Déchaînée
Bien que Bertrand ait suivi Christie le…
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Bien que Bertrand ait suivi Christie le jour et la nuit, tentant une vaine réconciliation, qu’il ait admis que sa dulcinée avait tourné la page et fermé définitivement le livre de leur histoire et qu’il ait compris que sa belle avait un nouveau mec, il s’accroche et persiste. Il envoie message sur message, parfois incendiaires, parfois langoureux. Il la veut. Christie, elle, s’en moque et se dit qu’il pourrait bien tout faire foirer à jouer les amoureux malheureux.
Elle a revu Loulou69 plusieurs fois, à sa demande à lui. Elle l’a laissé venir et n’a pas eu à attendre bien longtemps avant qu’il ne se manifeste. Bien plus prévisible que la météo, il envoie un message dès qu’il se réveille et à chacun de ses mouvements. Quand il part au travail – elle ne sait même pas ce qu’il fait comme boulot et elle s’en contrefiche –, quand il prend sa pause déjeuner, quand il fume sa clope, quand il rentre chez lui, avant de se coucher. Bref, elle connaît ses habitudes et tous ses faits et gestes, aussi bien que sa queue. De temps en temps, elle répond. De temps en temps, elle le laisse dans l’attente. Alors il renvoie un message. Bon chien-chien qui attend sa pâtée.
Et systématiquement, quand ils se voient, ils baisent. Parce qu’il n’y a pas d’autres mots. Ce n’est pas de l’amour. C’est bestial, animal, presque violent. Il se métamorphose en un être survolté qui ne peut pas maîtriser son envie d’elle.
Elle le laisse faire.
Elle le laisse prendre son pied.
Elle le laisse devenir raide dingue d’elle.
En entrant dans sa vie, en entrant dans son jeu, elle devient celle qu’il a envie qu’elle soit, tout en menant la danse sans qu’il s’en rende compte. Insidieusement.
Sournoisement.
Toutefois, elle l’observe avec crainte. Quand elle est avec lui, elle analyse tout ce qu’il est possible d’analyser. Jamais elle ne boit le verre qu’il lui propose. Jamais elle ne mange ce qu’il lui prépare. Jamais elle ne ferme l’œil. Toujours en alerte. Toujours.
— Dors chez moi, ce soir, lui glisse-t-il à l’oreille après une partie de jambes en l’air mouvementée.
— Il est cinq heures du matin, j’ai pratiquement passé la nuit ici ! — Non, mais je parle d’une vraie nuit. D’une soirée tous les deux, d’un repas et d’une vraie vraie vraie nuit, il insiste en lui caressant les cheveux. Je veux dire une nuit pendant laquelle on dort et on se réveille au matin comme un couple de jeunes amoureux...
— Donc t’es amoureux ! rit-elle.
— Touché...
— C’est encore trop tôt pour moi.
Oui, c’est encore trop tôt. Et cette « vraie » nuit n’arrivera jamais, elle en est sûre. Là n’est pas son objectif.
— Allez, reste avec moi, tu verras, je te préparerai un petit déjeuner gargantuesque si délicieux que tu en redemanderas. Non, c’est toi qui en redemandes, mon coco. Moi, j’en ai rien à battre de bien manger après avoir mal baisé.
Elle n’a eu qu’à tendre le filet pour qu’il s’y emprisonne tout seul. Encore plus facile que la pêche aux canards. Il est prêt à consommer. — Laisse faire le temps, poursuit-elle. Tout vient à point à qui sait attendre.
Jamais cette réplique n’a eu autant de sens pour elle.
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