Fondation
Chapitre XIV
— Ma chère ! fit le Commodore en se tournant vers elle, je vieillis. Je me fatigue. Je n’ai plus la résistance nécessaire pour souffrir votre babillage. Vous savez, dites-vous, que je me suis décidé. C’est vrai. Tout est réglé et Korell est en guerre avec la Fondation.
— Enfin ! » Le visage de la femme du Commodore s’éclaira. « Vous avez fini par comprendre. Quand vous aurez conquis ce monde perdu, peut-être serez-vous assez respectable pour pouvoir tenir votre rang dans l’Empire. Nous pourrions quitter cette planète de sauvages et nous installer à la cour du vice-roi. Ce serait une excellente idée. »
La main sur la hanche, elle le regardait en souriant. Puis elle tourna les talons, et sortit.
Le Commodore attendit un instant, puis, s’adressant à la porte close, il déclara d’un ton haineux : « Quand j’aurai conquis ce que vous appelez un monde perdu, peut-être serai-je assez respectable pour pouvoir me passer de l’arrogance de votre père et de la langue de vipère de sa fille. Pour pouvoir m’en passer complètement ! »
XIV
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Le commandant en second de la Nébuleuse fixait l’écran du transviseur d’un air horrifié.
« Galaxie ! souffla-t-il d’une voix étranglée. Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Ça, c’était un astronef, mais un appareil géant auprès duquel la Nébuleuse faisait figure d’un goujon à côté d’une baleine ; il arborait sur son flanc le Soleil et l’Astronef, emblèmes de l’Empire. Le branle-bas de combat fut proclamé à bord.
On lança des ordres : la Nébuleuse s’apprêta à fuir si elle le pouvait, à combattre s’il le fallait, tandis que, du poste des transmissions, un message partait à travers l’hyperespace vers la Fondation.
Un message que l’opérateur répétait de cinq minutes en cinq minutes : un appel à l’aide, mais plus encore un signal d’alarme.
Hober Mallow parcourait les rapports d’un air las. Deux ans de mairie l’avaient un peu assagi, il était plus patient, plus diplomate ; mais il n’avait pu encore se faire aux rapports officiels et surtout à la langue compassée dans laquelle ils étaient rédigés.
« Combien d’appareils touchés ?
— Quatre bloqués au sol. Deux considérés comme perdus. Tous les autres repérés.
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— Nous aurions dû faire mieux, grommela Mallow. Enfin, il ne s’agit que d’une escarmouche. »
Comme l’autre ne répondait pas, Mallow leva les yeux vers lui : « Il y a quelque chose qui vous tracasse ?
— Je regrette que Sutt ne soit pas ici.
— Allons bon, vous allez nous faire une conférence sur le front intérieur.
— Pas du tout, dit Jael d’un ton sec, mais vous êtes entêté, Mallow. Vous avez peut-être étudié dans ses moindres détails la situation internationale, mais vous ne vous êtes jamais soucié de ce qui se passait ici.
— Mais, c’est votre travail, il me semble ? Pourquoi croyez-vous que je vous ai nommé ministre de l’Education et de la Propagande ?
— Sans doute pour me faire vieillir plus vite, étant donné le peu d’appui que vous me donnez dans ma tâche. Voilà un an que je vous parle sans arrêt du danger que représentent Sutt et ses Religionnistes. A quoi serviront vos plans si Sutt fait un coup de force à l’occasion des prochaines élections et réussit à vous évincer ?
— A rien, j’en conviens.
— Et votre discours d’hier soir avait vraiment l’air d’avoir été écrit pour faciliter la campagne de Sutt. Etait-ce bien nécessaire d’être aussi franc ?
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— Vous n’avez pas compris que je voulais couper l’herbe sous les pieds de mon adversaire ?
— Eh bien, fit Jael, furieux, vous n’y êtes pas arrivé. Vous prétendez avoir tout prévu, mais vous n’expliquez pas pourquoi vous avez fait du commerce avec Korell pendant trois ans, pour le seul bénéfice des Korelliens. Votre seul plan de bataille consiste à battre en retraite sans combat. Vous renoncez à toute relation commerciale avec les secteurs voisins de Korell. Vous proclamez ouvertement vos intentions pacifiques. Vous ne promettez même pas une offensive d’ici quelque temps. Par la Galaxie ! Mallow, que voulez-vous que je fasse de ça ?
— Ça n’accroche pas ?
