Fondation

Asimov · Chapitre 21 sur 44

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Fondation

Chapitre VI

— Ne vous inquiétez pas. Je me débrouillerai. Je suivrai vos instructions. » Il s’écarta, et la porte étanche se referma.

VI

Salvor Hardin ne se rendit pas directement sur Anacréon. Il n’y arriva que la veille du couronnement, après quelques visites éclair dans huit des principaux systèmes stellaires du royaume, où il ne s’arrêta que le temps de conférer brièvement avec les représentants de la Fondation.

Au terme du voyage, il demeurait écrasé par l’immensité du royaume. Ce n’était qu’un grain de poussière auprès de l’Empire Galactique dont il avait fait partie ; mais pour quelqu’un qui pensait habituellement à l’échelle d’une planète, et d’une planète faiblement peuplée, Anacréon surprenait par son étendue et sa population.

Recouvrant à peu près l’ancienne préfecture d’Anacréon, le royaume comprenait vingt-cinq systèmes stellaires, dont six comportant plus d’un monde habitable. Avec dix-neuf milliards d’habitants, la population

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était très inférieure à ce qu’elle avait été à l’apogée de l’Empire, mais elle croissait rapidement grâce au développement scientifique patronné par la Fondation.

Hardin prit conscience de la tâche qui restait à accomplir. Au bout de trente ans, seule la planète capitale bénéficiait de l’énergie atomique. Il y avait, dans les provinces lointaines, de vastes secteurs où l’on n’employait pas encore le nucléaire. Et les progrès réalisés n’avaient été possibles que parce que demeuraient en place les ruines de l’Empire décadent.

Quand Hardin arriva sur Anacréon, ce fut pour y trouver la vie normale totalement arrêtée. Il avait été témoin de quelques festivités dans les provinces ; mais, ici, tous les habitants sans distinction prenaient une part active au foisonnement de cérémonies religieuses préludant à la majorité du roi-dieu, Lepold.

C’est à peine si Hardin avait pu avoir avec Verisof un entretien d’une demi-heure, avant que son ambassadeur, épuisé, ne fût appelé d’urgence pour présider une nouvelle cérémonie. Cette demi-heure ne fut toutefois pas perdue, et Hardin s’en alla, fort satisfait, se préparer pour les fêtes nocturnes.

Il se contentait du rôle d’observateur, car il ne se sentait pas le courage d’affronter les

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obligations religieuses qui ne manqueraient pas de déferler sur lui si l’on découvrait son identité. Aussi, quand la salle de bal du palais se trouva envahie par la foule des hauts dignitaires, demeura-t-il dans l’embrasure d’une fenêtre, où l’on ne remarquait guère sa présence.

Il avait été présenté à Lepold, au milieu d’une longue file de courtisans et à bonne distance, car le roi était entouré par un halo radioactif. Dans moins d’une heure, ce même roi allait prendre place sur son trône de rhodium massif enchâssé de joyaux ; celui-ci s’élèverait majestueusement avec son auguste charge et glisserait jusqu’au balcon, au pied duquel la foule massée acclamerait son souverain jusqu’à l’apoplexie. Un moteur atomique encastré dans la masse expliquait les dimensions inusitées du trône.

Il était onze heures passées. Hardin se dressa sur la pointe des pieds pour mieux voir. Il réprima son envie de monter sur une chaise. Puis il aperçut Wienis qui se dirigeait vers lui et il se calma.

Wienis progressait lentement parmi la cohue. A chaque pas, il lui fallait dispenser quelque mot aimable à un noble seigneur dont le vénérable grand-père avait aidé le grand-père de Lepold à s’emparer du royaume.

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S’étant débarrassé du dernier pair, il parvint auprès de Hardin. Son sourire se fît plus narquois et une lueur de satisfaction brilla soudain au fond de ses yeux sombres.

« Mon cher Hardin, dit-il à voix basse, vous devez bien vous ennuyer, à vouloir garder ainsi votre incognito.

— Je ne m’ennuie pas, Votre Altesse. Tout ce spectacle est extrêmement intéressant. Nous ne voyons jamais rien de comparable sur Terminus.

