Fondation

Asimov · Chapitre 12 sur 44

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Fondation

Chapitre IV

La psychologie était la clef du problème : il en était sûr.

Il essaya désespérément de se souvenir de la théorie psychologique qu’il avait apprise jadis. Et il en tira aussitôt une conclusion.

Un grand psychologue comme Seldon était capable de lire assez clairement dans l’enchevêtrement des émotions et des réactions humaines pour pouvoir prédire la tendance générale de l’avenir.

Et cela signifiait... hum... hum !

 

IV

Le seigneur Dorwin prisait. En outre, il avait des cheveux longs et des boucles qui devaient manifestement beaucoup à l’art du coiffeur, ainsi que de longs favoris blonds qu’il caressait tendrement. Il s’exprimait avec une extrême affectation et ne prononçait pas les r.

Hardin, pour le moment, n’avait pas le temps de réfléchir aux raisons qui l’avaient fait prendre en grippe le noble chancelier. Certes, il y avait les gestes élégants de la main dont l’autre ponctuait ses propos, et la stupide

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condescendance qui marquait fût-ce la plus simple de ses phrases.

Le problème maintenant était de le retrouver. Il avait disparu avec Pirenne une demi-heure auparavant, complètement disparu, l’animal.

Hardin était sûr que sa propre absence lors des discussions préliminaires faisait parfaitement l’affaire de Pirenne.

On avait vu Pirenne dans ce corps de bâtiment, à cet étage. Il suffisait d’essayer toutes les portes. Il poussa un battant et distingua aussitôt le profil facilement reconnaissable du seigneur Dorwin qui se détachait sur l’écran lumineux.

Le chancelier leva les yeux et dit : « Ah ! Ha’din. Vous nous che’chiez sans doute ? » Il lui tendit une tabatière à l’ornementation chargée et, quand Hardin eut poliment refusé de se servir, le seigneur Dorwin prit une pincée de tabac en souriant gracieusement.

Pirenne considérait la scène avec mépris, Hardin avec une parfaite indifférence.

Le seigneur Dorwin referma le couvercle de sa tabatière avec un petit bruit sec, puis il dit : « C’est une supe’be ‘éussite que vot’e Encyclopédie, Ha’din. Une ent’p’ise digne des plus g’andes œuv’es de tous les temps.

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— C’est l’avis de la plupart d’entre nous, monseigneur. Mais nous ne sommes pas encore au terme de notre travail.

— D’ap’ès ce que j’ai vu du fonctionnement de vot’e Fondation, voilà qui ne m’inquiète guè’e. » Il se tourna vers Pirenne qui répondit par un petit salut ravi.

Ils sont trop mignons, songea Hardin. « Je ne me plaignais pas tant, monseigneur, dit-il tout haut, du manque d’activité de la Fondation que de l’excès d’activité que déploient les Anacréoniens, activité qui s’exerce toutefois dans une direction très différente.

— Ah ! oui, Anac’éon, fit le chancelier, avec un petit geste méprisant. J’en a’ive justement. C’est une planète tout à fait ba’ba’e. Je ne comp’ends pas comment des c’éatu’es humaines peuvent viv’e dans la Pé’iphé’ie. On n’y t’ouve ‘ien de ce qui peut fai’e le bonheu’d’un homme cultivé ; on y igno’e tout confo’t ; on y vit dans des conditions... »

Hardin l’interrompit sèchement : « Les Anacréoniens, malheureusement, possèdent tout ce qu’il faut pour faire la guerre et disposent des engins de destruction les plus perfectionnés.

— C’est v’ai, c’est v’ai. » Le seigneur Dorwin semblait agacé, peut-être n’aimait-il pas être interrompu au milieu d’une

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phrase. « Mais nous ne sommes pas là pour pa’ler de ça, vous savez. Voyons, docteu’ Pi’enne, si vous me mont’iez le second volume ? »

Les lumières s’éteignirent et, dans la demi-heure qui suivit, on ne fit pas plus attention à Hardin que s’il avait été sur Anacréon. Le livre qu’on projetait sur l’écran ne l’intéressait guère et il ne cherchait même pas à suivre, mais le seigneur Dorwin, lui, manifesta un tel plaisir que, dans son excitation, il lui arriva de prononcer un r de-ci de-là.

