Fondation
Chapitre VII
femme pensivement) peut-être aussi les oreilles, et le bout de votre nez, pour ajouter à votre beauté.
— Vous n’oseriez pas, chien. Mon père réduirait votre petite nation en poussière météorique. Il se pourrait d’ailleurs qu’il le fasse de toute façon, si je lui dis que vous traitez avec ces barbares.
— Hm-m-m. Inutile de me menacer. Vous aurez tout loisir de questionner cet homme vous-même au dîner. Entre-temps, madame, tenez votre langue.
— Parce que vous me l’aurez ordonné ?
— Tenez, prenez ceci et taisez-vous. »
Quand elle eut fixé la chaîne autour de sa taille et le collier à son cou, le Commodore poussa lui-même le bouton, puis recula.
Sa femme en perdit le souffle. D’un geste quasi convulsif, elle porta les mains à son cou.
Son époux se frotta les mains avec satisfaction et dit :
« Vous pourrez les porter ce soir... et je vous en donnerai d’autres. Mais taisez-vous. »
La femme du Commodore se tut.
VII
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Jaim Twer s’agita sur son siège. « C’est vous qui grimacez maintenant, dit-il, pourquoi ? »
Hober Mallow leva vivement les yeux.
« Moi, je grimace ? Je ne m’en rendais pas compte.
— Il est sûrement arrivé quelque chose hier, en dehors du banquet. » Et, avec une soudaine conviction : « Mallow, ça ne va pas, n’est-ce pas ?
— Oh ! si. Au contraire. En fait, je me suis jeté de tout mon poids contre une porte qui était ouverte. Nous pénétrons trop facilement dans la fonderie.
— Vous soupçonnez un piège ?
— Pour l’amour de Seldon, ne soyez pas mélodramatique. » Mallow se contint et ajouta d’un ton plus normal : « Je pense seulement que, si l’on nous laisse entrer avec une telle facilité, c’est qu’il n’y aura rien à voir.
— Vous pensez à l’énergie atomique ? » Twer parut méditer. « Je vais vous dire. Rien, ici, ne prouve qu’ils ont l’énergie atomique. Or, s’ils l’avaient, ce serait diablement difficile à masquer.
— Pas s’il s’agissait d’un progrès récent, Twer, et s’ils ne l’appliquaient qu’à la fabrication de guerre. A ce moment-là, on ne
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s’en apercevrait que sur les chantiers de construction navale et dans les fonderies.
— Donc, si nous ne voyons rien...
— C’est qu’ils ne l’ont pas... ou ne la montrent pas. Jouons la réponse à pile ou face. »
Twer hocha la tête. « Je regrette de ne pas avoir été avec vous hier.
— Moi aussi, dit Mallow d’un ton sombre. Un peu de soutien moral ne m’aurait pas fait de mal. Malheureusement, c’est le Commodore qui a organisé notre rencontre, et pas moi. Et cet engin, devant la porte, est probablement l’automobile royale qui doit nous conduire aux fonderies. Vous avez les appareils ?
— Tous, oui. »
La fonderie était vaste et il y régnait une atmosphère de délabrement que quelques réparations superficielles n’avaient pu réussir à dissiper. Le Commodore et sa suite y furent accueillis par un silence étrange.
Mallow avait lancé d’un geste aisé la feuille d’acier sur les deux supports. Il avait pris l’instrument que lui tendait Twer et l’avait attrapé par le manche de cuir qui se détachait de la gaine protectrice de plomb.
« Cet instrument est d’un maniement dangereux, fit-il remarquer, mais pas plus
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qu’une scie circulaire. Ce qu’il faut, c’est faire attention à ses doigts. »
Ce disant, il déplaça la lame de l’instrument le long de la feuille d’acier, laquelle se trouva aussitôt découpée en deux.
Tous les assistants sursautèrent et Mallow rit. Il ramassa l’une des moitiés de la feuille et l’appuya contre son genou. « Vous pouvez prévoir la longueur à couper à un millimètre près et partager, sans plus de difficulté que je ne viens d’en avoir, une feuille de cinq centimètres d’épaisseur. A condition de bien avoir mesuré l’épaisseur de votre acier, vous pouvez placer votre feuille sur une table de bois et trancher, sans que le bois ait la moindre égratignure. »
Accompagnant ces phrases, le ciseau atomique découpait l’acier en lamelles.
« Voilà, dit Mallow, si vous voulez faire des copeaux d’acier. Mais peut-être désirez-vous diminuer l’épaisseur d’une feuille, supprimer une irrégularité, enlever la rouille ? Regardez. »
De l’autre moitié de la feuille originale, se détachèrent des plaques presque transparentes de quinze, puis de vingt, puis de vingt-cinq centimètres de large.
« Voulez-vous perforer ? C’est le même principe. »
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Tous se pressaient maintenant autour de lui. On eût dit des badauds entourant un prestidigitateur. Le Commodore Asper ramassait des copeaux d’acier pour les examiner. Les hauts fonctionnaires se bousculaient les uns les autres pour mieux voir et faisaient des commentaires à mi-voix, tandis que Mallow découpait de beaux trous bien ronds dans une épaisseur d’acier de plusieurs centimètres, rien qu’en appuyant un peu la pointe de sa perforeuse atomique.
« Je vais vous faire encore une petite démonstration seulement. Que quelqu’un m’apporte deux petits bouts de tube. »
Un honorable chambellan se précipita pour aller prendre des morceaux de tube tout graisseux.
Mallow les mit debout et en coupa les bouts d’un seul coup de son ciseau, puis les mit l’un contre l’autre, les coupures fraîches se joignant.
Et il n’y eut plus qu’un tube ! Toutes les irrégularités ayant disparu, il avait suffi que les deux bouts fussent joints pour qu’ils ne forment plus qu’un.
Mallow leva la tête pour faire face à son auditoire et s’arrêta net au milieu d’une phrase. Il sentit une boule froide se former au creux de son estomac.
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Dans la confusion générale, les gardes du corps du Commodore avaient été poussés au premier rang, et Mallow, pour la première fois, était assez près d’eux pour voir leurs armes.
Elles étaient atomiques ! Il n’y avait aucun doute : il ne pouvait exister de projectile explosif passant par un canon pareil. Mais là n’était pas le plus important... hélas !
Sur la crosse de chacun des fusils étaient gravés, profondément et en lettres d’or : le Soleil et l’Astronef !
Ce Soleil et cet Astronef qui figuraient sur chacun des volumes de l’Encyclopédie que la Fondation avait commencée et pas encore achevée. Ce Soleil et cet Astronef qui avaient été l’emblème de l’Empire Galactique pendant des millénaires.
Alors même qu’il réfléchissait, Mallow continua son boniment : « Regardez ce tube ! Il est d’une seule pièce. Ce n’est pas parfait, bien sûr, parce que l’assemblage ne devrait pas se faire à la main. »
Il était inutile, maintenant, de multiplier les tours de passe-passe. La démonstration avait réussi, Mallow avait gagné. Il n’avait plus maintenant qu’une pensée : le globe d’or aux rayons stylisés et le cigare qui représentait un astronef.
Le Soleil et l’Astronef de l’Empire !
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L’Empire ! Un siècle et demi s’était écoulé, mais l’Empire continuait à exister, quelque part plus au fond de la Galaxie. Et il était en train d’émerger de nouveau, dans la Périphérie.
Mallow sourit.
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