Déchaînée

Maud Viotty · Chapitre 13 sur 48

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Déchaînée

Le commissariat de police est installé dans…

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 Le commissariat de police est installé dans une vieille bâtisse datant du siècle dernier. À l’origine, l’emménagement dans ces locaux devait être provisoire, et le temps a filé, les finances n’ont pas été débloquées, et les flics ont pris possession des lieux sans plus jamais en bouger. Les équipes se sont succédé, les affaires aussi. Des petits délits, mais pas de dossiers réellement sordides ou glauques. Du deal, des vols à l’arrachée, quelques cambriolages, mais jamais de victimes notoires. Il y a une vingtaine d’années, une histoire de disparition avait ému les habitants et s’était soldée par des retrouvailles sans dommages réels soulevant un soulagement général. Les journalistes n’avaient pas eu le temps de couvrir l’événement que l’incident avait été résolu.

 Depuis, une seule enquête avait marqué les forces de l’ordre et la population. Un meurtre précédé de viols à répétition. Une affaire lugubre dont la ville se serait bien passée. C’était il y a près d’un an. Et une nouvelle affaire a déboulé hier. Un truc tout aussi dégueulasse. La grande maison aux pierres apparentes est semblable à une demeure familiale. Pourtant, elle grouille d’uniformes et a été aménagée en différents bureaux. Au sous-sol, des cellules de dégrisement et de garde à vue ne sont occupées que de façon sporadique.

 Les murs et les sols sont restés en l’état et n’ont jamais été changés. Ainsi, la peinture commence sérieusement à s’effriter et, malgré les posters de films policiers qui tentent de camoufler la misère, on sent bien qu’un bon coup de neuf ne serait pas du luxe. Le parquet, quant à lui, grince tout ce qu’il peut, surtout à certains endroits. Notamment sur le seuil des toilettes, dans le bureau du patron et dans le couloir menant au sous-sol. Une maison dans son jus. Un commissariat à l’ancienne, mais des képis renouvelés régulièrement, rajeunissant l’équipe et les méthodes d’enquête.

 Le capitaine Dumond fait irruption dans le bureau d’Alex Métayer, jeune commandant récemment promu.

 — Commandant, nous avons les résultats de la police scientifique et du médecin légiste.

 — Et ? Qu’est-ce que ça donne ?

 — C’est pas joli, joli. On peut dire que vous commencez sur les chapeaux de roue... Si on avait voulu vous bizuter, on n’aurait pas fait mieux. Un meurtre à élucider, votre pedigree fait un bond ! tente d’ironiser Dumond pour dédramatiser la situation. Ça vous change de la rubrique des chiens écrasés à laquelle vous étiez habitué, non ?

 Bien qu’aguerri et préparé à toutes les atrocités, le commandant Métayer grimace, montrant que s’il avait pu, il aurait posé une option pour éviter une entrée en matière de la sorte. Commencer sa carrière avec le pressentiment d’avoir affaire à un tueur en série va placer le commissariat sous le feu des projecteurs, dans la ligne de mire des journalistes et c’est ce que tout flic redoute. Parce que la presse et les chaînes d’infos en continu veulent du buzz, du scandale, de l’audimat, de l’exclusivité. Et pour ça, ils sont prêts à tout. Déjà, dans la ville, des camions de régie ont été repérés. Comment font-ils pour être au courant si vite ?

 — Bon, allez aux faits, capitaine...

 — Homme, la trentaine. Aucun papier sur lui, et les analyses ADN n’ont rien donné quand on les a confrontées à nos fichiers. Donc... — Donc pas connu des services de police, poursuit le commandant. — C’est ça.

 — Mais vous en avez appris davantage sur les circonstances de sa mort ? — Ce mec a vécu l’enfer. Brûlures sur tout le corps, hématomes, plaies au visage, côte fêlée. L’hypothèse du suicide a tout de suite été écartée. — Torture et séquestration ?

 — Bingo ! Mais on oublie la séquestration. La scène n’a pas duré longtemps apparemment. Le tortionnaire devait être pressé. Et il n’y est pas allé de main morte. Il s’en est même donné à cœur joie parce que... — Parce que quoi ? Accouchez, Dumond !

 — Si l’homme avait survécu, il aurait pu dire adieu à ses rêves de paternité... Il s’est fait couper les parties...

 Métayer recrache le café qu’il était en train de gober. — Vous êtes sérieux ?

 — Est-ce que vous me croyez assez taré pour inventer un truc pareil ? Un eunuque, je vous dis ! Le mec n’avait plus de bite ! Y a des malades sur terre, ma parole.

 — De deux choses l’une : soit l’assassin est un psychopathe, soit il a voulu se venger, reprend le commandant. On a des cas similaires de tortures dans la région ou même dans le pays ?

 — Pas à ma connaissance, mais je vais mettre les gars sur le coup. — Demandez aussi s’il n’y a pas eu d’agressions sexuelles dont le coupable aurait été libéré ou acquitté... Le père d’une gamine violée ou même son petit ami aurait pu avoir pété un câble et s’être fait justice lui-même.

 — Pas con.

 — Merci d’aller dans mon sens, vous m’en voyez ravi, capitaine, lance Métayer, agacé.

 — À part le viol et le meurtre de la petite Carpentier, récemment, je n’en vois pas d’autres... Son père est en HP depuis le drame, sa mère est cloîtrée chez elle, c’est la mienne qui va lui faire les courses et, honnêtement, avec son mètre cinquante, les bras levés, ses quarante-cinq kilos et tous les médocs qu’elle ingurgite tous les jours, je ne la vois pas commettre un truc pareil.

 — Et la petite Carpentier, elle n’avait pas un copain ? Un ex ? Et elle n’était pas fille unique, il me semble ?

 — Je vous arrête tout de suite, commandant. Non, elle n’avait pas de copain ni d’ex, en tout cas, pas depuis un bout de temps. Quant à sa frangine, elle est à l’autre bout du monde, partie faire sa vie au Canada. La seule et unique fois qu’elle est revenue, c’est pour l’enterrement de sa sœur. Elle a repris un vol dès le lendemain.

 — Ressortez-moi le dossier Carpentier, s’il vous plaît. Il ne s’est visiblement rien passé depuis des décennies, ici, je ne serais pas surpris que ces deux histoires soient liées.

 — D’autant que l’assassin court toujours...

 — Et vous avez des précisions sur le modus operandi du meurtrier de la deuxième affaire ? Y a des similitudes ?

 — Hormis des coups et des blessures, des sévices corporels à faire pâlir, il n’y a pas de signature...

 Métayer sort une clope de son paquet et en propose une à Dumond qui accepte.

 — Merci, vous avez du feu ?

 Le commandant lui tend la boîte d’allumettes après s’être servi et avoir allumé sa cigarette. Dumond l’imite puis porte sa tasse de café à ses lèvres. — Merci. Pouah, toujours aussi dégueu, ce café, je vais finir par acheter une Nespresso ! Ras-le-bol de boire de la pisse d’âne. — J’en toucherai un mot à George Clooney. — Très drôle !

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