De si jolies boîtes
Chapitre 20
Maxime et Simon avaient proposé de faire la route ensemble, et Clémence elle-même avait dit qu’elle pouvait conduire s’il le fallait, mais Juliette avait décliné l’offre. Elle voulait être libre de venir et de partir comme elle l’entendait et n’être responsable de rien ni de personne, au moins pour la durée de ce week-end. Déjà que ces deux jours dans le Perche ne lui faisaient pas spécifiquement plaisir, elle ne tenait pas en plus à avoir la charge de ceux qui voudraient rentrer à Paris plus tôt ou plus tard. Au départ, elle s’était sentie un peu égoïste d’insister pour partir seule, mais il y avait aussi une pointe de défi derrière. Elle aurait presque souhaité que quelqu’un lui demande des explications, pour pouvoir se fâcher et rappeler qu’elle était libre d’emmener qui elle voulait dans sa Twingo. Mais non, ils avaient respecté sa décision.
Simon avait déclaré qu’il prendrait le train et Clémence devrait sans doute se débrouiller à sa manière, vu qu’elle et Greg avaient vendu la voiture. Comme ce dernier était à Bangkok, ils avaient préféré s’en débarrasser, vu que personne n’allait s’en servir pendant des mois. Entre ça et l’appartement, ils donnaient l’impression de détricoter le passé pour mieux se reconstruire un avenir. Juliette aurait pu en concevoir de l’amertume, si elle avait eu assez d’énergie pour cela. Ce n’était pas le cas.
Deux semaines s’étaient écoulées depuis le dépôt du dossier au greffe et les opérations de liquidation du restaurant l’avaient laissée apathique et solitaire. Même écouter les messages qu’on lui laissait sur le répondeur était devenu un supplice. Elle ne répondait qu’au banquier, quand d’aventure il la contactait. S’il n’y avait pas eu l’anniversaire d’Odile, elle serait restée dans son appartement encore quelques siècles avant d’avoir envie de ressortir. À la suite du brunch à l’atelier, elle avait décliné toutes les invitations, y compris le pot que Clémence avait organisé après l’envoi de son dossier aux Beaux-Arts. Sa sœur bouillait désormais d’impatience, attendant de savoir si elle allait être admissible ou non pour les entretiens, et elle aurait voulu discuter de ses chances avec la planète entière. Juliette avait évité soigneusement cette discussion comme toutes les autres. Voir les gens, tous les gens, était au-dessus de ses forces. Et puis, elle aurait besoin de l’intégralité de ses ressources pour l’anniversaire d’Odile.
Car Juliette ne s’y trompait pas : elle roulait en direction de l’agitation, de la fête, de la famille, des remarques désagréables contre lesquelles elle n’était jamais vraiment vaccinée et d’au moins quarante-huit heures de sempiternelle réprobation maternelle. Elle ne voyait pas comment il pourrait en être autrement. D’ailleurs, même si elle se trompait, il valait mieux se préparer psychologiquement au pire.
Lorsque au bout de l’interminable trajet elle déboula dans l’allée, elle devina qu’elle était la première à l’absence de voiture : son père avait dû aller chercher les autres à la gare. Elle eut presque envie d’enclencher la marche arrière pour ne pas se retrouver seule avec Odile, mais Cacahuète fonçait déjà sur la Twingo en aboyant tout ce qu’elle savait. Raté. Juliette se gara, prit le temps de respirer longuement avant de sortir, et plaqua sur son visage un masque d’impassibilité. Il faudrait qu’il tienne le week-end sans se fendiller. Ce n’était pas gagné.
Le printemps était impossible à ignorer au Chêne vert. À part dans l’arbre aux feuilles persistantes qui avait donné son nom au domaine, les bourgeons avaient éclaté partout au risque de se prendre les saints de glace dans la figure. Il y avait des fleurs éparses sur le gazon et les oiseaux gazouillaient à qui mieux mieux dans la haie, aussi volubiles qu’énervés. Noisette devait être dans le coin, quelque part, à tenter d’en plumer deux ou trois.
