Fondation
Chapitre V
— Elles étaient civilisées jadis. Anacréon était une des plus riches provinces extérieures. Je crois qu’à ce point de vue, on pouvait la comparer à Véga.
— Oh ! mais il y a des siècles de cela. Vous ne pouvez pas en ti’er de conclusions. La situation était t’es diffé’ente aut’efois. Nous ne sommes plus ce que nous étions, vous savez. Mais, dites-moi, Ha’din, vous êtes bien entêté. Je vous ai dit que je ne voulais pas pa’ler affai’es aujou’d’hui. Le docteu’ Pi’enne m’avait bien p’évenu que vous essaie’iez de m’ent’aîner dans une discussion, mais on n’app’end pas à un vieux singe à fai’e la g’imace ! Nous examine’ons tous ces p’oblèmes demain. » Et l’on en resta là.
V
C’était la seconde séance du Conseil auquel assistât Hardin, sans compter les entretiens officieux que ses membres avaient eus avec le seigneur Dorwin avant son départ. Le Maire était pourtant convaincu qu’au moins une réunion s’était tenue sans qu’on l’en eût avisé.
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Et il était bien certain qu’on ne l’aurait pas non plus prié de venir aujourd’hui s’il n’y avait pas eu cette question de l’ultimatum.
Car il s’agissait en effet d’un ultimatum bien qu’en apparence on eût pu prendre le document visiographique pour un message de cordiales salutations adressé par un souverain voisin.
Hardin relisait le texte. Cela commençait par les congratulations de « Sa Puissante Majesté, le roi d’Anacréon, à son frère et ami, le docteur Lewis Pirenne, président du Conseil d’Administration de la Fondation encyclopédique n° 1 », et cela se terminait par un gigantesque sceau multicolore d’un symbolisme extrêmement complexe.
Mais ce n’en était pas moins un ultimatum.
« Finalement, dit Hardin, nous n’avions guère de temps devant nous : trois mois seulement. Mais, de toute façon, nous avons gaspillé le peu de répit qu’on nous accordait. Il ne nous reste plus qu’une semaine maintenant. Qu’allons-nous faire ?
— Il doit y avoir une solution, dit Pirenne, le front soucieux. Il est absolument inconcevable qu’ils poussent les choses très loin, après les assurances que nous a prodiguées le seigneur Dorwin quant à l’attitude de l’empereur et de l’Empire.
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— Ah ! fit Hardin, vous avez fait part au roi d’Anacréon de ce soi-disant point de vue de l’empereur ?
— Parfaitement... après avoir mis la proposition aux voix et avoir recueilli l’unanimité du Conseil.
— Et quand ce vote a-t-il eu lieu ? »
Pirenne se drapa dans sa dignité. « Je ne crois pas avoir de comptes à vous rendre, monsieur Hardin.
— Très bien. Ça ne m’intéresse pas tellement, vous savez. Laissez-moi vous dire toutefois qu’à mon avis c’est cette mesure d’habile diplomatie (il sourit) qui est à l’origine de ce message d’amitié. Ils auraient peut-être attendu plus longtemps sans cela... Je ne vois d’ailleurs pas en quoi cela aurait avancé Terminus, étant donné l’attitude du Conseil.
— Et comment arrivez-vous à cette remarquable conclusion, monsieur le Maire ? interrogea Yate Fulham.
— Oh ! c’est bien simple. Il me suffit de faire usage de ce moyen, si démodé : le bon sens. Il existe, figurez-vous, une branche des connaissances humaines qu’on désigne sous le nom de logique symbolique, et qu’on peut employer pour clarifier tout le fatras qui entoure d’ordinaire le langage.
— Et alors ? dit Fulham.
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— Je l’ai utilisée. Je l’ai notamment appliquée à l’étude du document qui nous intéresse. Je n’en avais pas tellement besoin en ce qui me concerne, mais j’ai pensé qu’il me serait plus facile d’en expliquer la teneur exacte à cinq physiciens si je me servais de symboles plutôt que de mots. »
Hardin tira d’une sacoche quelques feuilles de papier qu’il étala devant lui. « Ce n’est pas moi qui ai fait ce travail, annonça-t-il. Il est signé, comme vous pouvez le voir, de Muller Holk, de la Section de Logique. »
Pirenne se pencha vers la table pour mieux voir, tandis que Hardin continuait : « Le message d’Anacréon ne présentait pas de difficultés, car ceux qui l’ont rédigé sont des hommes d’action plutôt que des orateurs. Il se réduit à la déclaration que vous voyez exprimée ici en symboles et qui, traduite en mots, signifie pratiquement : Vous nous donnez ce que nous voulons d’ici une semaine ou bien nous vous administrons une raclée et nous nous servons tout seuls. »
Sans rien dire, les membres du Conseil examinaient les symboles. Au bout d’un moment, Pirenne se rassit en toussotant d’un air gêné.
