Fondation
Chapitre XIII
Asper Argo, le Bien-Aimé. Commodore de la République Korellienne, accueillit sa femme par un haussement des sourcils inquiet. Avec elle, en tout cas, son surnom n’était pas de mise. Il le savait.
Elle dit d’une voix aussi glacée que son regard : « Mon gracieux seigneur, d’après ce que j’ai compris, a fini par prendre une décision radicale en ce qui concerne la Fondation.
— Ah oui ? fit le Commodore d’un ton acide. Et que vous a révélé d’autre votre géniale intuition ?
— Beaucoup de choses, mon très noble époux. Vous avez eu un nouvel entretien avec vos conseillers. Jolis conseillers, ajouta-t-elle d’un ton railleur. Une bande d’abrutis qui serrent leurs gains contre leur maigre poitrine sous l’œil courroucé de mon père.
— Et de quelle source, ma chère, tirez-vous ces précieux renseignements ?
— Si je vous le disais, fit-elle avec un rire léger, ma source aurait tôt fait de devenir cadavre.
— Comme il vous plaira, dit le Commodore en haussant les épaules. Quant au courroux de
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votre père, je crains fort qu’il se manifeste surtout par un refus mesquin de me fournir d’autres astronefs.
— D’autres astronefs ! s’écria-t-elle. N’en avez-vous pas déjà cinq ? Ne le niez pas. Je sais que vous en avez cinq ; et on vous en a promis un sixième.
— Il était promis pour l’année dernière.
— Mais il suffit d’un – rien qu’un – pour réduire en cendres cette Fondation. Un astronef... et leurs ridicules petits appareils sont balayés de l’espace.
— Même avec une douzaine, je ne pourrais attaquer leur planète.
— Mais combien de temps tiendrait-elle, leur planète, une fois leur commerce arrêté et l’embargo mis sur leurs cargaisons de pacotille ?
— Cette pacotille nous rapporte de l’argent, soupira le Commodore. Beaucoup d’argent.
— Mais, si vous possédiez la Fondation, ne seriez-vous pas par là même maître de tout ce qu’elle contient ? Et si vous aviez le respect et la gratitude de mon père, cela ne vaudrait-il pas mieux encore que tout ce que la Fondation pourrait vous donner ? Voici trois ans maintenant que ce barbare a débarqué ici avec son matériel de prestidigitateur. C’est bien assez long.
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