Tandis que Juliette sortait du coffre les quelques bonnes bouteilles amenées pour l’occasion, un crissement de graviers derrière elle l’informa qu’Odile la rejoignait. Quand elle se retourna, elle avisa sa mère, la mine sévère et le regard soucieux.
– Veux-tu que je t’aide à décharger ?
– Merci, maman, mais ça va aller.
Juliette se détourna. Ce qu’il y avait dans les yeux de sa mère, c’était l’inquiétude de savoir sa fille sans emploi. Le fait que c’était une situation choisie et qu’elle avait même œuvré pour que cela se produise devait lui passer quarante mille kilomètres au-dessus de la tête. De fait, quand Odile l’embrassa, elle glissa à son oreille :
– Ma pauvre chérie.
Juliette dut se refréner pour ne pas laisser paraître son agacement et gagna la cuisine d’un pas énergique en évitant de marcher sur le chien frétillant. Dans la pièce, une odeur de rôti émanait du four.
– Je me suis dit que tu aurais envie de viande, déclara Odile en refermant la porte derrière elles. Et puis, comme Simon a annoncé qu’il ramenait quelqu’un…
– Il a dit qui ? demanda Juliette sans se retourner.
– Non, mais je me disais que peut-être tu en saurais davantage ?
Bien essayé, songea Juliette, qui secoua pourtant la tête.
– Navrée, maman. Je te laisse, faut que je retourne à la voiture chercher ton cadeau.
Juliette vida les lieux en évitant une nouvelle fois le regard de sa mère. Elle ne voulait pas que cette dernière devine à quel point elle se sentait misérable pour le restaurant et qu’elle tente de la consoler, ou pire, de lui dire que c’était prévisible ou quoi que ce soit dans ce goût-là. Elle prit son temps pour retourner à la Twingo et sortir le paquet. À peine avait-elle claqué la portière que la voiture de son père arrivait à son tour, chargée du reste de la famille. Aurélien se gara et tout le monde sortit, Clémence, Simon et Maxime, un peu plus pâle que d’ordinaire. Juliette fila embrasser son père.
– Est-ce que ça va mon papa ?
– Très bien. Et toi, petite ?
Juliette sourit, puis jeta un regard à Simon, qui secoua imperceptiblement la tête et haussa les épaules. Bien évidemment. Pourquoi faire en deux temps ce qu’on peut faire en un seul au beau milieu du repas, devant la famille réunie autour d’un rôti ? Juliette prit le paquet contenant le gâteau et suivit le groupe jusqu’à la cuisine. Odile poussait de grands cris théâtraux.
– Clémence, enfin ! J’ai cru que tu ne reviendrais jamais ! Déjà que tu ne réponds à aucun de mes messages…
– J’avais du travail, maman.
– Avant aussi tu avais du travail, et tu m’appelais quand même. Coucou mon Simon, tu as maigri. Ah, Maxime ! Vous êtes revenu ! Je suis contente de vous avoir aussi.
– Bon anniversaire, Odile, dit Maxime en jetant un coup d’œil à Simon qui fuyait dans le salon à la suite de son père.
– On ne passera pas à table avant une bonne demi-heure. Juliette, mets le gâteau dans le frigo s’il te plaît. Clémence, tu peux aller vérifier que je n’ai rien oublié sur la table ? Maxime, faites comme chez vous.
Odile était passée à côté. Ça n’était pas vraiment surprenant, mais Juliette échangea malgré tout un regard avec Max, qui se sauva à son tour. Clémence ouvrit de gros yeux et le suivit afin d’obéir à sa mère, pour changer. Juliette tenta de caser le gâteau entre les fromages et la salade lavée, puis elle ouvrit les bouteilles de vin afin de le carafer.
– Finalement, Simon est venu seul, dit Odile, qui touillait la sauce en lui tournant le dos.
– Hum hum, fut la seule réaction de Juliette.
