Fondation

Asimov · Chapitre 28 sur 44

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Fondation

Chapitre IV

ne m’est arrivé de ne pas atteindre mon quota. »

La porte de la cellule s’ouvrit dès qu’il eut frappé et il sortit entre deux gardes.

IV

« Une démonstration », dit le Grand Maitre avec mépris. Il se cala dans ses fourrures et serra dans sa main la barre de fer qui lui servait de canne.

« Et de l’or, Votre Grâce.

— Et de l’or », acquiesça le Grand Maitre d’un ton négligent.

Ponyets posa le coffret à terre et l’ouvrit avec une nonchalance qu’il avait grand mal à feindre. Il se sentait seul au sein d’un monde hostile ; c’était la même impression qu’il ressentit au milieu de l’espace la première année. Le demi-cercle de conseillers barbus qui assistaient à la scène regardaient le Marchand sans aménité. Parmi eux se trouvait Pherl, le favori du Grand Maître, et son visage anguleux était particulièrement renfrogné. Ponyets l’avait déjà rencontré et, ce jour-là, il avait compris que Pherl était son pire ennemi ;

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il avait donc décidé d’en faire sa première victime.

Derrière les portes de la salle, une petite armée attendait les événements. Ponyets était coupé de son vaisseau ; il n’avait d’autre arme que son idée de corruption. Et Gorov était toujours leur otage.

Il fit les derniers préparatifs sur l’engin hideux qui lui avait coûté une semaine d’efforts et, une fois de plus, fit une prière silencieuse pour que le quartz doublé de plomb tienne le coup.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda le Grand Maître.

Ponyets recula d’un pas et répondit : « C’est un petit appareil que j’ai construit moi-même.

— Je le vois bien, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse. Est-ce que c’est une de ces abominables sorcelleries de votre monde ?

— C’est un appareil atomique, reconnut Ponyets gravement, mais aucun de vous n’aura à le toucher ni à s’en préoccuper. Il m’est destiné à moi seul, et je supporterai toutes les abominations qui pourraient en dériver. »

Le Grand Maître avait brandi sa canne de fer dans la direction de la machine, et ses lèvres murmurèrent une invocation purificatrice. Le maigre conseiller qui était

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assis à sa droite se pencha vers lui, collant sa moustache rousse contre l’oreille du Maître. Celui-ci se dégagea d’un geste impatient.

« Et quel rapport y a-t-il entre cet engin diabolique et l’or qui sauvera peut-être la vie de votre compatriote ?

— Avec cette machine, commença Ponyets, caressant les flancs arrondis et durs de la chambre centrale, je peux transformer le fer, que vous dédaignez, en or de la plus fine qualité. C’est le seul appareil connu de l’homme qui soit capable de transmuter le fer – le simple fer qui recouvre votre siège et les parois de cette salle, Votre Grâce – en or brillant et lourd. »

Ponyets se disait qu’il sabotait le travail. D’habitude, son discours au client était plus coulant, plus plausible ; ce qu’il venait de raconter était quand même un peu gros. Mais c’était le contenu, et non la forme, qui intéressait le Grand Maître.

« La transmutation ? Des imbéciles s’en sont déclarés capables. Ils ont payé cher leur sacrilège.

— Avaient-ils réussi ?

— Non. » Le Grand Maître parut goûter la plaisanterie. « Le succès aurait constitué un crime qui portait en lui son propre antidote. C’est l’essai, suivi d’un échec, qui est fatal.

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Tenez, que pouvez-vous faire de ma canne ? » Il en frappa le sol.

« Votre Grâce m’excusera, mais mon appareil est un petit modèle et votre canne est trop longue. »

Le Grand Maître regarda autour de lui. « Randel, vos boucles. On vous les remplacera doublement s’il le faut. »

On se passa les boucles de main en main. Le Grand Maître les soupesa d’un air pensif.

« Tenez », dit-il en les lançant aux pieds de Ponyets.