Quand on eut rallumé les lumières, il déclara : « Me’veilleux. V’aiment me’veilleux. Vous ne vous inté’essez pas à l’a’chéologie pa’hasa’d, Ha’din ?

— Pardon ? » Hardin dut se secouer pour sortir de sa rêverie. « Non, monseigneur, je ne peux pas dire que la question me passionne. J’ai une formation de psychologue et j’ai fini politicien.

— Ah ! Ce sont sans doute des études fo’t inté’essantes. Pou’ma pa’t, figu’ez-vous, reprit-il en s’administrant une énorme prise de tabac, j’ai un faible pour l’a’chéologie.

— Vraiment ?

— Monseigneur, expliqua Pirenne, est une autorité en la matière.

— Une auto’ité, une auto’ité, c’est peut-êt’e beaucoup di’e, fit monseigneur d’un ton

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complaisant. J’ai beaucoup t’availlé la question. J’ai beaucoup lu. J’ai étudié tout Ja’dun, tout Obijasi, tout K’omwill... enfin, vous voyez.

— J’ai naturellement entendu parler de ces auteurs, dit Hardin, mais je ne les ai jamais lus.

— Vous dev’iez les li’e un jou’, mon che’. Vous ne ‘eg’ette’iez pas. Ce voyage dans la Pé’iphé’ie n’au’a pas été inutile, puisqu’il m’a pe’mis de voi’cet exemplai’e de Lameth. Figu’ez-vous que ce texte manque complètement dans ma bibliothèque. Vous n’oubliez pas, docteu’ Pi’enne, que vous avez p’omis d’en t’ansdévelopper une copie pou’moi, avant mon dépa’t ?

— Soyez tranquille, monseigneur.

— Lameth, vous savez, reprit le chancelier d’un ton doctoral, ‘appo’te une t’es inté’essante addition à ce que l’on savait jusqu’alo’s su’la question de l’o’igine.

— Quelle question ? demanda Hardin.

— La question de l’o’igine. Savoi’en quel end’oit a p’is naissance l’espèce humaine. Vous savez bien qu’on pense qu’à l’o’igine, la ‘ace humaine n’occupait qu’un seul système planétai’e.

— Oui, bien sûr.

— Seulement, pe’sonne ne sait exactement quel système... tout cela se pe’d dans les

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b’umes de l’antiquité. Il existe bien des théo’ies, évidemment. Dans Si’ius, disent les uns. D’aut’es disent Alpha du Centau’e, ou le système solai’e, ou 61 du Cygne... tout cela étant situé toutefois dans le secteu’de Si’ius, vous ‘ema’que’ez.

— Et que dit Lameth ?

— Eh bien, il a une théo’ie absolument ‘évolutionnai’e. Il s’effo’ce de p’ouver que les vestiges a’chéologiques découve’ts su’la t’oisième planète d’A’ctu’us mont’ent qu’il existait là des colonies humaines à une époque où l’on ne connaissait pas enco’e les voyages inte’planétai’es.

— Cette planète serait donc le berceau de l’humanité ?

— Peut-êt’e. Il faud’a que je lise attentivement l’ouv’age de Lameth avant de pou voi’me p’ononcer. »

Hardin parut méditer un moment puis demanda : « Quand Lameth a-t-il écrit son livre ?

— Oh ! il doit y avoi’à peu p’ès huit cents ans. Natu’ellement, il s’est su’tout se’vi des t’avaux de G’een.

— Alors pourquoi se fier à lui ? Pourquoi ne pas aller vous-même étudier les vestiges découverts sur la planète d’Arcturus ? »

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Le seigneur Dorwin haussa les sourcils et s’empressa de humer une prise. « Mais dans quel but, mon che’ ?

— Pour recueillir des renseignements de première main, voyons.