Certaines choses étaient de sa responsabilité, et d’autres pas. Le coming out de son frère était de celles-ci. Ce n’était pas à elle de lui dire comment le gérer. Elle espérait seulement que ça se passerait bien et se contentait de douter dans son coin de la pertinence du choix de la journée. Dans la famille Descroix, l’anniversaire d’Odile était un événement sacré.
Une fois les carafes remplies, Juliette les apporta à table. Dès qu’elle entra dans le salon, elle vit d’un simple coup d’œil que son père avait compris. Elle lut dans son regard un mélange de surprise et de joie teinté d’appréhension. Pour en avoir beaucoup discuté avec ses parents quand la loi sur le mariage pour tous était passée, Juliette savait que Simon et Max étaient en terrain allié. Enfin, neutre, tout du moins. Cependant, elle se demandait si ça suffirait : les réactions d’Odile à propos de ses enfants étaient difficiles à anticiper.
On prit l’apéritif en discutant de Grégoire à l’autre bout du monde mais en évitant soigneusement le sujet du mariage ou même du couple. On évoqua aussi la peinture de Clémence, sans entrer dans le détail de sa reconversion. On parla de celle de Simon, qui échoua à faire ce coming out professionnel qu’il avait tant vanté et ne parvint pas à rompre l’illusion. La fratrie tourna autour du mensonge avec circonspection. Personne ne demanda à Maxime ce qu’il faisait là et lui-même avait l’air de sérieusement se poser la question. Juliette trouvait que la journée était prometteuse : elle eut toutes les peines du monde à s’empêcher de se resservir un whisky.
Elle aurait pu, pourtant. Il s’avéra que personne ne mit les pieds dans le plat avant le dessert. Odile en était à commenter l’alcoolisme du boulanger et les malheurs de la boulangère en regardant sa fille cadette d’un air entendu – les discussions autour de l’alcool lui étant systématiquement dévolues – quand Simon, mû par un je-ne-sais-quoi d’insouciance peut-être un brin éthylique, prit la main de Max l’espace d’une petite seconde. Ce ne fut rien, mais ce fut tout. Odile s’interrompit au milieu de sa phrase, Aurélien grimaça en voyant sa femme, Simon lâcha la main de Max, et Juliette décida à voix haute que c’était le moment de sortir le champagne. Quand elle revint dans le salon avec les coupes et la bouteille, l’ambiance avait fraîchi comme si elle aussi venait de sortir du freezer. Juliette lut sur le visage d’Odile qu’elle réglerait ses comptes une fois la pantomime achevée et qu’on ne perdait rien pour attendre.
Show must go on, songea-t-elle.
Clémence, qui était sans doute arrivée à la même conclusion, se leva pour aller chercher le gâteau et mettre les bougies tandis que Simon et Max débarrassaient dans un bel ensemble. Quelques minutes plus tard, tout le monde chantait et on aurait pu jurer que rien ne s’était produit. Pourtant, il y avait sous-jacents cet air de poudre et cette petite tension électrique qui l’accompagnait, présageant d’une énorme explosion imminente. On dégusta le gâteau en silence : ivrogne ou pas, le boulanger était manifestement bon dans ce qu’il faisait. Maxime osa même dire deux mots sur la question. Odile ne lui répondit pas.
Lorsque la table fut débarrassée pour la seconde fois et le café servi, Juliette réfléchissait à une façon acceptable de mettre les voiles pour aller en griller une quand sa mère décida que l’heure était venue de sortir le lance-flammes.
– Et donc, Maxime, faute d’intérêt pour ma fille, vous avez séduit mon fils ?
Sublime, nota Juliette, réprimant une colère froide.
Comment sous-entendre en une seule phrase qu’il n’avait pas voulu d’elle et qu’elle avait été trop bête pour se rendre compte qu’il était gay ? Juliette serra les dents. Ce tacle n’était pas mérité, mais est-ce qu’un seul l’avait déjà été ?
– C’est-à-dire que je ne suis pas sûr d’avoir fait grand-chose pour arriver à cette heureuse conclusion, susurra Max, qui avait sans doute répété son rôle durant le repas.