— Ça ne parle pas au sentiment populaire.
— C’est la même chose.
— Voyons, Mallow, réveillez-vous. Vous n’avez que deux solutions. Ou bien entreprendre une politique étrangère dynamique, ou bien parvenir à un compromis avec Sutt.
— Parfait, dit Mallow. Eh bien, puisque la première solution est peu satisfaisante, essayons la seconde. Sutt vient d’arriver. »
Sutt et Mallow ne s’étaient pas rencontrés depuis le jour du procès, deux ans auparavant. Ni l’un ni l’autre n’avaient changé ; seules, de
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subtiles modifications, à peine perceptibles, montraient que les rôles étaient maintenant renversés et que les leviers de commande avaient passé à celui qui, jadis, bravait l’autorité.
Sutt s’assit sans serrer la main de Mallow.
« Ça ne vous ennuie pas que Jael assiste à notre conversation ? demanda Mallow en lui offrant un cigare. Il souhaite ardemment que nous parvenions à un compromis. Si nous nous échauffons tous les deux, il peut jouer le rôle de médiateur. »
Sutt haussa les épaules. « Un compromis ne peut servir que vos intérêts. Dans des circonstances analogues, je me souviens de vous avoir demandé un jour quelles étaient vos conditions. Je suppose que nous nous trouvons aujourd’hui dans la position inverse.
— Votre supposition est exacte.
— Alors, voici mes conditions : vous abandonnez votre politique de corruption économique pour revenir à la politique étrangère raisonnable que pratiquaient nos pères.
— Vous voulez parler de la conquête par l’entremise des missionnaires ?
— Oui.
— Sinon, vous n’acceptez pas de compromis ?
— Voilà.
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— Hmmm. » Mallow alluma un cigare et aspira profondément la fumée. « Du temps de Hardin, quand les missionnaires soutenaient nos travaux de conquête, c’étaient des hommes comme vous qui condamnaient la nouvelle politique. Aujourd’hui qu’on en a fait l’expérience, vous la trouvez raisonnable, sage, douée de toutes les qualités susceptibles de séduire un Jorane Sutt. Mais, dites-moi, comment nous tirerez-vous du pétrin où nous sommes ?
— Vous voulez dire de celui où vous nous avez mis ? Je n’y suis pour rien.
— Si vous voulez.
— Une offensive énergique s’impose. L’inaction dans laquelle vous vous obstinez est fatale. C’est un aveu de faiblesse vis-à-vis de toute la Périphérie ; et vous savez combien il est important pour nous de sauver la face : il ne manque pas de vautours qui ne demandent qu’à venir dépouiller notre cadavre. Vous devriez le comprendre. Vous êtes de Smyrno, n’est-ce pas ? »
Mallow, sans relever l’allusion, demanda :
« Et si vous écrasez Korell, que faites-vous de l’Empire ? Voilà le véritable ennemi. »
Sutt eut un sourire narquois. « Oh ! non, les rapports que vous avez communiqués à la suite de votre visite sur Siwenna sont significatifs. Le vice-roi du Secteur
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normanique tient à provoquer des troubles dans la Périphérie parce qu’il compte en profiter, mais ce n’est là qu’un à-côté de la question. Il ne va pas risquer toutes ses forces dans une expédition aux confins de la Galaxie alors qu’il est entouré de cinquante voisins plus hostiles les uns que les autres, et qu’il a encore un empereur contre qui se soulever. Je ne fais que paraphraser vos propres paroles.
— Mais si, Sutt, il pourrait nous attaquer, s’il nous estime assez forts pour être dangereux. Et ce pourrait bien être son avis si nous détruisons Korell après l’avoir attaquée de front. Nous devons faire montre d’une extrême subtilité.
— C’est-à-dire... »
Mallow se carra dans son fauteuil. « Sutt, je vais vous laisser une chance. Je n’ai pas besoin de vous, mais vous pouvez me servir. Je vais donc vous dire où nous en sommes et vous pourrez alors soit vous ranger de mon côté et participer à un gouvernement de coalition, soit jouer les martyrs et croupir en prison.
— Vous avez déjà eu recours à cette dernière solution.