« Vous voyez une solution, docteur Pirenne ? demanda Hardin.
— Il ne semble pas y en avoir.
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— Très bien, fit Hardin en exhibant d’autres papiers. Vous avez maintenant devant vous une copie du traité qu’ont conclu l’Empire et Anacréon, traité, soit dit en passant, qui a été signé au nom de l’empereur par le même seigneur Dorwin dont nous avons eu la visite la semaine dernière : en voici l’analyse symbolique. »
Le traité comprenait cinq pages en petits caractères ; l’analyse occupait moins d’une demi-page.
« Comme vous le voyez, messieurs, quatre-vingt-dix pour cent de ce document se révèlent à l’analyse n’avoir aucune signification, et, en définitive, le tout se ramène aux intéressantes propositions que voici :
« Obligations d’Anacréon envers l’Empire : Nulles ! »
« Autorité de l’Empire sur Anacréon : Nulle ! »
Les cinq membres du Conseil examinèrent attentivement l’analyse en se référant par moments au texte intégral du traité, puis Pirenne dit d’un ton soucieux : « L’analyse semble exacte.
— Vous convenez donc qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’une déclaration de totale indépendance de la part d’Anacréon et d’une
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reconnaissance de cette situation par l’empereur ?
— Il me semble bien, en effet.
— Et croyez-vous qu’Anacréon ne l’ait pas compris et ne tienne pas à bien marquer cette indépendance ? Ce qui l’amènerait tout naturellement à se rebiffer devant tout semblant de menace de la part de l’Empire ? A plus forte raison quand l’Empire se montre incapable de mettre ses menaces à exécution.
— Mais alors, intervint Sutt, comment monsieur le Maire Hardin explique-t-il les assurances que nous a données le seigneur Dorwin quant à l’appui que nous accorderait l’Empire ? Ces assurances semblaient... satisfaisantes. »
Hardin se renversa dans son fauteuil. « C’est là le point le plus intéressant. Je dois l’avouer, j’avais cru tout d’abord que Sa Seigneurie était un crétin consommé... mais c’est en fait un diplomate accompli et un homme d’une remarquable habileté. J’ai pris la liberté d’enregistrer tout ce qu’il a dit. »
Un murmure de protestation échappa aux membres du Conseil et Pirenne prit une expression scandalisée.
« Et alors ? fit Hardin. Je reconnais que c’était une grossière infraction aux lois de l’hospitalité et une chose qu’aucun homme se disant honnête n’aurait faite. Et si
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monseigneur s’en était aperçu, cela aurait pu donner lieu à une explication fort déplaisante : mais il n’en a rien su, j’ai l’enregistrement et tout est pour le mieux. J’ai remis une copie de cet enregistrement à Holk pour qu’il l’analyse comme le reste.
— Et qu’a révélé l’analyse ? interrogea Lundin Crast.
— Voilà justement ce qui est intéressant, messieurs. Cette analyse s’est révélée à tous égards la plus difficile des trois. Quand Holk, après deux jours de travail acharné, a réussi à éliminer les déclarations qui ne voulaient rien dire, les paroles vagues et les détails sans intérêt – en bref tout le bla-bla-bla –, il s’est aperçu qu’il ne restait rien. Absolument rien.
« Le seigneur Dorwin, messieurs, en cinq jours de discussion, n’a strictement rien dit de concret, et il s’y est si bien pris que vous ne vous en êtes pas aperçus. Voilà les assurances de votre cher Empire. »
La confusion n’aurait pas été plus grande si Hardin avait placé sur la table une bombe allumée. Il attendit d’un air las que le calme revînt.
« Donc, conclut-il, quand vous avez menacé Anacréon d’une intervention impériale, vous n’avez fait qu’irriter un monarque qui savait à quoi s’en tenir. Son orgueil exigeait évidemment une action immédiate : d’où
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l’ultimatum. Et nous en revenons à la question que je posais tout à l’heure : qu’allons-nous faire ?
— Il semble, dit Sutt, que nous ne puissions faire autrement que de laisser Anacréon installer des bases militaires sur Terminus.
— Je suis bien d’accord avec vous, répondit Hardin, mais quelles mesures prendrons-nous pour les flanquer dehors à la première occasion ? »
Yate Fulham se tortillait la moustache. « On dirait que vous êtes résolu à recourir à la violence.
— La violence, rétorqua Hardin, est le dernier refuge de l’incompétence. Mais je n’ai certainement pas l’intention de déployer un tapis sous les pas des envahisseurs ni de leur cirer les bottes.
