Fondation
Quatrième Partie les Marchands
QUATRIÈME PARTIE
LES MARCHANDS
I
MARCHANDS : ... et, devançant toujours l’hégémonie politique de la Fondation, les Marchands poussaient des pointes jusqu’en des lieux éloignés de la Périphérie. Des mois et des années passaient parfois entre leurs retours sur Terminus ; leurs vaisseaux n’étaient souvent rien de plus que de pauvres engins rapiécés et improvisés ; leur honnêteté n’était pas sans tache ; leur audace...
Avec le temps, ils forgèrent un Empire plus solide que le despotisme pseudo-religieux des Quatre Royaumes...
Des légendes innombrables circulent sur le compte de ces hommes robustes et solitaires qui se flattaient, avec une bonne part de sérieux, de prendre pour devise l’aphorisme
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de Salvor Hardin : « Que tes principes de morale ne t’empêchent jamais de faire ce qui est juste ! » Il est difficile de définir aujourd’hui la part de vérité contenue dans ces légendes. Il y a, sans aucun doute, des exagérations...
ENCYCLOPEDIA GALACTICA
Limmar Ponyets avait tout le corps enduit de savon quand retentit la sonnerie de l’appareil – ce qui prouve que, même en un coin perdu comme la Périphérie galactique, il suffisait d’entrer dans son bain pour être dérangé.
Par bonheur, à bord d’un vaisseau de commerce, l’espace non réservé aux marchandises était fort exigu. Au point que la baignoire n’était qu’à deux mètres des panneaux de contrôle du récepteur.
Jurant et dégoulinant, Ponyets sortit pour se mettre en communication avec celui qui l’appelait ; trois heures plus tard, un second vaisseau de commerce venait s’arrêter contre le sien, et un jeune homme souriant pénétrait chez lui par le tunnel étanche lancé entre les deux bâtiments.
Ponyets avança son unique fauteuil et se percha sur le tabouret tournant du pilote.
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« Eh bien, Gorm, fit-il d’un ton sombre, vous me courez après depuis la Fondation ? »
Les Gorm alluma une cigarette et secoua la tête énergiquement. « Moi ? Pensez-vous. Je ne suis que le pauvre imbécile qui s’est trouvé débarquer sur Glyptal IV le lendemain de l’arrivée du courrier. Alors on m’a envoyé vous porter ça. »
La petite sphère brillante changea de main et Gorm ajouta : « C’est confidentiel. Ultra-secret. On n’a pas pu le confier au subéther. C’est une capsule personnelle qui ne s’ouvrira que pour vous. »
Ponyets regarda la capsule sans plaisir. « Je vois. C’est un genre de courrier qui vous apporte rarement de bonnes nouvelles. »
La boule s’ouvrit entre ses mains, et un mince ruban transparent se déroula. Ponyets se hâta de lire le message car, lorsque la fin du ruban apparut, le commencement était déjà consumé. En une minute et demie, tout le contenu de la capsule était devenu noir et s’était désagrégé, molécule par molécule.
« Oh ! Galaxie ! grommela Ponyets.
— Puis-je vous aider, proposa Les Gorm calmement, ou bien est-ce trop secret ?
— Je peux vous le dire, puisque vous êtes de la Guilde. Il faut que je parte pour Askone.
— Mais pourquoi ?
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— Ils ont mis un Marchand en prison. Mais gardez ça pour vous. »
Le visage de Gorm exprima la colère. « En prison ! Mais c’est interdit par la Convention.
— Oui, mais se mêler de politique locale est interdit aussi.
— Et c’est ce qu’il a fait ? » Gorm réfléchit un moment. « Qui est-ce ? Quelqu’un que je connais ?
— Non », dit Ponyets sèchement, d’un ton qui signifiait à Gorm que mieux valait ne pas insister.
Ponyets s’était levé et contemplait d’un regard sombre l’écran du viseur. Il murmurait des mots bien sentis à l’adresse de la vague silhouette en forme de lentille qui représentait le noyau de la Galaxie. Il dit enfin tout haut : « Quelle saloperie ! Et je suis loin de mon quota. »
Gorm comprit alors : « Hé, dites donc. Askone est zone fermée.
— Parfaitement. Impossible d’y vendre fût-ce un canif. Des petits objets atomiques, ils n’en veulent pas. Au point où j’en suis de mon quota, c’est du suicide d’aller là-bas.
— Vous ne pouvez pas faire autrement ? »
Ponyets secoua la tête d’un air absent. « Je connais le type en question. Je ne peux pas laisser tomber un ami. Et puis qu’est-ce que cela fait ? Je suis entre les mains de l’Esprit
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Galactique et je vais d’un pas allègre là où il me dit d’aller.
— Hein ? » fit Gorm ébahi.
Ponyets le regarda et eut un petit rire. « J’oubliais. Vous n’avez jamais lu le Livre de l’Esprit, n’est-ce pas ?
— Je n’en ai jamais entendu parler.
— Vous en auriez entendu parler si vous aviez eu une formation religieuse, comme moi.
— Une formation religieuse ? Vous vouliez être prêtre ? » Gorm semblait profondément choqué.
« Eh oui. C’est ma honte secrète. J’étais la brebis galeuse des révérends pères. Ils ont fini par me renvoyer en invoquant des motifs suffisants pour me faire garantir une bourse d’étude séculière par la Fondation. Mais ce n’est pas tout ça, il faut que j’y aille. Et vous, où en êtes-vous de votre quota cette année ? »
Gorm écrasa sa cigarette et se leva. « Mon dernier chargement est parti. J’y arriverai.
— Heureux mortel », dit Ponyets d’un ton morose. Un bon moment après que l’autre fut parti, il resta immobile, plongé dans sa rêverie.
Ainsi Eskel Gorov était sur Askone... et en prison !
C’était mauvais ! Bien pire même qu’il ne pouvait y paraître au premier abord. C’avait été facile de fournir au jeune homme curieux
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