— Je n’en doute pas. Mais ne voulez-vous pas que nous passions dans mes appartements où nous serons plus à l’aise pour bavarder ?

— Bien volontiers. »

Bras dessus bras dessous, les deux hommes grimpèrent l’escalier, et plus d’une duchesse brandit son face-à-main d’un air surpris, se demandant qui pouvait être cet étranger à l’air insignifiant et au costume neutre que le prince régent honorait d’une pareille marque d’estime.

Dans le cabinet de Wienis, Hardin s’installa confortablement et accepta le verre de liqueur que lui offrait son hôte.

« Du Locris, Hardin, dit-il, des caves royales. Un grand cru : il a deux cents ans. Il a été mis en bouteille dix ans avant la révolte de Zéon.

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— Un vrai breuvage de roi, fit Hardin poliment. A Lepold Ier, roi d’Anacréon. »

Ils trinquèrent, et Wienis ajouta négligemment : « Et bientôt empereur de la Périphérie. Et peut-être – qui sait – la Galaxie se trouvera-t-elle un jour de nouveau unie sous un seul sceptre ?

— Je n’en doute pas. Le sceptre d’Anacréon ?

— Pourquoi pas ? Avec l’aide de la Fondation, notre supériorité scientifique sur le reste de la Périphérie serait indiscutable. »

Hardin reposa son verre et dit : « Certes, à cela près que la Fondation se doit d’assister toute nation qui a besoin d’une aide scientifique. Etant donné le haut idéalisme qui anime notre gouvernement et le noble but que nous a fixé notre maître, Hari Seldon, nous ne pouvons favoriser personne aux dépens des autres. C’est impossible, Votre Altesse. »

Le sourire de Wienis s’élargit. « Si je puis reprendre un dicton populaire, dit-il, aide-toi, l’Esprit Galactique t’aidera. Je comprends parfaitement que, de son propre chef, la Fondation n’accepterait jamais pareille coopération.

— Je ne suis pas de votre avis. Nous avons remis en état pour vous le croiseur impérial, alors que mon Conseil de la Navigation

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désirait le garder à des fins de recherche scientifique.

— De recherche scientifique ! répéta le régent, ironique. Mais comment donc ! Et pourtant, vous ne l’auriez pas réparé, si je ne vous avais menacé d’une guerre.

— Je ne sais pas, fit Hardin.

— Moi, je sais. Et cette menace est toujours là.

— Vous voulez dire : encore aujourd’hui ?

— En fait, il est un peu tard pour continuer à parler de menace », dit Wienis après avoir jeté un rapide coup d’œil à la pendule posée sur le bureau. « Voyons, Hardin, vous êtes déjà venu une fois sur Anacréon. Vous étiez jeune en ce temps-là ; moi aussi. Mais déjà nous avions des opinions radicalement différentes sur tout. Vous êtes ce qu’on appelle un pacifiste, n’est-ce pas ?

— Je crois que oui. Je considère en tout cas la violence comme un moyen peu économique de parvenir à ses fins. Il y a toujours de meilleures méthodes, encore qu’elles soient parfois moins directes.

— Oui, je connais votre fameuse maxime : «La violence est le dernier refuge de l’incompétence. » Et pourtant, reprit le régent en se grattant négligemment l’oreille, je ne me crois pas particulièrement incompétent. »

Hardin acquiesça poliment sans rien dire.

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« Et malgré cela, poursuivit Wienis, j’ai toujours été partisan l’action directe. J’ai toujours pensé qu’il valait mieux se tailler un chemin jusqu’à l’objectif à atteindre et n’en pas démordre. Je suis parvenu par cette méthode à de grands résultats et je compte en obtenir de plus grands encore.

— Je sais, interrompit Hardin. Je crois que vous vous taillez en effet un chemin vers le trône pour vous et vos enfants, étant donné le regrettable décès de votre frère aîné et la santé précaire du roi. Car il a une santé assez précaire, n’est-ce pas ? »

Wienis fronça les sourcils en recevant cette flèche, et sa voix se fit plus cinglante. « Vous auriez intérêt, Hardin, à éviter certains sujets. Vous pouvez, en tant que Maire de Terminus, vous croire en droit de vous livrer à des remarques peu judicieuses, mais je vous prierai de ne pas abuser de ce privilège. Je ne suis pas homme à me laisser effrayer par des mots. J’ai toujours professé que les difficultés s’évanouissent quand on les affronte bravement, et je n’ai jamais encore tourné le dos.