— Pas pendant longtemps, Sutt. Mais, aujourd’hui, ce ne serait plus pareil. Ecoutez-moi bien. La première fois que j’ai débarqué sur Korell, je me suis acquis l’amitié du
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Commodore, grâce à la pacotille dont disposent d’ordinaire les Marchands. Il ne s’agissait, au début, pour moi, que d’obtenir l’accès à une fonderie. Je n’avais pas d’autre plan, et j’obtins ce que je voulais. Ce ne fut qu’après ma visite à l’Empire que je compris exactement quelle arme pouvaient devenir ces relations commerciales.
« Nous sommes en présence d’une crise Seldon, Sutt, et ce ne sont pas les individus, mais les forces historiques qui la résoudront. Hari Seldon, quand il a calculé le cours que devait suivre notre évolution historique, n’a pas compté sur les brillants exploits d’une poignée de héros, mais sur les grandes tendances économiques et sociales. Les crises Seldon doivent donc être combattues au moyen des forces dont nous disposons à l’époque où elles se produisent.
« En cette occurrence : le commerce ! »
Sutt prit un air dubitatif et profita du silence de Mallow pour glisser : « J’espère ne pas être d’une intelligence trop au-dessous de la moyenne, mais je dois dire que votre conférence n’a guère éclairé ma lanterne.
— Attendez, fit Mallow. Considérez que jusqu’à maintenant on a sous-estimé la puissance du commerce. On croyait qu’il fallait un clergé sous contrôle de la Fondation pour en faire une arme puissante. Il n’en est
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rien, et, c’est là la contribution que j’apporte à la solution du problème : un commerce sans prêtres ! Du commerce pur ! Le commerce est assez fort pour se passer des prêtres. Mais, trêve de généralités, revenons à ce qui nous occupe : Korell est maintenant en guerre avec nous. Nous avons donc cessé toute relation commerciale avec elle. Mais, depuis trois ans, l’économie de Korell dépend de plus en plus des techniques atomiques que nous avons introduites là-bas et qui ne peuvent continuer qu’avec les matériaux que nous fournissons. Que va-t-il se passer, à votre avis, quand les générateurs atomiques microscopiques qui animent les instruments que nous leur avons vendus s’arrêteront et que, l’un après l’autre, tous ces merveilleux petits appareils cesseront de fonctionner ?
« Les appareils domestiques vont se détraquer les premiers. Après six mois de cette inaction que vous abhorrez tant, les couteaux atomiques de cuisine ne découperont plus rien. Les fours atomiques ne chaufferont plus. La machine à laver sera hors d’usage. Le climatiseur va s’arrêter au beau milieu d’une étouffante journée d’été. Qu’en dites-vous ? »
Il attendit la réponse de Sutt.
— Je n’en dis rien, fit celui-ci. En temps de guerre, les gens en supportent bien d’autres.
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— Exact. Ils enverront leurs fils se faire massacrer par milliers dans des astronefs qui se briseront en vol. Ils accepteront de vivre de pain et d’eau dans des abris souterrains durant les bombardements ennemis. Mais la résistance devant les petits ennuis faiblit vite quand on n’a pas pour vous aiguillonner le sentiment patriotique que le pays est en danger. Cela va être une période où il ne se passera rien. Pas de blessés, pas de bombardements, pas de batailles.
« Simplement un couteau qui ne coupera pas, un four qui ne chauffera plus, une maison qui gèlera en hiver. Ce sera désagréable et les gens murmureront.
— C’est là-dessus que vous fondez vos espoirs ? fit Sutt, incrédule. Qu’attendez-vous ? Une révolte des ménagères ? Une jacquerie ? Un soulèvement des bouchers et des épiciers qui crieront : Rendez-nous nos machines à laver automatiques Super-Essor ?
— Non, mon cher, non, dit Mallow. Ce n’est pas là-dessus que je compte. Je m’attends, en revanche, à voir se développer un climat de mécontentement qu’exploiteront, par la suite, des personnages plus importants.
— Lesquels ?
— Les industriels, les propriétaires d’usines, les fabricants de Korell. Au bout de deux ans du régime actuel, les machines
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commenceront à tomber en panne, l’une après l’autre. Ces industries que nous avons bouleversées en les faisant bénéficier de nos multiples appareils atomiques vont se trouver ruinées. Les magnats de l’industrie lourde ne posséderont plus, du jour au lendemain, que des tas de ferraille inutile.
— Les usines tournaient bien avant votre arrivée, Mallow.