— A quoi bon ? Ce se’ait bien t’op compliqué. J’ai les ouv’ages de tous les vieux maît’es, de tous les g’ands a’chéologues d’aut’efois... Je les conf’onte, je pèse le pou’et le cont’e de chaque théo’ie, et j’en ti’e des conclusions. C’est cela la méthode scientifique. Du moins, conclut-il d’un ton protecteur, c’est la conception que j’en ai, moi. Je vous demande un peu pou’quoi j’i’ais pe’d’e mon temps dans la ‘égion d’A’ctu’us ou dans le système solai’e, alo’s que les vieux maît’es ont fait cela bien mieux que je ne pourrais le fai’e moi-même.

— Je comprends », fit Hardin, poliment.

Et c’était cela qu’il appelait la méthode scientifique ! Rien d’étonnant à ce que la Galaxie s’en allât à la dérive !

« Si vous voulez bien me suivre, monseigneur, dit Pirenne, je crois qu’il est temps de rentrer.

— C’est v’ai, c’est v’ai. »

Au moment où ils allaient quitter la pièce, Hardin dit brusquement : « Monseigneur, puis-je poser une question ? »

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Le seigneur Dorwin sourit d’un air affable et eut un petit geste gracieux de la main. « Ce’tainement, mon che’. T’op heu’eux de pouvoi’vous aider. Si mes modestes connaissances peuvent vous êt’e utiles en quoi que ce soit...

— Il ne s’agit pas précisément d’archéologie, monseigneur.

— Non ?

— Non. Voici. L’an dernier, nous avons appris sur Terminus qu’une centrale atomique avait explosé sur la Planète 5 de Gamma d’Andromède. Mais nous n’avons eu aucun détail sur l’accident. Je me demandais si vous pourriez me dire exactement ce qui s’est passé.

— Je ne vois vraiment pas, fit Pirenne d’un ton impatient, pourquoi vous ennuyez Monseigneur avec des questions sans intérêt.

— Mais pas du tout, pas du tout, docteu’ Pi’enne, protesta le chancelier. Il n’y a pas g’and-chose à di’e su’cette affai’e. La cent’ale a, en effet, explosé et c’a été une vé’itable catast’ophe, vous savez. Je c’ois que plusieu’s millions de pe’sonnes ont pé’i et qu’au moins la moitié de la su’face de la planète a été dévastée. Le gouve’nement envisage sé’ieusement de cont’ôler de plus p’ès l’emploi de l’éne’gie atomique... mais il s’agit là, natu’ellement, de mesu’es confidentielles.

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— Naturellement, dit Hardin. Mais quelle était la cause de l’accident ?

— Ma foi, dit le seigneur Dorwin, pe’sonne ne sait t’es bien. L’usine était déjà tombée en panne quelques années plus tôt, et l’on a pensé que les ‘épa’ations avaient été mal faites. C’est si difficile de nos jou’s de t’ouver des ingénieu’s qui connaissent à fond les installations atomiques. » Sur quoi il se servit une prise d’un air mélancolique.

« Vous savez, dit Hardin, que les royaumes indépendants de la Périphérie ont également renoncé à employer l’énergie atomique ?

— Pas possible ? Ça ne m’étonne pas, vous savez. Ce sont des planètes v’aiment ba’ba’es... Mais, mon che’, ne pa’lez pas de ‘oyaumes indépendants. Ils ne sont pas indépendants, vous le savez bien. Les t’ai tés que nous avons conclus avec eux sont fo’mels. Ces planètes ‘econnaissent la souve’aineté de l’empe’eu’. Sinon nous n’au’ions pas t’aité avec elles, bien su’.

— Cela se peut, mais elles n’en ont pas moins une grande liberté d’action.

— Sans doute. Une libe’té considé’able. Mais cela n’a gu’è’e d’impo’tance. L’Empi’e peut t’ès bien suppo’ter que la Pé’iphé’ie jouisse d’une ce’taine autonomie. Ce sont des planètes qui ne nous appo’tent ‘ien, vous savez. Tout à fait ba’ba’es. A peine civilisées.

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