— Tout de même, la façon dont vous dites cela ne me plaît guère, insista Fulham. C’est une attitude dangereuse ; d’autant plus dangereuse que, depuis quelque temps, une partie importante de la population semble réagir favorablement à toutes vos suggestions. J’aime autant vous dire, monsieur le Maire, que le Conseil n’ignore pas vos récentes initiatives. »
Il se tut au milieu de l’approbation générale. Hardin haussa les épaules sans rien dire.
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« Si vous vouliez entraîner la ville à la violence, continua Fulham, ce serait courir au suicide, et nous n’entendons pas le tolérer. Notre politique a toujours gravité autour d’un seul principe : l’Encyclopédie. Quoi que nous soyons amenés à faire ou à ne pas faire, nos décisions auront toujours été subordonnées aux intérêts de l’Encyclopédie.
— Vous concluez donc, riposta Hardin, que nous devons poursuivre cette frénétique campagne d’inaction ?
— Vous venez vous-même de démontrer, dit Pirenne, non sans amertume, que l’Empire ne pouvait nous aider ; encore que je ne comprenne pas bien comment ni pourquoi il en est ainsi. Si un compromis est nécessaire... »
Hardin avait la sensation cauchemardesque de courir à toute vitesse sans arriver nulle part. « Il n’est pas question de compromis ! Vous ne comprenez donc pas que ces questions de bases militaires ne sont qu’un mauvais prétexte. Haut Rodric nous a dit ce que cherchait Anacréon : l’annexion, l’établissement de son propre système de domaines féodaux et d’une économie s’appuyant sur l’aristocratie terrienne. L’effet produit par notre bluff à propos de nos armes atomiques peut les inciter à agir lentement, mais ce n’est pas cela qui les arrêtera. »
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Il s’était levé, et tous l’avaient imité, sauf Jord Fara.
« Veuillez vous asseoir, dit ce dernier. En voilà assez, ce me semble. Voyons, il n’y a pas de quoi prendre un air furieux, monsieur le Maire Hardin ; aucun de nous n’a commis de trahison.
— C’est vous qui le dites !
— Allons, fit Fara d’un ton conciliant, vous savez bien que vous n’en pensez rien. Laissez-moi parler ! »
Ses petits yeux malins étaient à demi clos et la transpiration faisait briller son menton. « Il est inutile de dissimuler plus longtemps que le Conseil attend, de ce qui va se passer lors de l’ouverture du caveau, dans six jours, la véritable solution au problème des relations avec Anacréon.
— C’est tout ce que vous avez trouvé ?
— Oui.
— Alors nous allons nous contenter d’attendre en toute sérénité que le deus ex machina jaillisse du caveau ?
— Exprimée sous une forme moins partisane, c’est en effet notre opinion.
— C’est le triomphe de la politique de l’autruche ! Vraiment, docteur Fara, vous avez du génie ! Il faut un esprit d’une grande envergure pour concevoir un pareil projet.
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— Votre goût pour l’épigramme est amusant, Hardin, dit Fara avec un sourire indulgent, mais déplacé. Vous vous souvenez, je pense, du raisonnement que j’ai tenu à propos de l’ouverture du caveau, voilà trois semaines.
— Oui, je m’en souviens. Vous avez dit – arrêtez-moi si je me trompe – que Hari Seldon avait été le plus grand psychologue du système ; qu’il était donc capable de prévoir la situation déplaisante dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui ; qu’il avait donc conçu le caveau comme un moyen de nous proposer une solution.
— C’est à peu près cela.
— Vous étonnerais-je en vous révélant que j’ai longuement réfléchi à la question ces dernières semaines ?
— J’en suis très flatté. Et quel a été le résultat de vos méditations ?
— Que la pure déduction était en l’occurrence insuffisante ; qu’une fois de plus, il fallait une parcelle de bon sens.
— Mais encore ?
— Eh bien, s’il a prévu les difficultés que nous aurions avec Anacréon, pourquoi ne pas nous avoir placés sur une autre planète plus proche des centres galactiques ? Car on n’ignore pas que c’est Seldon qui a amené les commissaires de Trantor à ordonner
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l’établissement de la Fondation sur Terminus. Mais pourquoi ce choix ? Pourquoi nous avoir installés ici s’il était capable de prévoir la rupture des lignes de communication, notre isolement dans un secteur éloigné de la Galaxie, les menaces que nos voisins feraient peser sur nous... et notre impuissance du fait que Terminus n’a aucune ressource minérale ? Ou alors, s’il a prévu tout cela, pourquoi n’avoir pas prévenu les premiers colons de façon qu’ils puissent se préparer, plutôt que d’attendre, comme il le fait, que nous ayons déjà un pied au-dessus du vide avant de nous conseiller ?