– Maman, je ne t’ai jamais crue stupide, déclara Simon avec un brin d’agacement dans la voix. N’essaie pas de me faire croire que tu n’avais pas vu que je préférais les garçons. J’exigeais que papa m’emmène au foot tous les dimanches et je refusais que tu m’y inscrives à chaque saison. Ça ne t’a pas mis la puce à l’oreille ?
– Je pensais que ça te passerait.
Ce n’était évidemment pas du foot qu’il était question.
– Que ça me passerait ? demanda Simon, incrédule. C’est pas la varicelle, maman.
Juliette se rendit compte qu’elle enviait à son frère cette capacité qu’il avait de répondre aussi nettement à leur mère. Elle-même en aurait été bien incapable. L’espace d’une seconde, elle suspecta que ça faisait partie des choses qui rendaient leur relation si compliquée.
– Et donc ? Vous êtes ensemble depuis combien de temps ?
– Depuis un peu après Noël, répliqua Simon sans la quitter des yeux. C’est récent, comme tu vois.
– Je vous demanderais bien comment vous vous êtes rencontrés, mais je suppose que c’est ici ? railla sa mère, manifestement désireuse de se montrer cynique.
– En fait non, la rembarra son fils, aussi bon joueur qu’elle. On s’était croisés à l’anniversaire d’un ami commun. Un ex, si tu veux tout savoir, mais je crois que Max n’a pas couché avec, lui.
– Simon, ne sois pas vulgaire ! s’emporta sa mère, outrée.
– Ah, il faut savoir, maman, si tu poses des questions, c’est sans doute que tu veux que j’y réponde, non ? Je me suis trompé, ce n’est pas le cas ?
Odile crispa ses lèvres fines et rajouta un sucre dans son café. Juliette se dit qu’il allait être imbuvable mais se garda bien de proférer le moindre commentaire. Elle n’était pas pressée de se retrouver entre les tirs croisés et pour être honnête, moins on la remarquerait, mieux elle se porterait. Ce que faisait son frère la dépassait complètement. Mettre Odile en colère ne lui avait jamais paru être une bonne idée, hier pas plus que maintenant.
De l’autre côté de la table, Clémence semblait dans les mêmes dispositions, affaissée sur elle-même, les mains serrées autour de sa tasse avec l’envie manifeste de ne surtout pas émettre le moindre son. C’est peut-être pour cette raison que sa mère la remarqua et changea de cible : Clémence n’était jamais recroquevillée ainsi, et elle n’était de toute évidence pas autorisée à l’être. Juliette, en revanche, connaissait cette attitude par cœur. Odile dut les confondre, du coup, car elle attaqua l’aînée comme elle l’eût fait avec la cadette.
– Et toi qui étais tous les jours à l’atelier de ton frère, tu ne t’es rendu compte de rien ? Tu aurais pu m’appeler pour me le dire. Vous vivez tous les trois là-bas ? Ça ne doit pas être très confortable.
– Clémence est seule à l’atelier, cingla Simon, manifestement désireux de boire la coupe jusqu’à la lie. Je n’allais pas lui imposer mon couple. Il y a des choses qui ne se partagent pas, même entre frère et sœur.
Juliette se resservit du champagne. Étonnamment, tout le monde devait être très occupé, car personne ne le lui fit remarquer.
– Comment fais-tu pour travailler, si vous n’habitez plus à l’atelier ? demanda Odile, soudain inquiète de soulever cette nouvelle pierre.
Elle n’est pas si bête, songea Juliette. Elle a juste décidé d’ouvrir les yeux. Un peu comme moi.
Elle but son champagne cul sec pendant que Simon prenait une grande inspiration. Il jeta un regard à ses sœurs, à Max, puis à son père, et acheva sa mise à nu.
– Je n’ai pas besoin d’être à l’atelier pour travailler car ça fait plus de quatre ans que je n’ai pas peint. Je ne peins plus, maman. Ce n’est pas comme ça que je gagne mon argent.
Sous le regard horrifié de sa mère, il se pencha sur la table pour prendre la cafetière et se resservit en prenant son temps. Poseur, même dans les pires moments. Juliette commençait à trouver l’air de la pièce franchement irrespirable.