— Je sais, Sutt, et elles faisaient environ vingt fois moins de bénéfices ; et je ne parle même pas de ce que coûterait la reconversion de l’industrie sur des bases non atomiques. Quand il aura contre lui les financiers, les industriels et les Korelliens moyens, combien de temps croyez-vous que le Commodore pourra tenir ?
— Aussi longtemps qu’il voudra, dès qu’il aura l’idée de demander à l’Empire de nouveaux générateurs.
Mallow éclata de rire. « Vous n’avez rien compris, Sutt. Vous avez commis la même erreur que le Commodore. Ecoutez-moi bien : l’Empire ne peut rien remplacer. L’Empire a toujours été un ensemble aux ressources immenses. Ses techniciens ont tout calculé à l’échelle de planètes, de systèmes stellaires entiers, de secteurs de la Galaxie. Leurs générateurs sont gigantesques parce qu’eux-mêmes ont tout vu à une échelle gigantesque.
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« Mais nous, nous, petite Fondation, avec notre unique planète, pratiquement sans ressources métalliques, nous avons dû repartir de zéro. Il nous a fallu construire des générateurs gros comme le pouce parce que nous n’avions pas beaucoup de métal. Nous avons dû mettre au point des techniques et des méthodes nouvelles, que l’Empire est incapable d’appliquer parce que ses ingénieurs en sont à un point de décadence qui ne leur permet plus de faire des découvertes scientifiques.
« Ils ont peut-être des écrans radioactifs assez vastes pour protéger un astronef, une ville, une planète entière, mais ils n’ont jamais été fichus d’en construire qui soient capables de protéger un individu. Pour fournir de l’électricité à une ville, pour la chauffer, ils ont des moteurs grands comme un immeuble de six étages : je le sais, je les ai vus. Alors que les nôtres pourraient tenir dans cette pièce. Et quand j’ai dit à un de leurs spécialistes qu’un boîtier de plomb gros comme une noix contenait un générateur atomique, il a failli étouffer d’indignation.
« Ils ne savent même plus comment fonctionnent leurs colosses. Les machines tournent automatiquement depuis des générations et les surveillants forment une caste héréditaire dont aucun membre ne
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serait capable de changer une lampe D si jamais elle grillait.
« La guerre se ramène à un conflit entre ces deux systèmes : l’Empire et la Fondation ; le colosse et le nain. Pour s’emparer d’un monde, les gens de l’Empire le comblent d’astronefs qui peuvent servir à faire la guerre, mais qui ne présentent aucun intérêt au point de vue économique. Tandis que nous, nous inondons les planètes de petits appareils inutiles en temps de guerre, mais qui jouent, dans la prospérité et le confort du pays, un rôle capital.
« Un roi ou un Commodore préférera les astronefs et fera peut-être même la guerre, coûte que coûte. Tout au long de l’histoire, les usurpateurs ont toujours sacrifié le bien-être de leurs sujets à ce qu’ils appellent l’honneur, la gloire, la conquête. Mais ce sont, en définitive, les petites choses qui comptent dans la vie : et Asper Argo ne pourra résister à la crise économique qui, dans deux ou trois ans, va ravager Korell. »
Sutt était près de la fenêtre, tournant le dos à Mallow et à Jael. Le soir venait, et les rares étoiles qui brillaient aux confins de la Galaxie commençaient à scintiller faiblement dans le ciel noir où quelque part, très loin, se dressait encore la formidable puissance de l’Empire.
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« Non, dit enfin Sutt. Non, cela ne me plaît pas.
— Vous ne me croyez pas ?
— Je veux dire que je n’ai pas confiance en vous. Vous avez la parole trop facile. Vous m’avez dupé déjà, alors que je croyais votre cas réglé, lors de votre premier voyage sur Korell. Quand j’ai cru vous avoir coincé dans ce procès, vous vous êtes encore tiré du mauvais pas ; bien mieux, votre démagogie vous a porté à la Mairie. On ne peut pas se fier à vous : il n’y a pas un motif chez vous qui n’en dissimule un autre ; pas de déclaration qui n’ait ses sous-entendus.
« Supposons que vous soyez un traître. Supposons que, de votre visite en territoire impérial, vous ayez rapporté l’assurance qu’on vous donnerait un jour tous les appuis nécessaires pour vous maintenir au pouvoir. Que feriez-vous d’autre que ce que vous faites maintenant ? Vous provoqueriez une guerre après vous être arrangé pour accroître les forces de l’ennemi. Vous contraindriez la Fondation à observer une attitude résolument passive. Et vous trouveriez, pour chacune de vos attitudes, une explication si plausible qu’elle convaincrait tout le monde.