— Vous ne me surprenez pas. Quelle difficulté vous proposez-vous d’affronter maintenant ?

— Je me propose de persuader la Fondation de coopérer avec nous. Votre politique

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pacifiste vous a amené à commettre un certain nombre d’erreurs graves, simplement parce que vous avez sous-estime l’audace de votre adversaire. Tout le monde n’a pas aussi peur que vous de l’action directe.

— Et quelles ont été ces graves erreurs que j’ai commises ? demanda Hardin.

— Entre autres, vous êtes venu sur Anacréon sans escorte et vous m’avez accompagné dans mon appartement sans escorte.

— Et quel mal y a-t-il à cela ? » Hardin jeta autour de lui un regard curieux.

« Aucun, dit le régent, sinon que derrière cette porte sont postés cinq gardes armés et prêts à tirer. Je ne crois pas que vous puissiez partir, Hardin. »

Le Maire haussa les sourcils. « Je n’en ai aucune envie pour l’instant. Vous me craignez donc tant ?

— Absolument pas. Mais cette mesure vous montrera que je suis fermement décidé. Appelons cela un signe, si vous voulez.

— Appelez cela comme bon vous semble, dit Hardin. Je n’entends pas me laisser impressionner par cet incident, quel que soit le nom que vous choisissez de lui donner.

— Je suis sûr que votre attitude va changer avec le temps. Mais vous avez fait une autre

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erreur, Hardin, et plus grave, celle-là. Votre planète Terminus est à peu près sans défense.

— Naturellement. Qu’avons-nous à craindre ? Nous ne menaçons personne et nous aidons chacun selon ses besoins.

— Et tout en restant désarmés, continua Wienis, vous avez eu la bonté de nous aider à constituer une flotte. Une flotte qui, depuis que vous nous avez fait don du croiseur impérial, est invincible.

— Votre Altesse, vous perdez votre temps, dit Hardin en faisant mine de se lever. Si vous avez l’intention de déclarer la guerre et que vous m’annoncez cette intention, veuillez m’autoriser à communiquer aussitôt avec mon gouvernement.

— Asseyez-vous, Hardin. Je ne déclare pas la guerre et vous n’allez pas communiquer avec votre gouvernement. Quand nous ouvrirons les hostilités – vous entendez, Hardin, je n’ai pas dit quand nous déclarerons la guerre –, la Fondation en sera informée par les projectiles atomiques que déverseront sur elle les unités de la flotte anacréonienne, sous le commandement de mon propre fils, à bord du vaisseau amiral Wienis, ancien croiseur de la flotte impériale. »

Hardin fronça les sourcils. « Et quand tout cela doit-il se passer ?

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— Si cela vous intéresse, les unités de la flotte anacréonienne ont décollé il y a cinquante minutes exactement, à onze heures, et elles ouvriront le feu dès qu’elles seront en vue de Terminus, c’est-à-dire vers midi demain. Vous pouvez vous considérer comme prisonnier de guerre.

— C’est exactement ainsi que je me considère, Votre Altesse, dit Hardin. Mais vous me décevez. » 

Wienis ricana. « Vraiment ?

— Oui. J’avais pensé que l’heure du couronnement, minuit, serait le moment rêvé pour donner le départ à la flotte. Mais vous vouliez déclencher la guerre quand vous étiez encore régent. C’aurait pourtant été plus spectaculaire autrement. »

Le régent le fixa d’un air stupéfait. « Par l’Espace, de quoi voulez-vous parler ?

— Vous ne comprenez donc pas ? dit Hardin, d’un ton suave. J’avais préparé ma parade pour minuit. »

Wienis se leva d’un bond. « Ce n’est pas moi que vous allez bluffer. Il n’y a pas de parade. Si vous comptez sur le soutien des autres royaumes, c’est inutile. Toutes leurs flottes réunies ne sont pas de taille à lutter avec la nôtre.

