Fondation
Cinquième Partie les Princes Marchands
CINQUIÈME PARTIE
LES PRINCES MARCHANDS
I
MARCHANDS : ... Selon les lois
inéluctables de la psychohistoire, le contrôle économique exercé par la Fondation ne fit que s’étendre, les Marchands s’enrichirent ; et avec la richesse vint la puissance.
On oublie parfois que Hober Mallow débuta dans la vie comme simple Marchand. Mais on se souvient qu’il devint finalement le premier des Princes Marchands...
ENCYCLOPEDIA GALACTICA.
Jorane Sutt joignit les extrémités de ses doigts aux ongles parfaitement soignés et dit : « C’est assez déconcertant. En fait – je vous dis cela à titre strictement confidentiel –,
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il s’agit peut-être bien d’une autre des crises prévues par Hari Seldon. »
L’homme assis en face de lui chercha une cigarette dans la poche de son gilet smyrnien. « Allons, allons, Sutt. Chaque fois que s’ouvre la campagne électorale pour la mairie, les politiciens commencent à parler de crise Seldon. »
Sutt eut un pâle sourire. « Je ne cherche pas à faire campagne, Mallow. Nous nous trouvons en face d’armes atomiques, et nous ne savons pas quelle en est l’origine. »
Hober Mallow, Maître Marchand de Smyrno, tirait paisiblement sur sa cigarette. « Continuez. Si vous avez autre chose à dire, je vous écoute. » Mallow ne commettait jamais l’erreur de se montrer obséquieux envers un homme de la Fondation. Il était peut-être un provincial, mais cela ne l’empêchait pas d’être un homme.
Sutt désigna la carte du ciel en 3D étalée sur la table. Il manipula quelques boutons de contrôle, et une demi-douzaine de systèmes stellaires s’allumèrent en rouge.
« Voilà, dit-il, la République Korellienne. »
Le Marchand acquiesça. « Je connais. Sale bled ! Ils appellent ça une république, mais c’est toujours un membre de la famille des Argo qui est élu Commodore. Et ceux à qui ça
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ne plaît pas n’ont qu’à bien se tenir... Oui, répéta-t-il d’un air songeur, je connais.
— Mais vous en êtes revenu, et tout le monde ne peut pas en dire autant. Trois appareils marchands, qui bénéficiaient pourtant de l’immunité que leur assure la Convention, ont disparu dans le territoire de la République au cours de l’année dernière. Et ce, bien qu’ils fussent munis de l’arsenal classique d’armes nucléaires et de champs radioactifs de protection.
— Quels sont les derniers messages que vous ayez reçus de ces appareils ?
— Des rapports de route normaux. Rien d’autre.
— Qu’a dit Korell ?
— Nous ne lui avons rien demandé, fit Sutt avec un sourire amer. Le principal atout de la Fondation dans la Périphérie, c’est sa réputation de puissance. Croyez-vous que nous puissions nous permettre de geindre sur la perte de trois appareils ?
— Bon, alors si vous me disiez tout de suite ce que vous attendez de moi ? »
Jorane Sutt ne perdit pas de temps. En sa qualité de secrétaire du Maire, il avait eu l’occasion de recevoir et d’éconduire les conseillers de l’opposition, les quémandeurs, les réformateurs et autres illuminés qui prétendaient avoir refait tous les calculs de
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Hari Seldon et être capables de prédire le cours de l’histoire. Il n’était donc pas homme à se laisser facilement démonter.
« Un instant, dit-il posément. Trois appareils perdus la même année dans le même secteur... ce n’est sûrement pas une coïncidence. Or, on ne peut vaincre des armes atomiques qu’avec d’autres armes atomiques. La question qui se pose donc tout naturellement est la suivante : si Korell possède des armes atomiques, où se les procure-t-elle ?
— Vous avez une idée ?
— Il y a deux possibilités : ou bien les Korelliens les ont fabriquées eux-mêmes...
— Peu plausible !
— Très peu. Ou alors nous avons un traître parmi nous.
— Vous croyez ? fit Mallow d’un ton froid.
— C’est une hypothèse qui n’a rien d’invraisemblable, dit le secrétaire. Depuis que les Quatre Royaumes ont accepté la Convention de la Fondation, nous avons été obligés d’avoir affaire à d’importants groupes dissidents dans chaque nation. Chaque royaume à ses anciens prétendants et ses anciens nobles, qui ne portent évidemment pas la Fondation dans leur cœur. Peut-être certains de ceux-ci se sont-ils mis à manifester leur opposition de façon active. »
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Le rouge montait lentement au visage de Mallow. « Je vois, je vois. Avez-vous autre chose à me dire ? Je suis un Smyrnien.
— Je sais. Vous êtes un Smyrnien, natif de Smyrno, un des anciens Quatre Royaumes. Vous n’êtes un homme de la Fondation que par éducation. Par naissance, vous êtes un provincial et un étranger. Sans doute votre grand-père était-il baron du temps des guerres d’Anacréon et de Loris, et vos terres ont-elles été saisies, quand Sef Sermak a procédé à la redistribution des domaines.
— Non, par le Noir Espace, non ! Mon grand-père était un pauvre diable de coureur d’espace qui mourut en trimbalant du charbon pour la Fondation à un salaire de misère. Je ne dois rien à l’ancien régime. Mais je suis né sur Smyrno et, par la Galaxie, je n’en ai pas honte. N’allez pas croire que vos sales petites insinuations vont m’amener à lécher les pieds des hommes de la Fondation. Et maintenant, donnez des ordres ou continuez d’accuser, peu m’importe !
— Mon cher Maître Marchand, peu me chaut que votre grand-père ait été roi de Smyrno ou le plus pauvre des clochards. Je n’ai fait cette allusion à vos ancêtres que pour bien vous montrer que la question ne m’intéressait pas. Vous semblez ne pas m’avoir compris. Revenons au fait. Vous êtes
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smyrnien. Vous connaissez les provinciaux. Vous êtes un Marchand, l’un des plus avisés. Vous êtes déjà allé sur Korell et vous connaissez les Korelliens. C’est pourquoi il faut que vous retourniez là-bas.
— Comme espion ? fit Mallow, stupéfait.
— Pas du tout. Comme Marchand... mais en ouvrant l’œil. Si vous pouvez découvrir d’où leur vient cette énergie atomique... Permettez-moi de vous rappeler en passant, puisque vous êtes smyrnien, que deux des appareils manquants avaient des équipages smyrniens.
— Quand dois-je partir ?
— Quand votre astronef sera-t-il prêt ?
— Dans six jours.
— Alors vous partirez à ce moment-là. On vous donnera tous les détails à l’Amirauté.
— Parfait ! » Le Marchand se leva, salua Sutt et sortit.
Sutt attendit un moment, se frottant les mains d’un air méditatif ; puis il haussa les épaules et pénétra dans le bureau du Maire.
Le Maire referma le judas qui s’ouvrait sur la pièce voisine et se renversa dans son fauteuil. « Qu’en pensez-vous, Sutt ?
— C’est peut-être un excellent comédien », dit Sutt.
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