Déchaînée

Maud Viotty · Chapitre 26 sur 48

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Déchaînée

Rien ne peut l’arrêter, désormais. Christie est…

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 Rien ne peut l’arrêter, désormais. Christie est morte de trouille, mais déterminée. Sa victime coupable est devant elle, sur le lit, pieds et poings liés. Inoffensif. Apeuré, lui aussi. Il ne la connaît pas tant que ça finalement et ne sait pas de quoi elle est capable ni ce qu’elle lui veut. Il hurle et elle le frappe avec la lampe de chevet pour calmer ses ardeurs. Ce qu’elle veut ? Une vengeance. Et la vengeance est un plat qui se mange froid, Lio l’a assez chanté. Et même qu’il va se glacer les doigts. Il n’aura que ce qu’il mérite. Elle veut l’humilier et commence par se mettre debout sur le lit au niveau de sa tête. Elle ne peut pas croire ce qu’elle fait, mais elle se lance. C’est maintenant. Elle lâche les vannes et lui urine dessus. Elle-même en est dégoûtée. Rien de pire, rien de plus méprisant que ça. Il hurle de nouveau.

 — T’es une grande malade ! dit-il en tournant la tête pour éviter le jet. Faut te faire enfermer !

 — Ouvre la bouche, connard ! Bois, parce que c’est peut-être le dernier plaisir que tu auras sur cette terre.

 Il vomit tripes et boyaux. Il en a partout.

 — Ah non ! T’étouffe pas avec ta gerbe, je n’en ai pas fini avec toi. Il crache tout ce qu’il peut cracher. Elle s’assoit violemment sur son ventre. Sans pitié. Et le gifle plusieurs fois d’affilée. Elle se serait bien servie de ses poings pour lui casser la gueule, mais honnêtement, elle n’a jamais fait ça de sa vie, elle serait capable de manquer son coup et de se faire mal. C’est lui qui doit souffrir. Pas elle. Sa violence se décuple au fur et à mesure. Plus elle frappe, plus elle y met de la force. — Arrête, je t’en supplie...

 — Ta gueule ! Tu peux me supplier tant que tu veux, je m’en fous, comme tu peux pas imaginer ! Tu pensais sérieusement que j’étais en train de tomber amoureuse de toi ? Sans rire ? Tu croyais que je prenais mon pied ? Que nenni , sombre con. Que nenni ! Et elle éclate de rire. Un rire intense, révolté. Survolté. Son visage redevient agressif, d’un seul coup.

 — Je ris, alors que ça fait plusieurs mois que je ne fais que pleurer. Par ta faute, petit enculé.

 — J’ai rien fait... Pourquoi tu t’en prends à moi ?

 — Arrête, je vais verser ma larme... Ah bah non, je n’en ai plus. Non, je n’ai plus de larmes, tout a déjà coulé, je me suis noyée dans mon chagrin. Que tu le veuilles ou non, c’est à toi de chialer, maintenant. — Au secours ! ose-t-il crier.

 Le sang de Christie ne fait qu’un tour. Elle empoigne le radio-réveil sur la table de nuit et le cogne avec. L’arcade sourcilière gauche éclate et pisse le sang dans la foulée.

 — Ah... zut, tes draps sont bons à foutre à la poubelle, ironise-t-elle alors qu’il est dans les vapes.

 Elle saute du lit, file dans le salon, fouille dans son sac et revient avec un gros rouleau de ruban adhésif dont elle déroule un morceau qu’elle lui colle sur les lèvres.

 — Au moins, comme ça, t’arrêteras de crier, bouffon. Et je peux continuer à m’amuser tranquillement.

 Sonné, il ne réagit pas. À mi-chemin entre conscience et inconscience, il ne voit pas qu’elle cherche de nouveau quelque chose dans son sac. Elle sort un paquet de cigarettes et s’en allume une, comme pour signer la première mi-temps.

 — 1-0, retour au vestiaire, coupure pub, ricane-t-elle, en tirant sur sa clope.

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