— Je le sais. Je n’ai pas l’intention de tirer un seul coup de feu. Il se trouve simplement

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que l’ordre a été lancé la semaine dernière de frapper d’interdit la planète Anacréon à dater d’aujourd’hui minuit.

— D’interdit ?

— Oui. Si vous ne comprenez pas ce que cela signifie, sachez que tous les prêtres d’Anacréon vont se mettre en grève, à moins que je n’annule mon ordre. Mais je ne le puis pas puisque je suis détenu au secret ; et je n’en aurais d’ailleurs pas le désir si j’en avais la possibilité. » Il se pencha en avant et ajouta : « Vous rendez-vous compte, Votre Altesse, qu’attaquer la Fondation, c’est tout simplement commettre le plus terrible sacrilège ? »

Wienis faisait visiblement effort pour se dominer. « Ça ne prend pas avec moi, Hardin. Gardez ça pour la populace.

— Mon cher Wienis, pour qui croyez-vous que je le garde ? Je suppose que, depuis une demi-heure, chacun des temples d’Anacréon est envahi par une foule qui écoute le prêtre traiter précisément ce sujet. Il n’est pas un homme ni une femme sur Anacréon qui ignore maintenant que leur gouvernement vient de lancer une attaque déloyale et non motivée contre le centre même de leur religion. Mais il est minuit moins quatre. Vous feriez mieux de regagner la salle de bal pour suivre les événements. Je ne risque rien avec cinq

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gardes en armes derrière cette porte. » Il se carra dans son fauteuil, se versa un nouveau verre de Locris et contempla le plafond avec une parfaite indifférence.

Wienis poussa un juron étouffé et sortit en courant.

Le silence se faisait peu à peu parmi les nobles invités, tandis qu’on s’écartait pour laisser passer le trône. Lepold y avait pris place, les mains solidement appuyées sur les bras du siège, la tête droite, le visage impassible. Les lustres étaient éteints, seule la clarté diffuse des petites ampoules Atomo baignait la vaste salle, et le halo royal brillait de tous ses feux, dessinant une couronne au-dessus de la tête du souverain.

Wienis s’arrêta sur le seuil. Personne ne le vit. Tous les regards étaient fixés sur le trône. Il serra les poings et ne bougea pas : Hardin n’allait pas, par son bluff, lui faire commettre un geste ridicule.

Soudain, le trône s’ébranla. Sans bruit, il se souleva et commença à se déplacer parallèlement au sol, à quinze centimètres de hauteur, en direction de la grande fenêtre ouverte.

Au moment où la voix grave de l’horloge commençait à sonner minuit, le trône s’arrêta devant la fenêtre... et le halo royal s’éteignit.

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Pendant une fraction de seconde, le roi ne broncha pas : privé de son halo, son visage, crispé par la surprise, parut presque humain. Puis le trône tangua un peu et tomba sur le plancher avec un bruit sourd, en même temps que toutes les lumières du palais s’éteignaient.

Dans la confusion qui suivit, on entendit la voix de Wienis qui criait : « Les torches ! Apportez les torches ! »

Se frayant un chemin à travers la foule, il s’approcha de la porte. Des gardes du palais couraient en tous sens.

On finit par apporter les torches qu’on devait utiliser pour la gigantesque retraite aux flambeaux qui devait suivre le couronnement.

Les gardes sillonnaient la salle, portant des torchères aux flammes bleues, rouges et vertes, dont la lumière révélait des visages affolés.

« Ne vous inquiétez pas, cria Wienis. Gardez vos places. Le courant va revenir. »

Il se tourna vers le capitaine des gardes figé au garde-à-vous. « Qu’y a-t-il, capitaine ?

— Votre Altesse, répondit l’officier, le palais est cerné par le peuple.

— Que veulent ces gens ? gronda Wienis.

— Un prêtre est à leur tête ; le grand prêtre Poly Verisof. Il exige la libération immédiate du Maître Salvor Hardin et l’arrêt

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des hostilités engagées contre la Fondation. » Bien que son ton demeurât impassible, l’homme promenait autour de lui un regard inquiet.

