Déchaînée
Christie a les clés de chez Loulou69.…
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Christie a les clés de chez Loulou69. Aussi, pour parfaire la soirée et l’ambiance qu’elle veut y donner, elle presse le pas à la fin de sa journée de merde avec des adolescents de merde dans un collège de merde pour rejoindre l’appartement de sa proie. Elle met les petits plats dans les grands, son ensemble de lingerie le plus sexy, simplement un tablier par-dessus, et commande une livraison de repas à 20 h 30 pétantes ; il ne faut pas qu’ils mangent trop tard, le reste de la soirée DOIT être consacré à sa mission. Elle sort le grand jeu. Elle s’apprête à jouer la partie de sa vie. Loulou69, lui, ne s’est jamais senti aussi bien qu’en ce moment. Sa petite chérie lui concocte une soirée. Elle lui a envoyé un message pour lui dire qu’elle s’occupait de tout. Il n’en revient pas de la chance qu’il a. Tomber sur elle, au hasard sur ce site, et trouver la perle rare, celle qui sait répondre à ses attentes, tant sexuelles que physiques ou mentales. Elle coche toutes les cases, alors qu’il était persuadé qu’il allait devoir constamment passer d’une fille à une autre, d’une pute à une autre, pour assouvir ses désirs. Ce petit bout de femme lui fait voir la vie autrement et change tous ses plans. Jamais il n’aurait pensé se caser. Aujourd’hui, il pense à la maison, au jardin, au chien qui joue à la balle, aux enfants sur une balançoire, aux joyeux repas de famille, aux vacances en Bretagne, aux soirées au coin du feu. À la vie rêvée, quoi.
Christie est la femme parfaite, et ce, à tous les niveaux. Elle sait se montrer docile ou sauvage, dominante ou soumise, et elle est gentille, tellement gentille ! Il n’a plus besoin de papillonner. Il a trouvé son bourgeon. Celui sur lequel il veut butiner jusqu’à la fin de sa vie. C’est rapide, lui diriez-vous. Rapide oui, mais si bon. Saisir l’opportunité. Ne pas la laisser filer. La serrer fermement pour qu’elle ne s’échappe pas. L’enlacer tendrement pour qu’elle ne s’envole pas.
Au travail, il s’impatiente devant son ordinateur, en ayant l’impression que les minutes durent une année entière. Même deux. Est-ce que tous les hommes amoureux sont comme ça ? Niais, sensibles et à la merci de leur belle ? Est-ce que le temps s’arrête quand ils sont loin de leur moitié ? C’est ça, alors, l’amour ? Ça booste et ça brûle ? Ça excite et ça rend dingue ? Comment peut-on être aussi accro ?
En tout cas, lui, il est comme ça. Réduit à peau de chagrin quand il ne la voit pas. Éperdument amoureux quand elle est dans ses bras. Et Christie s’en frotte les mains. Fort fort fort. Elle le mène par le bout de la queue qu’il tient bien droite dès qu’elle est proche de lui. Toujours alerte. Toujours prête à l’emploi. Les hommes ne pensent qu’à ça, elle l’a toujours su, et ce gugusse ne fait que confirmer la règle. De tous ses clients, c’est d’ailleurs le plus faible d’entre eux. Comme quoi, même les plus faibles comme lui cachent bien leur jeu et peuvent être les plus forts, les plus machiavéliques, les plus sadiques. Elle imagine un curriculum vitae long comme le bras à faire pâlir n’importe quel mec incarcéré à perpétuité. Parce que comme ça, il ne paye pas de mine, mais sous sa carapace, c’est un tordu, un taré de la première heure.
Et il va manger.
Et il va morfler.
Pour ce qu’il a fait.
Une éternité qu’elle attend ce moment. Son cœur et son corps sont en ébullition. Elle tente de se calmer et boit un grand verre de vin. C’était une bouteille réservée pour la soirée, mais elle l’a déjà bien entamée. Tant pis, de toute façon, toute cette panoplie, cette belle table, ces belles bougies, ce beau rouge à lèvres, ces beaux yeux maquillés, tout ça n’est qu’un leurre pour appâter et mettre en confiance sa proie, si tant est que tout cela soit nécessaire. Il est déjà prisonnier, le bouffon. Il n’a rien vu venir. Il s’est fait avoir comme un débutant. Tellement en manque d’amour qu’il a jeté son dévolu sur elle encore plus vite que la misère ne s’est jetée sur le pauvre monde. Son esprit, son corps et son cœur ne se concentrent que sur Christie. Christie et rien d’autre.
Une obsession.
En temps normal, elle serait partie en courant devant l’attitude d’un client comme celui-ci. Pas de sentiment dans ce métier, sinon on morfle et on ne peut plus travailler dans les règles de l’art. Un client épris, c’est quand même flippant. Il est flippant de toute façon. Mais elle a su le prendre du bon côté, elle a su faire de lui un homme faible parce que amoureux.
18 h 30, pas une minute ni une seconde de plus, Loulou69 quitte son travail. Vingt minutes de trajet à bord de sa Seat et il retrouve sa dulcinée, son rêve, sa perfection. Il la trouve divinement belle quand il l’aperçoit de dos, penchée au-dessus de l’évier, très légèrement vêtue, alors qu’il passe tout juste le pas de la porte. Immédiatement, il la désire. Instantanément, il sent l’excitation envahir chaque parcelle de son corps et remercie la vie d’avoir mis une telle bombe sur son chemin. Un ange tombé du ciel. Un génie échappé de sa lampe. Une chenille devenue le plus beau papillon de l’univers. Des ailes qu’il a envie de caresser, une beauté et une douceur qu’il a envie de garder rien que pour lui.
Elle se retourne et lui sourit. Il fond. En se débarrassant rapidement de son attaché-case et de sa cravate, il s’empresse de la rejoindre pour l’envelopper de ses bras. Elle le regarde et l’embrasse tendrement. Ça ne peut pas être vrai.
C’est trop beau pour être vrai.
Elle le freine un peu pour faire monter encore plus la tension et l’attirance. Il bout.
L’apéritif est rapidement expédié. Très vite, l’alcool monte à la tête de l’homme excité. Très vite, elle sent qu’elle va devoir redoubler de courage pour arriver à ses fins. Depuis le début, elle se force, depuis le début, elle ment. Encore un dernier petit effort, elle tient le bon bout. En tout état de cause, c’est autre chose qu’elle tient entre ses mains qu’elle s’empressera de laver.
Après.
Pas tout de suite.
Pour l’instant, il faut le laisser frémir.
À gerber.
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