« Et n’oubliez pas non plus une chose. Même s’il pouvait prévoir la situation alors, nous pouvons tout aussi bien la voir maintenant. Après tout, Seldon n’était pas un magicien. Il n’existe pas de méthodes pour sortir de cette situation que lui pouvait imaginer et nous pas.
— Mais, Hardin, lui rappela Fara, nous n’en imaginons aucune !
— Vous n’avez même pas essayé ! Vous avez commencé par refuser d’admettre que nous étions menacés. Puis vous vous êtes réfugiés dans une foi aveugle en l’empereur. Maintenant, c’est sur Hari Seldon que vous reportez vos espoirs. Vous vous êtes invariablement reposés sur l’autorité ou sur le
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passé : jamais vous n’avez voulu compter sur vous-mêmes. »
Son poing martelait la table. « C’est une attitude morbide : un réflexe conditionné qui vous fait écarter toute velléité d’indépendance chaque fois qu’il est question de s’opposer à l’autorité. Vous avez l’air de ne pas douter que l’empereur est plus puissant que vous et Hari Seldon plus sage. Et vous avez tort, je vous assure. »
Personne ne répondit.
Hardin reprit : « Vous n’êtes pas les seuls, d’ailleurs. C’est la même chose dans toute la Galaxie. Pirenne a entendu comme moi le seigneur Dorwin exposer ses idées sur la recherche scientifique. Selon lui, pour être bon archéologue, il suffit de lire tous les livres écrits sur la question... par des hommes morts depuis des siècles. Il estime que la façon de résoudre les énigmes de l’archéologie, c’est de peser le pour et le contre des thèses contradictoires. Et Pirenne l’écoutait sans protester. Vous ne trouvez pas qu’il y a là quelque chose d’anormal ? »
Cette fois encore, son accent presque implorant n’éveilla aucun écho.
« Et nous autres, reprit-il, et la moitié de la population de Terminus, nous ne valons guère mieux. Nous sommes là à béer devant l’Encyclopédie. Nous estimons que l’ultime
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but de la science est la classification des connaissances acquises. C’est une tâche importante, mais n’y a-t-il pas autre chose à faire ? Nous sommes en régression, est-ce que vous ne vous en rendez pas compte ? Dans la Périphérie, ils ont perdu le secret de l’énergie atomique. Sur Gamma d’Andromède, une centrale d’énergie a sauté parce qu’elle avait été mal réparée, et le chancelier de l’Empire déplore que les techniciens dans cette branche soient rares. Quelle solution recommande-t-il ? En former de nouveaux ? Jamais de la vie ! Non, il propose de limiter l’usage de l’énergie atomique.
« Ne comprenez-vous donc pas ? C’est un mal qui ronge la Galaxie tout entière. On pratique le culte du passé. On stagne ! »
Son regard parcourut l’assemblée.
Fara fut le premier à réagir. « Ce n’est pas la philosophie mystique qui va nous aider. Soyons réalistes. Niez-vous que Hari Seldon ait été capable de deviner les tendances historiques de l’avenir par simple calcul psychologique ?
— Non, bien sûr que non, s’écria Hardin. Mais nous ne pouvons pas compter sur lui pour nous fournir une solution. Il pourrait, tout au plus, nous indiquer le problème, mais, s’il existe une solution, c’est à nous de la trouver. Il ne peut pas le faire pour nous.
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— Qu’entendez-vous par « nous indiquer le problème » ? Nous le connaissons, le problème !
— C’est ce que vous croyez ! s’exclama Hardin. Vous vous imaginez que Hari Seldon n’a pensé qu’à Anacréon. Je ne suis pas d’accord avec vous, messieurs. Je vous affirme qu’aucun de vous n’a encore la plus vague notion de ce qui se passe en réalité !
— Mais ce n’est pas votre cas, sans doute, dit Pirenne d’un ton sarcastique.
— Je ne crois pas ! » Hardin se leva d’un bond et repoussa son siège. « Quoi qu’il en soit, un point est sûr, c’est que toute cette situation a quelque chose de déplaisant ; il y a là des éléments qui nous dépassent. Posez-vous donc cette question : comment se fait-il que la population originelle de la Fondation n’ait pas compté un seul grand psychologue, à l’exception de Bor Alurin ? Lequel a pris grand soin de n’enseigner à ses élèves que les rudiments de la psychologie. »
Il y eut un bref silence que Fara rompit en demandant :
« Bon. Eh bien, pourquoi ?
— Peut-être parce qu’un psychologue aurait pu comprendre ce que tout cela signifiait... trop tôt au gré de Hari Seldon. Jusqu’alors, nous n’avons fait que tâtonner, qu’apercevoir des fragments de la vérité, pas
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davantage. Et c’est ce qu’a voulu Hari Seldon. »
Il éclata d’un rire narquois. « Je vous salue, messieurs ! »
Et il quitta la salle.
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