« Si l’une de ces canailles tente de franchir les grilles du palais, tirez. Ne faites rien d’autre pour le moment. Laissez-les hurler. »

On avait achevé de distribuer les torches et l’on recommençait à voir clair dans la salle de bal. Wienis se précipita vers le trône toujours planté devant la fenêtre et prit par le bras Lepold, paralysé de frayeur.

« Viens avec moi. » Il jeta un coup d’œil par la fenêtre. La ville était plongée dans les ténèbres. De la place montaient les clameurs de la foule. Il n’y avait d’éclairé que le Temple d’Argolide, vers la droite. Poussant un juron, Wienis entraîna le roi.

Ils firent irruption dans le cabinet de travail, suivis des cinq gardes. Lepold marchait comme en transe, incapable d’articuler un mot.

« Hardin, fit Wienis d’une voix rauque, vous jouez avec des forces qui vous dépassent. »

Le Maire ne répondit même pas. Il resta assis, un sourire ironique se jouant sur son visage : il avait allumé sa lampe Atomo de poche.

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« Que Votre Majesté veuille bien accepter mes félicitations à l’occasion de son couronnement.

— Hardin, cria Wienis, ordonnez à vos prêtres de reprendre le travail. »

Hardin le toisa calmement. « Ordonnez-le-leur vous-même, Wienis, et voyons un peu qui joue avec des forces qui le dépassent. A l’heure actuelle, pas un engrenage ne tourne dans Anacréon. Pas une lampe ne fonctionne ailleurs que dans les temples. Sur la face de la planète où c’est l’hiver, il n’y a pas une calorie en dehors des temples. Les hôpitaux n’acceptent plus de malades. Les centrales atomiques sont fermées. Tous les astronefs sont cloués au sol. Si cela ne vous plaît pas, Wienis, donnez l’ordre aux prêtres de reprendre leur travail. Pour ma part, je n’en ai aucune envie.

— Par l’Espace ! Hardin, c’est ce que je vais faire. Si vous voulez la guerre, vous l’aurez. Nous allons voir si vos prêtres peuvent tenir tête à l’armée. Ce soir, tous les temples de la planète vont être placés sous surveillance militaire.

— Parfait, mais comment allez-vous lancer votre ordre ? Toutes les lignes de communication de la planète sont interrompues. Vous pourrez constater que la radio ne fonctionne pas plus que la télévision

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ni que le système à ondes ultra-courtes. Le seul appareil encore en état de marche sur toute la planète est ce téléviseur que vous voyez ici, et je l’ai fait arranger de façon qu’il ne puisse que faire office de récepteur. »

Wienis ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Hardin cependant poursuivait : « Si vous le désirez, vous pouvez envoyer vos troupes à l’assaut du Temple d’Argolide, qui n’est pas loin, et utiliser les installations à ondes ultra-courtes qui s’y trouvent pour communiquer avec le reste de la planète. Mais si vous faites cela, je crains fort que vos hommes ne soient écharpés par la foule, et alors qui protégera votre palais, Wienis ? Et vos existences, Wienis ?

— Nous pouvons tenir, fit Wienis. Nous tiendrons. La populace peut toujours hurler et le courant être coupé, nous tiendrons. Et quand la nouvelle arrivera jusqu’ici que la Fondation a été vaincue, votre précieuse populace découvrira que sa religion a été édifiée sur le vide ; elle abandonnera vos prêtres et elle se tournera même contre eux. Je vous donne jusqu’à demain midi, Hardin ; vous pouvez peut-être arrêter la production d’énergie sur Anacréon, mais vous ne pouvez pas arrêter ma flotte. » Il exultait. « Ils sont en route, Hardin, avec votre grand croiseur que vous avez fait réparer pour nous à leur tête.

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— Le croiseur que j’ai fait réparer, en effet, dit Hardin d’un ton désinvolte, mais suivant mes instructions. Dites-moi, Wienis, avez-vous jamais entendu parler d’un relais à hyperondes ? Non, je vois que non. Eh bien, d’ici deux minutes, vous allez voir ce qu’on peut faire avec ce dispositif. »

Il n’avait pas fini sa phrase que l’écran du téléviseur s’allumait. Hardin reprit : « Non, d’ici deux secondes. Asseyez-vous, Wienis, et écoutez bien. »

 

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