– Comment ça, tu ne peins plus ? Mais tu fais quoi, alors ?
Simon se tourna vers sa mère et hocha la tête, comme s’il savait, à ce moment précis, qu’il avait déjà gagné. Il lui sourit.
– Je suis doubleur, maman. Doubleur, cosplayeur, et youtubeur. Je tiens une chaîne de culture japonaise et de couture. Et je double des mangas japonais, mais ce n’est pas ce qui paie le plus.
Il souffla sur sa tasse. La mine d’Odile indiquait clairement qu’elle n’avait rien compris à ce qu’il venait de dire.
– J’ai souvent de très bons rôles, appuya Simon avec une mimique satisfaite. Et j’ai des milliers d’abonnés. Pour la chaîne.
On aurait pu entendre le compte à rebours. Juliette fut tentée de dénombrer à voix haute.
– Simon, est-ce que tu es en train de me dire qu’on t’a payé cinq années d’études d’art qui n’ont servi à rien ?
– Pas à rien, contrecarra imprudemment Simon. Ils sont très utiles à Clémence, mes cours. Depuis Noël, elle les dévore. J’ai bien fait de ne pas les jeter.
– Simon, mit en garde Clémence.
En vain. Manifestement, leur frère avait décidé de tout faire péter.
– Et puis, j’aimais bien l’atelier.
Ce fut la goutte d’eau. Odile se leva, frappant durement la table de ses paumes osseuses. Aurélien se leva aussi, mais pas pour la même raison. Il dardait sur sa femme un regard inquiet plein de lucidité. Maxime, lui, aurait voulu disparaître sous un meuble. Juliette estima que ce n’était pas très charitable de la part de son mec de transformer cette première réunion avec les beaux-parents en reconstitution d’Azincourt, mais elle voyait mal comment les choses auraient pu se dérouler autrement.
– C’est un comble ! explosa Odile, blême et tremblante. Ton père et moi on se sacrifie pour que tu intègres une grande école, on paie rubis sur l’ongle tes années d’études, on s’endette pour ton atelier, et c’est comme ça que tu nous remercies ? En allant faire le guignol en costume je ne sais où ; je n’ai pas tout compris ? Et tu prétends gagner ta vie de cette façon ? Tu n’as pas honte, de nous avoir menti ? Des années, j’ai cru que tu exposais ! Quelle honte ! Quelle honte, et moi au village qui parlais de tes œuvres, de tes Salons, quelle honte ! Mais on va dire que je suis folle, que j’ai perdu la raison !
– Mais oui, maman, déclara Simon vertement. Tu as tout compris. C’est de toi qu’il est question.
Odile se redressa comme un fauve sur la défensive, mais Simon ne bougea pas d’un poil. Au bout de quelques secondes tendues, il se pencha en avant, ramassa un paquet au sol et le poussa vers elle.
– Joyeux anniversaire, au fait.
À force d’attendre l’explosion, ils en avaient oublié les cadeaux. Odile considéra longuement le paquet et, sans un mot, fit volte-face et quitta la pièce en claquant la porte. Aurélien eut un regard d’excuse pour ses enfants et la suivit, refermant délicatement derrière lui. Clémence en profita pour se redresser, occupant spontanément la place de l’absente, et son attitude réprobatrice.
– Mais enfin Simon, mais qu’est-ce qui t’a pris ? Tu ne pouvais pas y aller plus doucement ? Tu voulais quoi, la rendre malade ? Parce que là, je crois que tu lui as brisé le cœur.
– Je ne suis pas certain qu’elle soit équipée d’un tel organe et elle s’en remettra, déclara Simon sur un ton pas tout à fait convaincu.
– Je n’en suis pas aussi sûre que toi !
Clémence se tourna vers Juliette comme pour espérer un soutien. Cette dernière soupira et choisit sa voie avec détermination.
– Je vais promener Cacahuète, dit-elle.
Elle sentit bien les trois regards sur sa nuque lorsqu’elle s’en alla mais refusa de se retourner.
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