— Vous voulez dire qu’il n’y a pas de compromis possible entre nous ? demanda Mallow d’une voix douce.
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— Je veux dire que vous devez renoncer, de gré ou de force, au pouvoir.
— Je vous ai prévenu de ce qui vous attendait au cas où vous refuseriez de collaborer. »
Jorane Sutt était rouge de colère : « Et moi, je vous préviens, Mallow, de Smyrno, que si vous m’arrêtez, ce sera la lutte sans merci. Mes hommes iront partout répandre la vérité sur votre compte, et le peuple de la Fondation s’unira contre son souverain étranger. Ces gens ont un sens de la destinée qu’un Smyrnien ne peut comprendre et qui fera votre perte.
— Emmenez-le, dit Hober Mallow aux deux gardes qui venaient d’entrer. Il est en état d’arrestation.
— C’est votre dernière chance », dit Sutt. Mallow écrasa le mégot de son cigare dans le cendrier sans même lever les yeux.
Cinq minutes plus tard, Jael s’agita dans son fauteuil et demanda d’un ton las : « Eh bien, maintenant que vous venez de donner un martyr à leur cause, qu’allez-vous faire ? »
Mallow cessa de jouer avec le cendrier. « Ce n’est plus le Sutt que j’ai connu, dit-il. La colère l’aveugle. Galaxie ! il me déteste.
— Il en est d’autant plus dangereux.
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— Allons donc ! Il a perdu toute faculté de jugement.
— Vous êtes beaucoup trop optimiste, Mallow, fit Jael. Vous ignorez délibérément la possibilité d’un soulèvement populaire.
— Sachez-le une fois pour toutes, Jael : un soulèvement populaire est impossible.
— Vous êtes bien sûr de vous !
— Je suis sûr de la crise Seldon et de l’importance historique de sa solution, sur le plan intérieur comme sur le plan extérieur. Je n’ai pas tout dit à Sutt : il a essayé de contrôler la Fondation elle-même par la religion, comme il dominait les provinces, et il a échoué. Ce qui est la preuve évidente que, dans le plan de Seldon, le rôle de la religion est achevé.
« Le contrôle par le biais de l’économie a donné de meilleurs résultats. Si nos relations commerciales avec Korell ont fait la prospérité de cette planète, nous n’y avons rien perdu de notre côté. Si demain les usines korelliennes ne peuvent plus tourner sans nous, si la prospérité des provinces s’épanouit par suite de l’isolationnisme économique, nos propres usines péricliteront, faute de débouchés, et notre économie ne sera plus qu’un souvenir.
« Or, il n’est pas une usine, pas un centre commercial, pas une compagnie de navigation interstellaire qui ne soit sous ma domination,
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pas une de ces entreprises que je ne puisse étrangler si Sutt poursuit sa propagande révolutionnaire. Partout où cette propagande donnera des résultats, ou semblera en donner, je veillerai à ce que la prospérité économique cesse. Là où les efforts de Sutt échoueront, la situation demeurera florissante, car mes usines continueront à tourner normalement.
« Et, de même que je suis sûr de voir bientôt les Korelliens se révolter pour retrouver leur confort et leur prospérité, je suis non moins certain que nous ne ferons rien, nous, pour perdre ces mêmes avantages. Par conséquent, il faut jouer le jeu jusqu’au bout.
— C’est donc une ploutocratie que vous voulez instaurer, dit Jael. Vous faites de la Fondation un pays de commerçants et de Princes Marchands. Que nous réserve l’avenir ?
— Qu’ai-je à me soucier de l’avenir ? s’écria Mallow. Nul doute que Seldon l’a prévu et qu’il a préparé sa venue. Il se produira d’autres crises quand la puissance de l’argent aura décliné, comme c’est aujourd’hui le cas de celle de la religion. A mes successeurs de résoudre ces problèmes, comme je viens de régler celui qui nous occupe aujourd’hui. »
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KORELL : ... C’est ainsi qu’après trois ans de la guerre la moins active sans doute de toute l’histoire, la République de Korell capitula sans condition ; et Hober Mallow vint prendre place dans le cœur du peuple de la Fondation, auprès de Hari Seldon et de Salvor Hardin.
ENCYCLOPEDIA GALACTICA.
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Vous avez terminé Fondation
Asimov