Déchaînée

Maud Viotty · Chapitre 23 sur 48

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Déchaînée

Avant que la scène ne commence, elle…

*

 Avant que la scène ne commence, elle pianote un message sur son téléphone et appuie sur « envoyer ».

 Collée à lui, Christie ondule son corps telle une déesse endiablée au rythme d’une playlist spécialement préparée pour l’occasion. Il frissonne. Il devient vapeur. Otis Redding enchaîne après Nina Simone et Ben E. King. Du classique. De l’indémodable. Et du sûr. Comme elle. Sûre, déterminée. Rien ne peut l’arrêter. Elle le cuisine, le saisit dessus, dessous, l’assaisonne comme il faut pour n’en faire qu’une bouchée. Pourtant elle n’a pas faim. Lui, crève d’envie de manger. Pas manger de la nourriture.

 Il veut la manger, elle.

 Heureusement qu’elle a fait livrer un repas de pacotille, juste pour l’apparence. Passer trois heures à concocter un petit plat sans amour pour un mec qui ne vaut rien n’aurait pas servi à grand-chose à part à perdre son temps. Il ne le mérite pas et elle n’est pas là pour ça. À chaque cause suffit sa peine.

 Elle l’embrasse à pleine bouche. Elle se déhanche, se frotte à lui, se trémousse, lui souffle dans le cou et l’entraîne dans la chambre. Tous deux s’allongent sans tarder. Elle sur lui.

 Dominer.

 Mener la danse.

 Le faire valser.

 Elle sort plusieurs paires de menottes.

 — Tout ça ? rigole-t-il. T’as invité des copines à toi ? — Non, elles sont toutes pour toi. Je veux faire de toi mon objet. — J’adoooore cette initiative, lui chuchote-t-il à l’oreille d’une voix suave. Fais de moi ce que tu veux.

 Il ne croit pas si bien dire, pauvre taré.

 Les yeux pleins de malice, elle attache les poignets et les chevilles de Loulou69 aux extrémités du lit, puis lui bande les yeux. — Je me languis d’avance, ma belle...

 — Attends deux petites secondes.

 Elle saisit le téléphone de l’homme à sa merci, le déverrouille, tape un message et le repose.

 — À nous deux, mon chéri.

 Elle le chevauche et lui mord violemment le torse. — Aïe ! Tu fais dans le SM, maintenant ? Je croyais que tu n’aimais pas ça ?

 — Oh que si, et tu ne perds rien pour attendre, connard ! Sa voix a changé. Elle n’est plus ni douce, ni mélodieuse, ni agréable. Elle est glaciale, agressive, métamorphosée.

 Loulou69 perd son assurance et refroidit aussi vite qu’il s’était enflammé. — C’est quoi ton délire, là ?

 — Ce n’est pas un délire. C’est la vie. La roue tourne, qu’est-ce que tu veux ? La roue tourne même plus vite que prévu. — De quoi tu parles ? demande-t-il. Enlève-moi ce bandeau et détache-moi, ça ne me fait pas rire.

 — Je ne suis pas là pour rire, ça tombe bien. Je suis là pour autre chose. — Bon, arrête ça tout de suite ! Enlève-moi ces trucs, bordel ! Il gesticule en vain, tente de tirer sur les menottes, de plier les jambes, mais rien n’y fait. Il espère malgré tout que c’est une blague, qu’elle veut jouer avec lui. Mais cette voix...

 — Putain, mais merde, t’es devenue folle ?

 — Oh non, je suis parfaitement lucide, je sais exactement ce que je fais, t’en fais pas pour moi ! En revanche, tu devrais t’inquiéter pour toi... — C’était trop beau, je le savais... Tu veux quoi ? Du fric ? J’ai pas de liquide ici.

 — Non, c’est pas ton pognon qui m’intéresse ! Je vaux bien mieux qu’un petit banquier merdique dans ton genre...

 — Alors tu veux quoi ? Ôte-moi le bandeau au moins, qu’on puisse discuter...

 — Ah tiens, oui, bonne idée, je vais pouvoir te regarder droit dans les yeux et voir la peur grandir en toi.

 — T’es complètement barge. Si tu veux me faire peur, c’est bon t’as gagné. Barre-toi de chez moi et on en reste là.

 — Ah, mais t’as pas bien compris, mon petit. Ça ne fait que commencer. Tu vas payer. Et crois-moi, la note est plutôt salée. Et comme ce n’est pas d’argent dont j’ai besoin, tu vas devoir t’acquitter autrement de ta dette. Je vais te rendre la monnaie de ta pièce, quoi.

 — Mais, bordel, de quoi tu parles ?

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