Déchaînée

Maud Viotty · Chapitre 35 sur 48

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Déchaînée

Le calvaire dure depuis quelques minutes, pas…

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 Le calvaire dure depuis quelques minutes, pas plus. Pourtant, Loulou69 souffre le martyre et a l’impression qu’il est attaché depuis des heures. Elle veut se venger, c’est ça ? Elle veut lui faire subir ce qu’a subi sa sœur ? Elle a vécu quoi, au juste ? Mais oui, il sait. Il sait qu’elle sait qu’il sait. Il aimerait poser un milliard de questions à Christie et la raisonner. Pourquoi lui ? Il aime le cul, mais ça ne fait pas de lui un meurtrier... Il voudrait lui parler, il a la bouche obstruée. De son côté, elle n’a pas besoin d’explications. Elles ne changeraient rien à la donne. Elle veut accomplir sa mission. Point. Elle n’en démordra pas. Ses yeux parlent pour elle. Du mépris, de la colère, de la fureur, de la folie, de la haine, de la haine, beaucoup trop de haine.

 Elle sort de la chambre, le laissant seul, et revient quelques secondes après, avec un couteau de cuisine dans la main droite. Énorme, le couteau. Presque une machette.

 Film d’horreur en plein tournage. Aucune issue. De la peur dans ses yeux à lui.

 De la détermination dans ses gestes à elle.

 On croirait qu’elle a pris des cours de sadisme. Elle pointe la lame sur un des pieds de son prisonnier, appuie puis remonte le couteau le long de sa cheville, de son tibia, passe le genou, appuie plus fort, enfonce un peu plus pour faire jaillir du sang de sa cuisse, arrive à l’aine, dévie sur les testicules. Elle relève la pointe et l’enfonce à nouveau entre les deux boules. Le bout de scotch collé sur la bouche de Loulou69 n’atténue pas le cri de douleur. — Voilà ce que tu es vraiment, petit branleur. Un pleurnicheur, une mauviette, une loque. Tu peux pas savoir comme ça me fait du bien de te voir diminué de la sorte et à ma merci. Stéphanie, si elle était là, serait bien plus horrible que moi, sois-en sûr.

 Le couteau continue son trajet sur le ventre, les pectoraux, la clavicule et vient se loger dans le cou. Il se débattait jusque-là, mais stoppe net son agitation. Si elle enfonce la lame, il est mort.

 — Tu vois que tu peux être calme quand tu veux ! Il déglutit. Peut-être une des dernières fois qu’il avale sa salive. Elle maintient le couteau enfoncé dans sa gorge et le regarde droit dans les yeux, sans sourciller.

 Fureur et férocité.

 Folie et arrogance déplacée.

 — Crois-moi, t’es pas près de te resservir de ta bite ! Ma sœur a payé trop cher, je ne peux pas laisser passer ça.

 Il veut hurler que ce n’est pas lui. Il n’a rien fait. Il ne sait pas comment s’est finie cette fameuse soirée, parce qu’il est rentré chez lui, il s’est branlé devant un bon porno et s’est endormi sur le canapé, à moitié rassasié de sexe. Autorassasié. Et s’il est bien sûr d’une chose, c’est qu’il n’a pas touché Stéphanie. Il a été entendu par les flics, il a flippé, mais il avait eu le bonheur de croiser un voisin dans l’escalier de son immeuble en rentrant du Mojito and co . Sauvé. Christie, elle, était persuadée que le voisin était de mèche. Sacrément balaise, la mèche. Une perruque entière, avait-elle pensé. Les poulets lui avaient montré les photos du supplice de la jeune femme, il avait retenu son repas de la veille pour éviter de vomir et d’arroser le bureau de l’enquêteur.

 Non, il n’avait rien à voir avec cette histoire. Selon Christie, il est le cœur de cette histoire. Elle sait qu’il sait, mais pas parce qu’il a fait quoi que ce soit. Parce qu’on lui a montré les clichés de la police scientifique et que les photos étaient horribles et Stéphanie dans un état abominable. Il a des travers, des défauts, il s’emballe un peu vite, c’est vrai. Il peut être pressant, mais jamais de la vie il ne violenterait une femme de la sorte. Jamais, jamais, jamais.

 La pointe du couteau n’a pas fini sa balade corporelle. Elle redescend lentement, sûrement, profondément. La peau de Loulou69 saigne au passage de la lame. Son corps est en ébullition. Alors qu’elle était sur le côté du lit jusqu’à présent, elle monte à califourchon sur lui, au niveau des genoux pour neutraliser les jambes du meurtrier présumé. C’est sans compter sur l’agitation de celui-ci qui n’a pas l’intention de se laisser faire et qui se débat autant que les menottes le lui permettent.

 — Espèce de connard ! T’as beau bouger comme tu veux, tu vas y passer. Elle retrouve la position debout, près de lui. Elle prend son sexe dans la main.

 — Regarde-moi ça, tu es tout mou...

 Et d’un geste franc et rapide, précis et propre, elle tend le sexe et donne un coup de couteau de sa main droite. Aiguisé juste ce qu’il faut. Elle s’y reprend à deux fois, quand même, pour sectionner l’organe dans sa totalité. En deux coups, elle le prive de sa virilité. Trop facile. Un haut-le-cœur lui traverse le corps. Elle n’est pas vraiment habituée. C’est la vengeance qui l’a guidée. La haine, aussi. Téléguidée, obnubilée, transportée dans un corps sans âme, sans cœur et empli de colère qu’elle ne peut maîtriser. Il fallait qu’elle le fasse.

 Elle n’en revient pas : elle est allée au bout pour lui couper son bout. Elle a baisé pour qu’il ne puisse plus baiser. Elle doit le tuer pour qu’il ne puisse plus tuer. Elle le fait morfler autant qu’il a fait morfler. C’est de bonne guerre. Donnant, donnant. Ne fais pas aux autres ce que tu n’as pas envie qu’on te fasse. Il a joué, il a perdu.

 L’homme pisse le sang, ses yeux sortent de leurs orbites, ses veines saillantes ne demandent qu’à exploser. Une boule de nerfs en pleine exécution. L’hémoglobine gicle comme un geyser au visage de Christie qui s’essuie comme elle peut. Une vraie boucherie. Une scène de crime dégueulasse et rouge vif.

 La marionnette désormais asexuée finit par s’évanouir en se vidant entre les jambes. Une rivière de sang inonde le lit.

 Hémorragie.

 Elle lui donne des baffes pour le réveiller.

 — Ah non ! Reviens à toi, bordel ! Tu vas pas partir tout de suite, c’est pas fini.

 Il ouvre les yeux et vomit. Le scotch résiste. Il ravale tout et revomit. Il va s’étouffer, le con.

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