Déchaînée

Maud Viotty · Chapitre 27 sur 48

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Déchaînée

Retour à la case départ. Non, retour…

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 Retour à la case départ. Non, retour à la case prison. Prison de pierres. Dans un état pire qu’avant. Face à un monstre encore plus énervé et furieux qu’au début. Si elle avait attendu, si elle avait continué à l’attendrir, à le calmer, peut-être que... peut-être que rien du tout. Elle qui passait sa vie à se plaindre, avant. Elle qui jouait les éternelles insatisfaites. Elle aurait aujourd’hui toutes les raisons valables de crier « Au loup ! », mais c’est trop tard, le petit Pierre a ameuté les foules pour un rien de trop nombreuses fois et, maintenant, il est seul au monde face au danger. Elle est seule au monde face au danger. En lambeaux, dans ses vêtements qui n’en sont plus, dans un corps qui n’est qu’hématomes et plaies en tout genre, son esprit vagabonde sur le chemin sinueux de la douleur. Elle veut mourir maintenant.

 C’est probablement ce qu’il veut lui aussi.

 Après s’être déchaîné sur elle comme un chien enragé, il est parti et l’a laissée pour morte sur le sol glacé. Mais elle vit encore. Elle sait qu’elle n’a pas passé le cap parce qu’elle a mal. Et quand on a mal, c’est qu’on vit. Elle ne veut plus avoir mal, elle ne veut plus vivre. Elle veut partir. S’envoler vers un paradis ouaté et accueillant. Tant pis si elle n’a pas eu le temps de dire à ses proches qu’elle les aime du plus profond d’elle. En ce moment, au plus profond d’elle, c’est la douleur la maîtresse des lieux.

 Des tremblements s’ajoutent aux gémissements. Elle convulse et se sent partir. Enfin... Puis les spasmes reprennent, les crampes s’enchaînent et le manque s’intensifie pendant de longues minutes avant de la laisser sombrer. Elle rêve de nouveau, ou elle pense, elle ne sait plus très bien. Elle a été heureuse, petite. Elle a eu tout ce qu’elle voulait. Qu’il est chaleureux et agréable de replonger dans ses années d’insouciance où rien ne l’atteignait et où tout lui réussissait ! Un regret, peut-être. Celui d’être tombée amoureuse d’un mec qui n’en valait pas la peine quand elle était toute jeune adulte.

 En attente continuelle d’un signe, d’une marque d’affection de la part de celui qu’elle aimait, elle le suivait comme un chien obéissait à son maître. Il était beau. De cette beauté qu’ont les bad boys . La belle et la bête. Il était réputé pour faire les quatre cents coups, elle, pour faire craquer la terre entière. Il n’était pas si beau que ça, en réalité. Mais sa popularité parlait pour lui. Il était attirant parce qu’écorché vif. Il était le méchant qui faisait jouer sa réputation pour attirer la gent féminine. Elle était jeune et pensait qu’il allait s’assagir. Elle a tout fait pour. Il n’en avait que faire. Il ne la maltraitait pas, il ne savait pas l’aimer, fin de l’histoire. Il pensait que c’était acquis, qu’elle et lui c’était pour la vie, et ne lui prêtait plus aucune attention. Elle ne servait que pour faire bonne figure et redorer son blason en surface.

 Elle a souffert, n’a rien dit puis a fini par ne plus attendre quelque chose de lui. Par ne plus espérer un geste tendre ou un mot doux de sa part. Elle est allée prendre son pied avec quelqu’un d’autre plutôt que de se prendre des vacheries en pleine tête à longueur de journée par celui qu’elle pensait, au départ, aimer pour le reste de ses jours. C’était couru d’avance, alors que franchement, elle déteste faire du footing, même la marche à pied, elle a horreur de ça. Et là, elle s’est pris les baskets, la ceinture de running et les écouteurs en pleine face. Le truc cousu de fil blanc et jaune cocu. Rien à foutre d’aller voir ailleurs. C’est qu’elle n’avait plus de sentiments. Et lui ne l’aimait pas comme il fallait. Ou en tout cas, il ne lui montrait pas et pensait que la vie c’était baiser sans préliminaires, ne pas discuter, jamais, paraître, toujours, et aller voir ses potes pour une partie de poker. Non, non, ce n’était pas un macho, il ne savait pas aimer, voilà tout. Alors qu’elle avait tellement de tendresse qu’elle aurait pu en revendre sur leboncoin, lui ne voyait rien de tout ça. Il n’avait pas besoin de bisous, de câlins et de tous ces « trucs de nanas », qu’il disait.

 Ça a duré trois ans. Trois ans, c’est long quand on n’en a à peine vingt. Quand elle est partie, il l’a suppliée de revenir. Mais c’était terminé. Basta. Cia. Hasta luego . La belle a recommencé à vivre et s’est dit, à partir de ce moment-là, qu’elle avait gâché la fin de son adolescence et qu’elle allait profiter de sa vie de jeune adulte. Elle a enchaîné les soirées dans des bars et les nuits avec des mecs. Plusieurs par semaine. Elle se respectait, ne couchait pas forcément. Elle s’amusait. « C’est dangereux ce que tu fais », lui répétait sans cesse son entourage. Elle n’écoutait personne d’autre que son envie de rencontrer du monde.

 Plein de monde.

 Des mecs.

 Plein de mecs.

 Ensuite, il y a eu Bertrand, mais ça n’a pas duré. Elle a repris ses folles soirées et ses rencontres délurées. Elle se faisait souvent brancher. Elle savait que sa plastique et son déhanché sur la piste de danse attiraient. Elle n’aguichait jamais. Son tempérament solaire suffisait pour aimanter même les plus inatteignables rapaces. Une beauté naturelle. Un don pour plaire sans le vouloir. Elle le savait. Elle s’en amusait. Elle en abusait. Jusqu’à ce soir de trop.

 Un verre, deux verres. Un cachot.

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