Fondation

Asimov · Chapitre 33 sur 44

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Fondation

Chapitre III

A l’autre bout de la ville, dans un cadre moins somptueux, Hober Mallow, lui aussi, avait un rendez-vous. Il venait d’écouter longuement son interlocuteur. Quand celui-ci eut terminé, il risqua : « Oui, je sais que depuis un certain temps déjà vous réclamez que les Marchands soient représentés au sein du Conseil. Mais pourquoi moi, Twer ? »

Jaim Twer, qui ne manquait jamais de rappeler à qui voulait l’entendre qu’il avait été parmi les premiers provinciaux à recevoir à la Fondation une éducation laïque, eut un large sourire.

« Je sais ce que je fais, dit-il. Souvenez-vous de notre première rencontre, l’an dernier.

— Au Congrès des Marchands.

— C’est cela. Vous présidiez. Vous avez rivé leur clou à tous ces lourdauds et vous les avez sans aucun mal mis dans votre poche. Vous êtes également bien vu des gens de la Fondation. Vous êtes une personnalité, ou du moins vous êtes connu, ce qui revient au même.

— Bon, fit Mallow sèchement. Mais pourquoi maintenant ?

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— Parce que c’est maintenant qu’il faut saisir notre chance. Savez-vous que le secrétaire à l’Education a donné sa démission ? Ce n’est pas officiel, mais cela le sera bientôt.

— Comment le savez-vous, alors ?

— Peu importe, fit l’autre, avec un geste tranchant. C’est ainsi. Le parti actionniste est violemment divisé et nous pouvons lui donner le coup de grâce en posant carrément la question de l’égalité des droits des Marchands. »

Mallow s’étira dans son fauteuil en regardant le bout de ses doigts. « Hmm. Désolé, Twer. Je pars la semaine prochaine : voyage d’affaires.

— Voyage d’affaires ? fit Twer, surpris. Quelles affaires ?

— Ultra-secret. Priorité trois A. Enfin, le grand jeu. Je viens de voir le secrétaire du Maire.

— Cette canaille de Sutt ? s’exclama Jaim Twer. C’est une machination, un coup monté par cette vipère pour se débarrasser de vous. Mallow...

— Du calme, fit Mallow. Ne vous énervez pas comme ça. Si c’est un coup monté, je lui revaudrai ça un jour. Sinon, votre vipère de Sutt fait notre jeu. Ecoutez-moi bien : nous sommes à la veille d’une crise Seldon. »

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Mallow attendit la réaction de Twer, mais celui-ci se contenta de répéter d’un air incrédule : « Qu’est-ce qu’une crise Seldon ?

— Galaxie ! tonna Mallow, furieux. Qu’est-ce que vous avez appris à l’école ? Comment pouvez-vous me poser une question pareille ? »

L’autre se rembrunit : « Si vous voulez bien m’expliquer... » Il y eut un très long silence, puis Mallow reprit d’un ton plus calme : « Très bien, je vais vous expliquer... Quand a commencé la décadence de l’Empire Galactique, et que les régions extérieures de la Galaxie ont sombré l’une après l’autre dans la barbarie, Hari Seldon et son équipe de psychologues ont installé une colonie, la Fondation, ici même, en pleine région menacée, de façon que nous puissions préserver l’art, la science et la technique de la civilisation mourante et former le noyau du second Empire.

— Ah ! oui, oui...

— Je n’ai pas fini, dit le Marchand très sec. L’avenir de la Fondation fut déterminé suivant les équations de la psychohistoire, et on créa les circonstances susceptibles de provoquer une série de crises qui nous pousseront plus vite sur la route du nouvel Empire. Chaque crise Seldon marque une époque de notre

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histoire. Nous sommes maintenant à la veille de la troisième.

— Bien sûr, dit Twer. J’aurais dû m’en souvenir. Mais il y a si longtemps que j’ai quitté le collège... bien plus longtemps que vous.

— Sans doute. Enfin, cela ne fait rien. Ce qui importe, c’est que l’on m’envoie en mission alors que la crise va atteindre son paroxysme. L’Espace sait avec quels renseignements je rentrerai, et tous les ans il y a des élections au Conseil. »

Twer leva les yeux. « Vous êtes sur une piste ?

— Non.

— Vous avez des plans ?

— Pas le moindre.

— Alors...

— Alors, rien. Hardin a dit un jour : ’’Pour réussir, il ne suffit pas de prévoir. Il faut aussi savoir improviser.’’ Eh bien, j’improviserai. »

Twer hocha la tête d’un air dubitatif.

« Tenez, dit soudain Mallow, voilà ce que je vous propose : venez avec moi. Ne me regardez pas avec ces yeux ronds. Vous avez été Marchand avant de décider que la politique était plus distrayante. On me l’a dit, du moins.

— Où allez-vous ?

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— Du côté de l’Amas de Whassalie. Je ne peux pas vous donner plus de précisions avant que nous ayons pris l’espace. Alors, qu’en dites-vous ?

— Et si Sutt veut m’avoir à l’œil ici ?

— C’est peu probable. S’il tient à se débarrasser de moi, il sera trop heureux de vous voir vous éloigner aussi. Et d’ailleurs, un Marchand qui prend l’espace a le droit de choisir son équipage. J’emmène qui bon me semble. »

Une lueur étrange brilla dans les yeux du vieil homme.

« D’accord, je vous accompagne. » Il tendit la main à Mallow. « Mon premier voyage depuis trois ans. »

Mallow lui serra la main. « Bon ! Maintenant, il faut que je rassemble les autres. Vous savez où est garé le Far Star, n’est-ce pas ? Alors, à demain. Au revoir. »

 

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