, avec plus d’assurance dans la voix qu’il n’avait l’air d’en contenir tout entier. Il faudrait qu’on parle.

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