Déchaînée

Maud Viotty · Chapitre 38 sur 48

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Déchaînée

Puisque les flics étaient des incapables, c’est…

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 Puisque les flics étaient des incapables, c’est elle qui retrouverait l’assassin.

 Puisque la peine de mort était abolie, c’est elle qui se ferait justice, elle-même.

 Certes, au moment du drame, les jumelles habitaient à des milliers de kilomètres l’une de l’autre et, fatalement, la distance avait joué sur leur complicité. Christie avait besoin de respirer un autre air que celui que Stéphanie voulait bien lui laisser. Dominante et dominée. Sans le vouloir. C’est la nature qui avait décidé. Complémentaires. Dépendantes l’une de l’autre. Patience et admiration ou force et protection. Et l’amour. Un amour que seuls les jumeaux peuvent comprendre. Vouloir se détacher tout en restant accrochées. Stéphanie passait son temps à raconter sa vie en détail. Christie écoutait. Stéphanie avait endossé le rôle de la grande sœur protectrice et envahissante, Christie celui de la timide, toujours à l’écoute. Toujours là pour l’autre, elles s’embellissaient réciproquement. Stéphanie tentait de décoincer Christie, tandis que Christie calmait les ardeurs de Stéphanie. Elles s’autorégulaient. Fausses jumelles, elles se complétaient. La brune et la blonde, le feu et la glace.

 Alors Christie connaissait le goût prononcé de sa sœur pour la fête et les rencontres. Quand elles arrivaient à s’appeler, l’une et l’autre aux extrémités de la planète, Stéphanie riait de ses soirées avec des mecs un peu lourdingues, avec d’autres carrément beaux gosses, ou se plaignait des dimanches de déprime, calée au fond du canapé à regarder Dirty Dancing ou Coup de foudre à Notting Hill. Elles avaient un rituel entre elles. C’est Christie qui l’avait instauré. O.K., elle était à l’autre bout du monde, mais elle exigeait d’avoir un message de sa sœur avec le pedigree des mecs avec qui elle avait rencard. Histoire de savoir. Au cas où.

 Mais cette fois-là, Stéphanie n’avait rien dit. Pas de messages, pas de sortie officielle. Christie pensait même que sa frangine s’était assagie. C’est vrai que pendant près d’une semaine, elles ne s’étaient pas donné de nouvelles. Mais ça pouvait arriver. Le temps, le boulot, des journées super chargées leur faisaient parfois manquer quelques rendez-vous téléphoniques. Rien de grave, juste des périodes plus ou moins enrichies en discussions et confidences. D’autant que cette semaine-là, Stéphanie avait prévenu qu’elle ne serait pas très disponible pour des appels. Ça tombait bien – pour l’agresseur – et mal – pour les enquêteurs. Pas moyen de savoir à quel moment elle avait arrêté de donner signe de vie.

 Quand le drame était arrivé, immédiatement, l’agression en pleine rue avait été retenue comme l’une des hypothèses les plus probables. Mouais. Ça peut arriver. Mais ce que les super flics n’ont pas fait, Christie s’y est attelée. Elle a juste creusé un peu plus qu’à dix centimètres de profondeur. Et laissant sa timidité et sa faiblesse de côté, elle s’est juré de prendre sa revanche, de retrouver celui qui avait ôté la vie de sa frangine et de lui en faire baver. Sans se poser de limites. Elle ferait tout ce qu’il était possible de faire.

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