Fondation

Asimov · Chapitre 24 sur 44

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Fondation

Chapitre IX

Le halo de Hardin devint légèrement plus brillant par le surplus d’énergie qu’il venait d’absorber. Dans son coin, Lepold se couvrit les yeux et gémit.

Avec un cri de désespoir, Wienis changea de cible et tira de nouveau. Il s’écroula sur le sol, le crâne pulvérisé.

Hardin eut un petit haut-le-corps et dit : « Il aura été ’’homme d’action’’ jusqu’au bout. Le dernier refuge ! »

IX

Le caveau était plein à craquer. Toutes les chaises étaient occupées et des gens étaient debout au fond de la salle, sur trois rangs.

Salvor compara cette foule avec les quelques hommes qui avaient assisté à la première apparition de Hari Seldon, trente ans plus tôt. Ils n’étaient que six alors ; les cinq Encyclopédistes – tous morts aujourd’hui – et lui-même, le jeune Maire. Un Maire dont le rôle devait dès le lendemain cesser d’être purement décoratif.

Aujourd’hui, la situation n’était plus du tout la même. Chacun des membres du Conseil

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attendait l’apparition de Seldon. Lui-même était toujours Maire, mais tout-puissant maintenant, et qui plus est extrêmement populaire depuis l’affaire d’Anacréon. Lorsqu’il était revenu sur Terminus avec la nouvelle de la mort de Wienis et un traité signé de la main tremblante de Lepold, on l’avait accueilli par un vote de confiance unanime. Puis d’autres traités vinrent s’y ajouter à un rythme rapide – conclus avec les autres royaumes, ils donnaient à la Fondation des pouvoirs empêchant toute agression de se reproduire – et c’avait été du délire ; les retraites aux flambeaux avaient envahi les rues. Le nom de Hari Seldon lui-même n’avait jamais été plus applaudi.

Hardin pinça les lèvres. Cette popularité, il en avait joué aussi après la première crise.

A l’autre bout de la pièce, Sef Sermak et Lewis Bort discutaient avec animation. Les récents événements ne semblaient nullement les avoir démontés. Comme les autres, ils avaient voté la confiance. Ils avaient prononcé des discours où ils admettaient publiquement qu’ils s’étaient trompés, ils s’étaient élégamment excusés de certaines expressions lancées dans les débats antérieurs, disant qu’ils n’avaient fait qu’obéir à ce que leur dictait leur conscience... sur quoi ils s’étaient

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empressés de lancer une nouvelle campagne actionniste.

Yohan Lee toucha Hardin de sa manche et lui désigna sa montre. Hardin leva les yeux. « Tiens, bonjour, Lee. Toujours fâché ? Qu’est-ce qu’il y a maintenant ?

— Il va arriver dans cinq minutes, non ?

— Je suppose. Il est apparu à midi l’autre fois.

— Et s’il reste où il est ?

— Est-ce que vous allez m’ennuyer toute la vie avec vos inquiétudes ? S’il n’apparaît pas, il n’apparaîtra pas, voilà tout. »

Lee hocha lentement la tête. « Si cela échoue, nous serons encore une fois dans le pétrin. Si nous n’avons pas l’approbation de Seldon pour ce que nous avons fait, Sermak repartira de plus belle. Il demande l’annexion immédiate des Quatre Royaumes, et l’agrandissement de la Fondation... par la force, si besoin est. Il a déjà commencé sa campagne.

— Je sais. Un mangeur de feu doit avaler des flammes, même s’il doit les faire jaillir de ses propres mains. Et vous, Lee, vous devez vous ronger, même si vous devez pour cela inventer des soucis. »

Lee était sur le point de répondre, mais il resta bouche bée... les lumières venaient de baisser.

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Hardin lui-même tressaillit. Une silhouette venait d’apparaître dans la cage de verre... Un homme assis dans un fauteuil roulant ! Le Maire était le seul, parmi tous les assistants, à avoir déjà vu cet homme, trente ans plus tôt. Lui-même était jeune alors, et l’homme, âgé. Depuis, l’apparition n’avait pas vieilli d’un jour, tandis que lui-même était devenu un vieillard.

L’homme regardait droit devant lui ; il avait un livre sur les genoux.

Il dit, d’une voix chevrotante et voilée : « Je suis Hari Seldon ! »

Dans la pièce, tout le monde retenait sa respiration. Hari Seldon poursuivit d’un ton tranquille : « C’est la seconde fois que je viens ici. J’ignore, bien entendu, s’il y en a parmi vous qui étaient ici la première fois. Je n’ai même aucun moyen de me rendre compte si quelqu’un me voit aujourd’hui, mais cela n’a aucune importance. Si la seconde crise a été surmontée, vous êtes sûrement ici, vous n’avez pas d’autre solution. Si vous n’êtes pas ici, c’est que la seconde crise a été trop violente pour vous. »

Il sourit. « Mais j’en doute, car mes calculs montrent que la probabilité est de 98,4 pour cent pour qu’il n’y ait pas de déviation appréciable du Plan dans les quatre-vingts premières années.

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« Vous devez donc maintenant dominer les royaumes barbares situés dans l’entourage immédiat de la Fondation. Tout comme, dans la première crise, vous les avez tenus à distance par l’équilibre des puissances, vous les avez vaincus, dans la seconde, par l’utilisation du pouvoir spirituel contre le temporel.

« Je vous conseille, toutefois, de ne pas avoir trop confiance en vous-mêmes. Il n’est pas dans mon propos de vous prédire ce qui va se produire, mais je crois devoir vous avertir que vous n’avez fait jusqu’à maintenant que rétablir un nouvel équilibre – votre position étant cependant, cette fois, bien meilleure. Le pouvoir spirituel, s’il suffit à éviter les attaques du temporel, ne suffit pas à attaquer à son tour. Le pouvoir spirituel ne peut continuer à dominer face à l’accroissement constant d’une force antagoniste connue sous le nom de régionalisme, ou nationalisme. Je crois ne rien vous apprendre là de nouveau.

« Pardonnez-moi de vous parler en termes si vagues. C’est le mieux que je puisse faire, puisqu’aucun d’entre vous n’est en mesure de comprendre la vraie symbolique de la psychohistoire.

« La Fondation n’est qu’à l’entrée de la voie qui mènera au nouvel Empire. Les

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royaumes voisins continuent à jouir d’une puissance en matériel humain et en ressources considérable comparée à la vôtre. Au-delà de leurs terres s’étend la vaste jungle barbare qui constitue tout le pourtour de la Galaxie. Mais, au centre, demeure ce qui reste de l’Empire Galactique et qui, bien qu’affaibli et décadent, est encore d’une puissance incomparable. »

Hari Seldon prit son livre entre les mains et l’ouvrit. Son visage était grave. « N’oubliez pas, non plus, qu’une autre Fondation a été instituée voilà quatre-vingts ans : la Fondation qui se trouve à l’autre bout de la Galaxie, à Star’s End. Il faudra toujours compter avec elle. Messieurs, vous avez encore neuf cent vingt années devant vous avant que le Plan soit réalisé. A vous de résoudre le problème. Accrochez-vous ! »

Il se replongea dans son livre et disparut tandis que les lumières reprenaient leur intensité normale. Dans le brouhaha qui s’ensuivit, Lee chuchota à l’oreille de Hardin : « Il n’a pas dit quand il reviendrait.

— Je sais, répliqua Hardin. Je sais... mais je serais surpris qu’il revienne avant que vous et moi ne dormions tranquillement du sommeil de l’éternité. »

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