Déchaînée
Quand elle sort du commissariat, Christie n’est…
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Quand elle sort du commissariat, Christie n’est pas franchement à son aise. Oui, en se prostituant, elle est devenue prostituée, mais peut-être qu’elle aurait dû, aussi, davantage s’entraîner à tuer pour devenir la parfaite meurtrière.
Elle n’a pas pensé aux conséquences et n’a pas réfléchi à tout ce que les poulets allaient vérifier, éplucher, fouiller (ils n’avaient pas fait leur job pour retrouver le fou qui avait ôté la vie de sa sœur, donc...). Elle n’a pas pensé non plus que Loulou69 était seul au monde et que, forcément, elle serait la seule porte d’entrée dans son intimité. Que la police l’interrogerait en premier. Fatalement.
Mais, même si elle finit sa vie en prison, peu lui importe. Au Canada, elle a tenté d’oublier, de passer à autre chose. C’était encore pire que si elle était restée en France. Libre, loin de tout, elle ne pensait qu’à Stéphanie, le jour, la nuit. Elle pleurait et ne comprenait pas comment l’enquête n’avait pas pu remonter jusqu’à l’assassin. Alors enfermée et condamnée, ça ne pourrait pas être pire.
C’était pourtant pas sorcier, hein, de pousser l’enquête du dossier Carpentier.
Il lui a juste fallu regarder sur le site de rencontres que sa sœur consultait de temps à autre et de remonter le profil des mecs qui avaient liké celui de Stéphanie.
Elle a pointé du doigt Loulou69. Un pseudo ridicule. Une haine immédiate contre ce type. Bien sûr qu’il avait été interrogé au moment de l’enquête sur sa sœur. Bien sûr qu’il avait été innocenté. Un alibi. Pas de mobile, apparemment. Mais oui, et là, la marmotte, elle met le chocolat dans le papier.
Parce que Christie est allée bien plus loin que le bout de son nez et encore plus loin que l’écran d’ordinateur derrière lequel il se cachait, l’enculé.
Elle a contacté un max de nénettes inscrites sur le même site et qui avaient rencontré ce Loulou69. Elles avaient été unanimes. C’est un connard, presque violent, hyper possessif, qui s’accroche en deux temps trois mouvements et qui ne vous lâche plus. Un paumé, quoi. Un raté, en somme. En addition, en multiplication de conquêtes. Un de ceux qui ne supportent pas ne pas avoir l’exclusivité, alors qu’on se le dise, les sites de rencontres, c’est un vaste champ de baise à tout-va, et rien d’autre. Que celles et ceux qui ont trouvé l’âme sœur comme ça lèvent le doigt. S’il sentait une réticence, il laissait tomber, mais s’il sentait une ouverture, il se voyait marié, avec chien, maison, enfants et balançoire dans le jardin.
Christie a pris son bâton de pèlerin et s’en est allée en campagne. En mission commando. Pire que le GIGN. Pire qu’un essaim de guêpes. Prête à tirer, prête à piquer. Prête à blesser, prête à tuer. Coûte que coûte. Vaille que vaille. D’autant que Stéphanie lui avait parlé de ce Loulou69. Elle lui avait dit qu’il était un peu pressant, par messages. Il voulait la voir, la rencontrer. Stéphanie, elle, même si elle se plaisait à voir beaucoup d’hommes, avait une règle : d’abord échanger des messages, quitte à y passer des heures et des heures, mais elle voulait connaître l’autre, même si on ne connaît jamais vraiment les personnes des réseaux sociaux, avant d’accepter un rendez-vous. Elle avait fini par céder par lassitude ou par défi, allez savoir, et pour confirmer, en face-à-face, qu’il était peut-être beau, mais qu’il ne correspondait pas, mentalement en tout cas, à ce qu’elle recherchait. Elle avait parlé de Loulou69 à sa frangine, oui, mais elle ne l’avait pas avertie qu’elle allait le rencontrer.
Christie s’était mise dans la peau de sa sœur pour essayer d’imaginer ce qu’elle avait ressenti ce soir-là, et tout s’était clairement dessiné grâce aux différents témoignages qu’elle avait reçus d’autres filles tombées dans les mailles du filet de Loulou69. Elle avait dû lui sourire, et lui, dans sa tête, lui passait déjà la bague au doigt. Puis elle avait dit non, il n’avait pas accepté, il l’avait mangée toute crue. Sans sauce, sans condiment, à sec.
Loin d’elle l’idée de penser que Bertrand ait pu s’immiscer dans ce bazar. Cet enfoiré de flic lui a mis le doute. Bertrand serait si obsédé qu’il aurait sauvagement éliminé Stéphanie ? Est-ce qu’elle doit craindre aussi qu’il fasse la même chose avec elle ? S’est-elle trompée de proie ? Non, le flic n’a fait que des allusions. Il lui a retourné le cerveau. Ça, pour le coup, il a réussi. Mais de là à trouver la personne qui a tué Laurent Michelin...
Elle balaie de son esprit l’idée que Bertrand puisse avoir eu un rôle prépondérant dans cette histoire mais, malgré elle, son image revient sans cesse tambouriner sa tête.
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