Fondation

Asimov · Chapitre 40 sur 44

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Fondation

Chapitre X

l’allée. Elle contenait des provisions, des aliments concentrés tels qu’on en emporte sur les astronefs, des mets étranges, étrangement préparés.

Mais ces provisions étaient bonnes et elles durèrent longtemps.

X

Le techniste était courtaud et bedonnant. Il avait les cheveux très fins et on voyait son crâne rosé luire au travers. Il portait de lourdes bagues aux doigts, ses vêtements étaient parfumés, et c’était le premier homme que Mallow avait rencontré sur cette planète qui n’eût pas l’air affamé.

En ce moment, il faisait la moue. « Allons, mon ami, dépêchez-vous. J’ai une journée chargée. Vous me paraissez être un étranger... » Ce disant, il regardait le costume de Mallow avec un air des plus soupçonneux.

« Je ne suis pas de la région, dit Mallow, très calme ; mais peu importe. J’ai eu l’honneur de vous faire parvenir un petit présent hier. »

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Le techniste leva le nez. « Je l’ai reçu. Intéressant, votre petit machin. Je pourrai m’en servir à l’occasion.

— J’ai d’autres cadeaux, encore plus intéressants. Et qui dépassent de beaucoup la catégorie petit machin.

— Ah ? » Le techniste rondouillard traîna rêveusement sur cette syllabe. « Je crois voir où vous voulez en venir. Vous n’êtes pas le premier. Vous allez m’offrir une bêtise quelconque : quelques crédits, un manteau peut-être, un bijou sans valeur, enfin quelque chose que vous imaginez dans votre petite tête susceptible d’acheter un techniste. » Il renifla avec colère. « Et je sais ce que vous voulez en retour. Vous n’êtes pas le seul à avoir eu cette brillante idée. Vous voulez être adopté par notre clan. Vous voulez apprendre les mystères de l’atome et les soins à donner aux machines. Vous pensez que, parce que vous autres chiens de Siwenna – car vous ne faites évidemment que semblant d’être étranger pour les besoins de la cause – vous payez tous les jours le prix de votre rébellion, vous allez pouvoir échapper au châtiment que vous méritez en vous assurant les privilèges et la protection de la guilde des technistes. »

Mallow allait répondre, mais le techniste se dressa brusquement, au comble de l’excitation. « Filez, rugit-il, avant que je ne

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donne votre nom au protecteur de la ville. Croyez-vous que je sois un homme à trahir ? Les félons siwenniens qui m’ont précédé, peut-être ! Mais vous n’avez plus affaire à la même race maintenant. Par la Galaxie, je me demande pourquoi je ne vous tue pas sur place de mes mains nues. »

Mallow sourit intérieurement. Tout ce discours était fabriqué au point qu’il dégénérait en farce.

Le Marchand regarda avec amusement ces deux mains flasques qui devaient, paraît-il, le tuer sur place et dit : « Sage techniste, vous vous trompez sur trois points. Primo, je ne suis pas une créature du vice-roi venue mettre à l’épreuve votre loyauté. Secundo, mon présent est quelque chose que l’empereur lui-même dans sa splendeur ne possède ni ne possédera jamais. Tertio, en retour je ne souhaite qu’une toute petite faveur, presque rien.

— C’est ce que vous dites ! » La voix de l’autre était lourde de sarcasme. « Allons ! quel est donc ce don impérial que, dans votre puissance divine, vous voulez bien m’accorder ? Quelle est cette chose que l’empereur ne possède pas ? »

Mallow se leva et repoussa sa chaise. « J’ai attendu trois jours pour vous voir, sage techniste, mais ce que je veux vous montrer

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ne prendra que trois secondes. Si vous voulez bien sortir ce pistolet dont je vois la crosse tout près de votre main...

— Comment ?

— Et tirer sur moi, je vous en serai reconnaissant.

— Quoi ?

— Si je suis tué, vous pourrez dire à la police que vous m’avez abattu parce que j’essayais de vous acheter. On vous en félicitera. Si je ne suis pas tué, je vous donnerai mon écran. »

Alors seulement, le techniste distingua la vague lueur blanche qui entourait le visiteur, comme si celui-ci avait été recouvert d’une poussière nacrée. Il leva son pistolet, et à la fois plein de méfiance et d’étonnement, il tira.

Les molécules d’air prises dans la subite désagrégation atomique devinrent des ions incandescents, marquant la mince ligne aveuglante qui entourait le cœur de Mallow... puis rejaillirent !

Et, tandis que pas un muscle du visage de Mallow ne bougeait, les forces atomiques qui l’attaquaient se consumaient contre l’écran nacré d’apparence si fragile et s’en allaient mourir dans les airs.

Le techniste laissa tomber son arme à terre sans même s’en apercevoir.

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Mallow demanda : « Est-ce que l’empereur possède un écran personnel ? Vous, vous pouvez en avoir un. »

L’autre bredouilla : « Vous êtes... techniste ?

— Non.

— Alors comment vous êtes-vous procuré ça ?

— Que vous importe ? » Mallow parlait d’un ton plein de mépris. « Vous le voulez ? » Il lança une chaîne de boutons sur la table. « Tenez. »

Le techniste s’en saisit et l’examina nerveusement : « C’est complet ?

— Oui.

— Et l’énergie vient d’où ? »

Mallow désigna le plus gros des boutons dans sa gaine de plomb.

Le techniste leva un visage congestionné. « Monsieur, je suis un techniste de première classe. J’ai vingt ans de métier derrière moi et j’ai été élève du grand Bler à l’université de Trantor. Si vous avez l’audace de me dire que ce boîtier pas plus grand que... qu’une noisette contient un générateur atomique, je vous fais passer devant le protecteur dans trois secondes.

— Trouvez une autre explication, si vous pouvez. Moi, je vous dis que le mécanisme est complet. »

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Le techniste se calma peu à peu et se passa la ceinture autour de la taille. Il poussa le bouton comme le lui indiquait Mallow. Le bouclier lumineux apparut. Le techniste leva son arme, puis hésita. Lentement, il la régla à un minimum presque inoffensif.

Puis, d’un geste convulsif, il tira. Le feu atomique jaillit contre sa main, la laissa indemne.

« Et si je vous tuais maintenant et que je garde ça ?

— Essayez, dit Mallow. Croyez-vous que je vous ai donné le seul que je possède ? » En effet, lui aussi s’entoura instantanément de lumière nacrée.

Le techniste eut un rire nerveux. Il lança son arme sur la table. « Et qu’est-ce que cette toute petite faveur, ce presque rien que vous attendez de moi ?

— Je veux voir vos générateurs.

— Vous savez que c’est défendu. C’est l’expulsion dans l’espace pour vous et moi...

— Je ne veux même pas les toucher. Je veux les voir... de loin.

— Et si je refuse ?

— Vous avez votre écran, mais moi j’ai d’autres choses. Un revolver qui perce ce genre de bouclier, par exemple.

— Hmm, fit le techniste. Venez avec moi. »

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