Ponyets les ramassa. Il lui fallut forcer pour ouvrir le cylindre, puis il centra avec le plus grand soin les boucles sur l’écran positif. Plus tard, ce serait plus facile, mais il ne fallait surtout pas qu’il y eût d’erreur la première fois.

Le transmutateur grésilla pendant dix minutes pour marquer sa réaction, et il s’en dégagea une légère odeur d’ozone. Les Askoniens reculèrent en marmonnant et, une fois de plus, Pherl souffla quelque chose à l’oreille de son maître. Celui-ci demeura impassible.

Les boucles, quand elles réapparurent, étaient en or.

Ponyets les tendit au Grand Maître, mais celui-ci hésita, puis les repoussa d’un geste. Son regard ne quittait pas le transmutateur.

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« Messieurs, se hâta de dire Ponyets, ceci est de l’or. Et il ne s’agit pas d’un placage. Vous pouvez soumettre ces boucles à toutes les épreuves physiques ou chimiques qu’il vous semblera bon pour vous en assurer. Il est impossible de distinguer cet or de celui extrait des mines. Et n’importe quel fer peut être traité de la même façon. La rouille ne l’attaquera pas, pas plus qu’un alliage modéré. »

Mais Ponyets ne parlait que pour meubler le silence. En fait, les boucles qu’il tendait à ces gens étaient bien assez éloquentes.

Le Grand Maître finit quand même par tendre sa main émaciée. Pherl s’écria aussitôt : « Votre Grâce, cet or provient d’une source impure. »

Mais Ponyets riposta : « Une rose peut pousser dans la boue, Votre Grâce. Il vous arrive d’acheter à vos voisins les marchandises les plus diverses, sans jamais vous enquérir de la façon dont eux se les procurent, s’ils les fabriquent avec des machines bénites par vos ancêtres ou sacrilèges. D’ailleurs, je ne vous offre pas l’appareil, mais l’or.

— Votre Grâce, dit Pherl, vous n’êtes pas responsable des péchés d’étrangers qui travaillent sans votre consentement, et même à votre insu. Mais accepter ce prétendu or

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fabriqué dans des conditions criminelles à partir du fer, sous vos yeux et avec votre consentement, constituerait un affront aux esprits vivants de nos ancêtres vénérés.

— Mais l’or, c’est de l’or, dit le Grand Maître d’un ton indécis, et, en l’occurrence, il ne s’agit que d’un échange contre la personne païenne d’un félon condamné. Pherl, vous avez trop d’esprit critique. » Mais il n’en retira pas moins sa main.

Ponyets dit alors : « Vous êtes la sagesse même, Votre Grâce : abandonner un païen, c’est ne rien laisser perdre qui puisse profiter à vos ancêtres, alors qu’avec l’or que vous obtiendrez en échange, vous pourrez décorer leurs autels. Et même, s’il se pouvait que l’or en lui-même fût maudit, il ne pourrait manquer d’être purifié par un aussi pieux usage.

— Par les os de mon grand-père ! » s’exclama le Grand Maître avec une surprenante véhémence, et il éclata d’un rire grêle. « Que dites-vous de ce jeune homme, Pherl ? Son raisonnement est juste. Aussi juste que les paroles de mes ancêtres.

— Peut-être, répliqua Pherl d’un ton sombre. Encore faudrait-il qu’on nous assure qu’il ne s’agit pas là d’une machination de l’Esprit Malin.

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— Je vais faire mieux, dit Ponyets soudain. Gardez l’or en otage. Placez-le sur les autels de vos ancêtres comme une offrande et retenez-moi ici pendant trente jours. Si, à la fin de cette période, vos ancêtres ne manifestent pas de déplaisir – si aucun désastre ne se produit –, ce sera sûrement une preuve que l’offrande a été acceptée, vous en convenez ? Que puis-je proposer de plus ? »

Lorsque le Grand Maître se leva et fit du regard le tour des conseillers, tous lui signifièrent leur accord. Pherl lui-même acquiesça brièvement en mordillant sa moustache.

Ponyets sortit et médita sur l’utilité d’une formation religieuse.

 

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